L'ex-Tchécoslovaquie est toujours présente en Irak
Que connaît-on de la République tchèque en Irak ? Ce que la Tchécoslovaquie communiste exportait dans ce pays, avec lequel elle entretenait une riche coopération.
Les images du paysan irakien, qui aurait abattu un hélicoptère Apache américain avec un simple fusil, ont fait le tour du monde. On a moins parlé de la marque de ce fusil. C'était un « Brno », comme ce fusil est appelé dans un grand nombre de pays du Proche-Orient. Brno, ce n'est pas la marque du fusil, mais le nom de la ville où il a été fabriqué, la ville où se trouve l'usine d'armement Zbrojovka Brno. En Irak, bon nombre de personnes ont un « Brno » à la maison. Ce lundi, deux quotidiens nationaux, Mlada fronta Dnes et Lidove noviny, publient en première page la photo d'un soldat irakien et de son passager roulant à moto, dans les rues de Bagdad. La moto est une Jawa, une moto de fabrication tchèque, que les amateurs connaissent bien. Comment se fait-il que les produits tchèques soient si répandus en Irak ? Pour ce qui est de l'armement, il faudrait spécifier qu'il s'agit de produits de l'ancienne Tchécoslovaquie. En effet, le régime communiste tchécoslovaque entretenait d'étroites relations avec le régime de Saddam Hussein. Dans les années soixante-dix et quatre-vingts, les Tchèques étaient nombreux à participer à la construction des entreprises irakiennes, surtout les raffineries de pétrole, mais aussi les usines de tracteurs Zetor, les stations de pompage de l'eau, les stations d'épuration des eaux usées, les briqueteries ou les usines de céramique. La République socialiste tchécoslovaque était aussi l'un des principaux fournisseurs d'armes à l'Irak. Après la Révolution de velours, cette coopération a été stoppée, mais en 1990 encore, 1000 tanks étaient prêts à l'expédition pour l'Irak. Ce fut le Président Havel qui arrêta la production de l'armement en Tchéquie. Quelques usines tchèques fabriquent encore des armes de poing et des fusils de chasse. L'armement lourd ne se fabrique plus, aujourd'hui. Il faut savoir, aussi, que dans le cadre de ce que le Conseil d'assistance économique mutuelle (Comecom) appelait une aide internationaliste aux pays moins développés, la Tchécoslovaquie participait à la formation de spécialistes militaires irakiens. Après les Libyens, ils étaient les plus nombreux à l'Académie militaire de Brno, dans les années soixante-dix et quatre-vingts. Les Irakiens y effectuaient des études de trois ans, dans les spécialités suivantes : armes et munitions, systèmes de missiles, artillerie et blindés. Certains ont suivi une formation dans la production et l'utilisation des armes chimiques. Ces anciens étudiants, rentrés en Irak, ont certainement contribué à la formation d'une partie des forces armées de Saddam Hussein, même à la recherche et la production éventuelle d'armes de destruction massive. La coopération entre la dictature de Saddam et la dictature du prolétariat tchécoslovaque n'est plus. Les armes sont restées, et encore une chose par laquelle les Irakiens, bien que musulmans, connaissent la Tchéquie : la bière de Plzen, la Pilsner Urquell. Il faut dire que ce sont surtout les étrangers qui la consomment




