Accusée par Loukachenko, la République tchèque condamne la violence après l’élection présidentielle en Biélorussie

Photo: ČTK/AP/Sergei Grits

Les réactions sont nombreuses en République tchèque suite à l’annonce de la cinquième réélection de l’autoritaire Alexandre Loukachenko aux fonctions de président de la Biélorussie. Alors que les manifestations se sont poursuivies lundi soir dans la capitale Minsk et dans d’autres villes du pays, le gouvernement et les médias tchèques dénoncent le déroulement de l’élection et la violente répression par les forces de l’ordre.     

« On ne peut pas ignorer la violence, (Andrej) Babiš et (Tomáš) Petříček ont condamné la répression des manifestations en Biélorussie. (Miloš) Zeman reste muet », pouvait-on lire, lundi, sur le site de Deník N. Lancé en 2018, le quotidien indépendant consacre une nouvelle fois, et comme depuis un peu plus d’une semaine, une place importante à la réélection attendue de celui qui est généralement considéré comme le dernier dictateur en Europe.

Grâce à la plume de la journaliste Petra Procházková, qui est considérée en République tchèque comme une des meilleures spécialistes de la Russie et des ex-républiques soviétiques, le journal résume très justement le sentiment général qui règne à Prague depuis l’annonce, dimanche soir, de la large victoire d’Alexandre Loukachenko, avec un peu plus de 80% des suffrages selon les résultats officiels, aux dépens de Svetlana Tikhanovskaïa. A travers un mouvement parfois présenté comme « la révolution des femmes », la principale candidate de l’opposition, qui s’est depuis réfugiée en Lituanie, a pourtant su mobiliser les électeurs pour faire naître un grand espoir de changement qui fait désormais vaciller le pouvoir en place depuis vingt-six longues années.

Alexandre Loukachenko, photo: ČTK/AP/Sergei Grits

« Avec Loukachenko jusqu’à la fin des temps », titrait d’ailleurs également le quotidien Lidové noviny lundi, tandis que la Radio tchèque, dans une émission intitulée Vinohradská 12 qui a récemment été désignée « Meilleur podcast de l’année » en République tchèque, propose, elle, une longue interview d’une journaliste de la rédaction biélorusse de Radio Free Europe/Radio Liberty dont le siège est basé à Prague (cf. : https://www.irozhlas.cz/zpravy-svet/lukasenko-belorusko-protesty-vinohradska-12-podcast_2008110600_bar).

Bien qu’en vacances, le Premier ministre a condamné sur Twitter la violence déployée par le régime de Loukachenko pour disperser « les manifestants pacifiques à Minsk ». Une fois n’est pas coutume, Andrej Babiš, qui estime que « ce genre de méthodes n'a en aucun cas sa place en Europe aujourd’hui », a été soutenu par la majorité de la scène politique. Le parti communiste a été un des rares à ne pas avoir réagi et à ne pas s’être exprimé sur l’évolution de la situation. Plus remarqué encore est le silence du président de la République, Miloš Zeman, lui aussi encore en vacances, et ce malgré les accusations formulées contre la République tchèque par son homologue biélorusse.

Tomáš Petříček, photo: Archives du Gouvernement tchèque

« Lukachenko prétend avoir gagné. Il accuse la Tchéquie (d’être à l’origine) des manifestations », titre ainsi, ce mardi, le quotidien Hospodářské noviny. Alexandre Loukachenko a déclaré que les mouvements de protestation de l’opposition étaient organisés depuis l’étranger, concrètement – outre donc la République tchèque – depuis la Pologne et l’Ukraine, où, toujours selon lui, des « marionnettistes » tireraient les ficelles et « commandent des brebis qui ne comprennent pas ce qu’ils attendent d’elles ». Cette accusation n’a absolument pas plu au ministère des Affaires étrangères tchèque, qui a publié un communiqué pour exprimer son « inquiétude quant au déroulement des élections » (cf. : https://www.mzv.cz/jnp/cz/udalosti_a_media/prohlaseni_a_stanoviska/x2020_08_10_prohlaseni_mzv_k.html), et au ministre Tomáš Petříček :

« Je rejette catégoriquement les accusations selon lesquelles le gouvernement tchèque, qu’il s’agisse du ministère des Affaires étrangères ou d’un autre organe de l’Etat, aurait organisé de telles manifestations. Les propos de monsieur le président (Loukachenko) ne reposent sur aucune preuve concrète, en tous les cas je n’en ai vue aucune. »

Photo: ČTK/AP/Uncredited

Par ailleurs, le chef de la diplomatie a expliqué que des vérifications étaient en cours pour déterminer la provenance des grenades assourdissantes de fabrication tchèque qu’auraient utilisées dimanche les forces anti-émeutes biélorusses. Une photo d’une grenade a en effet été mise en ligne sur le canal antigouvernemental biélorusse Nexta. Or, sa date de fabrication remonte à 2012, soit un an après l’adoption de l’embargo par l’Union européenne qui interdit la vente d’armes à la Biélorussie. Si le ministère des Affaires étrangères enquête donc sur l’origine de cette photo, Tomáš Petříček a rejeté l’idée que Prague puisse contourner la réglementation européenne dans ce domaine :

« La République tchèque respecte les mesures restrictives appliquées par l’UE vis-à-vis de la Biélorussie, y compris donc l’embargo sur les armes et les équipements pouvant être utilisés à des fins de répression. Le matériel que l’on peut voir sur la photo en question n’a donc pas été fourni à la Biélorussie avec l’autorisation du gouvernement tchèque. »

De son côté, la société Zeveta Bojkovice, qui a fabriqué ces grenades, s’est empressée de faire savoir qu’elle n’a rien vendu de sa production en Biélorussie. La piste d’une exportation illégale est par conséquent pour l’heure privilégiée.