La pollution lumineuse, nouveau cheval de bataille du gouvernement tchèque

Prague, photo: Roman Zázvorka, CC BY-SA 4.0

Un ciel tapissé d’étoiles ou traversé par la Voie lactée. Une nuit profonde et sombre, appelant un sommeil tout aussi profond et réparateur. Dans la plupart des endroits du monde, il est aujourd’hui presque impossible d’imaginer une telle voûte céleste, a fortiori dans les grandes agglomérations. Le gouvernement tchèque a décidé de s’attaquer au problème de la pollution lumineuse, enjeu majeur de santé publique.

Photo: NASA
D’après les astronomes tchèques, aux premières loges quand on aborde la question de ce qui se trouve au-dessus de nos têtes, la pollution lumineuse en République tchèque s’est particulièrement aggravée au cours des cinquante dernières années. Selon l’Association internationale pour un ciel sombre (IDA), 80 % de la population mondiale vit dans un environnement touché par la pollution lumineuse. Pavel Suchan, astronome, estime qu’actuellement il n’existe en République tchèque aucun endroit qui ne soit pas un minimum touché par la pollution lumineuse. Seules quelques régions restent encore relativement épargnées par ce fléau :

Pavel Suchan, photo: Marián Vojtek, ČRo
« Le sud du pays, avec le massif de la Šumava et les montagnes de Nový Hrad à la frontière avec l’Autriche, se porte mieux que le nord, l’est ou l’ouest. Le pire, c’est évidemment dans les grandes villes. Les communes, pour leur part, pourraient s’inspirer du manuel publié par le ministère de l’Environnement. Il ne s’agit pas d’un manuel technique, puisqu’il y a des normes existantes. Mais davantage un mode d’emploi qui explique comment éclairer de manière rationnelle et respectueuse. Que ce soit eu égard à la santé des personnes ou par rapport à l’environnement. »

Si la pollution atmosphérique est emblématique des sociétés industrielles contemporaines, et largement plus médiatisée et connue, la pollution lumineuse n’est pas à prendre à la légère, selon les experts. Elle est responsable de graves dérèglements. Dans la nature par exemple, cette lumière omniprésente conduit à des problèmes de désorientation chez les animaux. Chez l’homme, la pollution lumineuse a un impact direct sur la santé, comme le détaille Pavel Suchan :

Prague, photo: Roman Zázvorka, CC BY-SA 4.0
« Avant que Thomas Edison n’invente l’ampoule, rappelons que dans la nature, la lumière bleue n’existait pas. Ou plutôt : lorsque le soleil se couchait, cette lumière n’apparaissait nulle part. Mais aujourd’hui nous nous éclairons à l’aide d’appareils qui contiennent cette lumière bleue. Cela peut être la lumière bleue sur les panneaux publicitaires, ou alors la lumière blanche, forte, que l’on ne retrouve pas seulement dans l’éclairage public, mais aussi dans nos téléphones portables, nos tablettes, nos ordinateurs. Quand nous utilisons ces appareils, les cellules ganglionnaires de nos yeux disent à notre organisme : ‘attention, il fait jour’ alors même qu’il fait nuit. Ainsi nous empêchons notre corps de se régénérer, nous l’empêchons de créer de la mélatonine, nous perturbons notre rythme circadien. Tout ceci contribue à favoriser des maladies comme le cancer, l’obésité, le diabète, l’hypertension... »

Mercredi dernier, le gouvernement tchèque démissionnaire a validé un plan en quatorze points visant à lutter contre la pollution lumineuse. Il est le résultat d’une commission réunie par le ministère de l’Environnement et composée de représentants des différents ministères concernés, de l’Union des communes et de scientifiques, dont l’astronome Pavel Suchan. Ce plan gouvernemental doit permettre à chaque ministère de préparer des méthodes applicables pour limiter l’impact de la pollution lumineuse.

Photo: ČT
Par exemple, le ministère de l’Intérieur a pour mission de préparer un projet permettant aux communes de traiter les cas de pollution lumineuse comme relevant du tapage nocturne, soit un délit passible d’une amende pouvant s’élever jusqu’à 10 000 couronnes (385 euros). Le ministère de la Santé, pour sa part, va préparer une campagne sur cette thématique, afin de sensibiliser la population à l’impact négatif de ce phénomène, notamment sur le sommeil. Installation d’éclairages à vocation durable et économe dans les nouvelles constructions, remplacement des éclairages publics non-conformes, adaptation de l’éclairage dans les lieux gros émetteurs de lumière… Autant d’objectifs à remplir afin de changer la donne.

Et l’enjeu est de taille, puisque le ministère de l’Environnement estime que la République tchèque gaspillerait deux milliards de couronnes (environ 80 millions d'euros) chaque année en raison du phénomène. Un argument pécuniaire non-négligeable à destination des esprits chagrins souvent prompts à renâcler à la tâche lorsqu’il est question de problèmes environnementaux…