Le 28 octobre aujourd'hui

Le drapeau tchèque

Le 28 octobre, une journée comparable au 14 juillet en France, puisque c'est le jour de la Fête nationale de la République tchèque. Les fêtes, nationales ou non, c'est aussi la vie de chaque jour d'un citoyen tchèque. Qu'est-ce que le 28 octobre signifie pour lui ?

Le drapeau tchèque
Le 28 octobre, c'est en premier lieu un jour férié, une journée où on n'est pas obligé d'aller au travail, une journée quand on peut faire la grasse matinée. En plus, cette année, on peut faire le pont : avec le week-end, on a quatre jours de libres. A condition de prendre une journée de congé le lundi, ou quand votre employeur ferme pour une journée. Le 28 octobre, c'est, naturellement aussi, le jour où le président de la République remet des distinctions nationales à des personnalités choisies. Cette année, Vaclav Klaus remet ces décorations pour la première fois en tant que chef de l'Etat. A noter, moins de personnalités décorées et moins d'invités au Château de Prague qu'au temps du président Vaclav Havel. La fête nationale du 28 octobre, c'est aussi la journée de diverses cérémonies, où l'on dépose des couronnes et des gerbes de fleurs aux pieds de monuments qui ont marqué l'histoire de l'Etat. Pourtant, il s'avère qu'en dehors des milieux politiques, cette journée n'est pas tellement célébrée. Il n'y a pas de grandes cérémonies, de fastes, de feux d'artifice. Pourquoi cette fête nationale n'est pas ce qu'est le 14 juillet pour les Français ou le 4 juillet pour les Américains ?

Le 28 octobre 1918, la Tchécoslovaquie est née sur les ruines de l'Empire austro-hongrois. Pourtant, la Tchécoslovaquie, en tant qu'Etat, a disparu de la carte du monde, lors de sa partition, avec la naissance de deux nouveaux Etats indépendants : la Tchéquie et la Slovaquie. La République tchèque existe, officiellement, depuis le 1er janvier 1993. Force est donc de se demander pourquoi la fête nationale de la Tchéquie n'est pas le 1er janvier. Peut-être est-ce un anachronisme, mais le 28 octobre est resté la fête nationale de la République tchèque, du fait que c'est ce jour-là que les Tchèques ont pu jouir, pour la première fois dans leur histoire des temps modernes, de l'indépendance, dans leur Etat. C'était en commun avec les Slovaques. Après la partition de la Tchécoslovaquie, les Slovaques ont cessé de fêter leur indépendance le 28 octobre.

On est en mesure de se demander pourquoi ce désintéressement pour la fête nationale du pays, en réalité pour toutes les fêtes officielles (on ne parle pas des fêtes religieuses), de la part des Tchèques ? Pour répondre à cette question, il faut remonter au temps du régime totalitaire. En effet, sous le communisme, les citoyens étaient obligés de participer aux grands défilés, aux grandes cérémonies. La plus importante était, certainement, le 1er mai, la fête du Travail. Même la Libération (qui était célébrée le 9 mai et non pas le 8, comme dans le reste du monde) n'avait pas cette importance. A plus forte raison, le 28 octobre n'était pas célébré avec de grandes cérémonies. Avec le retour de la démocratie, les Tchèques ont retrouver la liberté de penser. Peut-être pensent-ils que le 28 octobre n'est pas, tout à fait, le bon jour pour célébrer la fête nationale ? Sur ce sujet, bon nombre de polémiques ont été menées, tant dans les milieux politiques qu'au sein de l'opinion publique. Elles n'ont pas abouti : le 28 octobre est resté la fête nationale, tout comme le drapeau de l'ancienne Tchécoslovaquie est resté le drapeau de la République tchèque. Le deuxième héritier de la Tchécoslovaquie défunte, la République slovaque, a changé la date de sa fête nationale et son drapeau. Pourtant, dans le calendrier slovaque, le 28 octobre figure parmi les dates importantes.

Vous vous direz, très certainement, mais comment cela est-il possible qu'une nation ne ressente pas une certaine fierté le jour de la fête nationale de son pays ? Nous dirions fierté certainement, mais cette journée, la déclaration de la Tchécoslovaquie indépendante a été tellement dénigrée par le régime communiste, pendant plus de quarante années, qu'elle ne suscite plus un grand enthousiasme. Pourtant, en lisant l'édition du 29 octobre 1918 du quotidien Lidove noviny, on ressent de l'enthousiasme, de la fierté, en lisant : « Peuple tchécoslovaque ! Ton rêve de toujours s'est accompli. L'Etat tchécoslovaque, à partir d'aujourd'hui, s'est rangé parmi les Etats culturels du monde ». Il faut dire, pourtant, que parmi les personnes un peu plus âgées, le 28 octobre est resté une journée mémorable. Pour ceux qui avaient connu l'Empire austro-hongrois, la Première République du président Masaryk, le jour de la déclaration de l'indépendance d'un Etat indépendant des Tchèques et des Slovaques restent pour toujours un symbole de la fierté de la nation. Qu'importe la manière dont cette journée est célébrée, le principal reste le fait qu'à partir de cette date mémorable, le tchèque et le slovaque étaient les langues officielles du pays, l'histoire, la culture des deux nations étaient reconnues dans le monde. Il semble qu'en République tchèque, les gens soient restés plus attachés à cette première indépendance, celle de 1918, plutôt qu'à celle de 1993, après la partition de la Tchécoslovaquie. Pour les jeunes générations, les dates les plus importantes deviennent, peut-être, le 17 novembre, date du commencement de la chute du communisme, ou justement le 1er janvier 1993, quand l'Etat des Tchèques, indépendants vraiment, a été proclamé. Pour ces nouvelles générations, le 1er mai 2004 sera, certainement, une des dates les plus importantes, avec l'entrée de la Tchéquie dans l'Union européenne.