Au Château de Prague, FRANTA, l’exposition de toute une vie d’un artiste franco-tchèque hors normes

L’exposition FRANTA

C’est l’exposition de toute une vie, ou presque. Jeudi soir, en présence du président tchèque, une grande exposition retraçant l’œuvre de František Mertl, mieux connu sous son nom d’artiste FRANTA, a été ouverte au Château de Prague (dans le bâtiment appelé Jízdarna).

Jusqu’au 15 juin prochain, quelque 150 tableaux et sculptures permettent de revenir sur la carrière d’un artiste hors normes, qui, après des études à l’Académie des beaux arts (AVU) à Prague, avait quitté la Tchécoslovaquie en 1958 pour s’installer en France.

Un rendez-vous exceptionnel avec son pays d’orgine dont cet homme de bientôt 95 ans, qui a toujours placé l’être humain et sa condition au cœur de son œuvre, n’aurait « jamais osé rêver ».

František Mertl | Photo: Centre tchèque de Paris

« C’est une chose à laquelle je ne m’attendais vraiment pas. J’ai fait beaucoup d’expositions, entre 150 et 160, dans des musées en France, comme à Paris, à Dunkerque, à Marseille, à Toulon ou à Toulouse. Pendant près de vingt ans, je n’ai pas pu avoir de réels contacts avec le pays que j’ai quitté. Il y a un an et demi, j’ai eu une grande exposition au siège de l’UNESCO à Paris, qui m’a donné l’occasion de parler des problèmes les plus urgents et récents, particulièrement autour de la violence et de l’exil dans l’histoire de l’immigration. »

L’exposition FRANTA | Photo: Guillaume Narguet,  Radio Prague Int.

« Là, on m’a proposé de faire une rétrospective de mon œuvre. Il y aura des toiles aussi bien des années 1950 et 60 que d’aujourd’hui. On a dû faire un choix parmi les 250 à 300 tableaux que j’ai à ma disposition pour en présenter à peu près la moitié. Le choix fait avec le commissaire d’exposition s’est très bien passé. Ils ont très bien travaillé. L’accrochage diffère de ce que j’aurais fait personnellement, car dans les 150 précédentes expositions, je m’en étais toujours chargé. Cette fois, une équipe l’a réalisé, mais elle a très bien compris ma volonté, mes souhaits. Cet espace exceptionnel permet de présenter mon travail dans des conditions uniques. »

L’exposition FRANTA | Photo: Guillaume Narguet,  Radio Prague Int.

« Une grande partie des toiles que j’ai réalisées ont été confisquées par la police, et je ne les ai plus revues. Quand j’ai quitté la Tchécoslovaquie, la police est entrée dans mon atelier et a confisqué pratiquement tout ce que j’y avais. Tout à fait par hasard, au début de l’exposition, une toile faite dans l’atelier du professeur Holý, qui était alors chez un ami à ce moment-là, est présentée. Bien qu’on m’ait rendu la nationalité tchèque que j’avais perdue lorsque j’ai quitté la Tchécoslovaquie, je n’ai jamais pensé à réclamer mon travail. J’ai peut-être eu tort, mais maintenant, c’est trop tard. »

L’exposition FRANTA | Photo: Guillaume Narguet,  Radio Prague Int.
L’exposition FRANTA | Photo: Guillaume Narguet,  Radio Prague Int.

« Je souhaite montrer toutes les questions que je me pose. J’ai quitté la Tchécoslovaquie pour deux raisons. D’abord, je souhaitais vivre avec une femme française, mais on nous a empêché de nous marier. Deuxièmement, je souhaitais découvrir et apprendre à connaître le monde, comment les hommes réagissent, s’organisent. L’un des premiers voyages que j’ai faits était en Espagne. Je suis allé voir de très près le régime de Franco. Après, je suis allé en Grèce, dominée par les colonels. Je voulais le comparer avec ce que j’avais vécu en Tchécoslovaquie. J’espérais ensuite beaucoup, dans les pays scandinaves, en Belgique et en France, trouver une organisation différente de la société... »

En raison de l’émotion et des nombreuses sollicitations, notamment médiatiques, František Mertl était, jeudi, trop fatigué pour poursuivre l’entretien. Lui-même a toutefois proposé de poursuivre l’échange lorsqu’il sera de retour, plus au calme et reposé, dans son atelier du sud de la France. C’est ce que nous ferons, donc, à l’occasion de ses 95 ans, le 16 mars prochain.

En attendant, l’exposition est ouverte, depuis ce vendredi 14 février, au public...

L’exposition FRANTA | Photo: Guillaume Narguet,  Radio Prague Int.
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