Les prisons en Tchéquie
Le système carcéral, les prisons, la tôle, les geôles, le trou... que de noms pour nommer un milieu que personne ne voudrait connaître. Pourtant, même le simple citoyen n'est pas à l'abri d'une faute fatale dans sa vie : erreur de conduite, par exemple, et l'on peut se retrouver en prison. Cela peut, aussi, devenir la vie quotidienne.
Nous ne parlerons pas du système carcéral vraiment, donc du nombre de prisons ou de détenus en République tchèque. En choisissant ce sujet, dont on ne parle pas souvent, car la prison est un peu un milieu fermé, nous avions pensé, plutôt, à ce que deviennent les prisons aujourd'hui, comment le système carcéral s'humanise, comment la Tchéquie le modernise. D'un autre côté, avec l'ouverture des frontières, après 1989 et la chute du régime totalitaire, la République tchèque est confrontée à un nouveau problème : le crime organisé, le crime international. Pour cela, il s'est avéré comme indispensable de renforcer les mesures de sécurité dans les prisons. Actuellement, il n'y a en Tchéquie que trente détenus dans les prisons pour les criminels extrêmement dangereux. Ils sont répartis dans plusieurs établissements carcéraux, mais un véritable quartier de haute surveillance, où les détenus sont isolés de leurs collègues par des murs infranchissables et des grilles, n'existe que dans la prison de Straz pod Ralskem, en Bohême du nord, dans la région de Ceska Lipa. Des quartiers de haute surveillance devraient être construits dans quatre autres établissements. Pour l'instant, des problèmes d'ordre financier ont retardé leur construction. Selon la directrice du Service pénitentiaire, Kamila Meclova, 200 détenus devraient être transférés dans les futurs quartiers de haute surveillance. Elle ajoute, aussi, que le nombre de criminels hautement dangereux est en hausse en Tchéquie, ces dernières années. Si le Service pénitentiaire ne construisait pas ces quartiers de haute surveillance, ces criminels pourraient entraîner les autres détenus dans des révoltes ou même des évasions.
Au mois de février, par exemple, la prison de Horni Slavkov, dans la région de la ville thermale de Karlovy Vary, a dû faire face à une révolte et une grève de la faim. Les prisonniers revendiquaient des mesures d'allégement de leur détention en grande partie inacceptables pour la direction. Cette dernière a, pourtant, accepté certaines propositions des détenus. Jana Jodlova, porte-parole du Service pénitentiaire tchèque a confirmé que la grève de la faim s'était terminée, mais que certaines revendications étaient vraiment inacceptables :
« L'enquête a démontré que la grève de la faim ne devait servir qu'à imposer d'autres revendications. Par exemple, l'augmentation du nombre de libérations en sursis, par les tribunaux, l'élargissement des possibilités de contacts intimes lors des visites des membres de la famille. Il ne s'agissait pas de relations sexuelles, mais simplement de caresses d'un enfant ou de baisers pendant la visite. Les détenus revendiquaient aussi de meilleures conditions de détention et une prolongation de la durée autorisée pour regarder la télévision ».
A propos de l'allégement des conditions de détention, on peut citer l'exemple de la prison de Vinarice, dans la région de Kladno, non loin de Prague. C'est l'un des plus vastes établissements pénitentiaires tchèques. Dans cette prison, les détenus, du moins ceux qui purgent des peines pour des délits ou crimes moins graves, ont accès à l'internet. Ils peuvent même chater avec leurs connaissances. Naturellement, cela n'a pas lieu comme un chat normal, donc en direct, mais par l'intermédiaire d'un administrateur. En consultant le site de la prison et son chat, nous avons pu constater que les thèmes sont des plus divers. D'un autre côté, cette même prison a fait la une des journaux, car elle est devenue celle où les détenus se droguent le plus. Comment cela ? Deux prisonniers, un gardien et une infirmière distribuaient de la drogue. On a découvert la filière et ils ont été condamnés. Kamila Meclova, directrice du Service pénitentiaire tchèque affirme que les mesures de sécurité ont été renforcées pour empêcher que les stupéfiants soient introduits dans la prison : rayons X à l'entrée du pavillon des visites, contrôles plus sévères des véhicules et de leur chargement.
On parlait de l'internet dans les prisons. Progrès oblige, les portables y apparaissent de plus en plus aussi, bien que leur détention soient interdite. Selon la directrice du Service pénitentiaire, le problème ne réside pas tellement dans le système, lui-même, mais surtout dans le personnel. Certains gardiens, employés des prisons ne résistent pas à l'appât du gain et violent le règlement. L'avenir du milieu carcéral tchèque ? Surtout la modernisation, la construction de quartiers de haute surveillance pour que les criminels dangereux ne puissent influencer les autres détenus. L'humanisation est aussi à l'ordre du jour. Un gros problème : le surpeuplement dans les prisons. Certains politiciens ont déjà pensé à prendre l'exemple des Etats-Unis, la privatisation de certains types d'établissements pénitentiaires. Pour l'instant, cette éventualité n'a pas rencontré un grand écho. De toute manière, humanisation, modernisation ou autre, la prison restera un lieu où l'on est privé de liberté. Donc mieux vaudrait l'éviter, en respectant les lois.




