La révolution trumpiste à la Une de la presse tchèque

Donald Trump

La fragilisation des relations transatlantiques est le premier sujet de cette nouvelle revue de presse qui propose ensuite quelques remarques en lien avec l’absence de la Tchéquie au « sommet d’urgence » qui s’est déroulé lundi à Paris. Elle s’intéresse également à l’augmentation de l’endettement des jeunes Tchèques. Un mot enfin sur l’aide accordée aux Ukrainiens par la population tchèque.

« Pendant au moins quatre ans, on ne pourra plus dire que les Etats-Unis sont un bastion de la démocratie et un allié attaché par des accords », indique le site Novinky.cz. La réalité suggère le contraire :

« L’entretien de Donald Trump avec le président russe Vladimir Poutine, mercredi, a confirmé les pires craintes. Pour l’Ukraine, ce qu’elle redoutait est exactement qui s’est produit : des négociations de paix sans elle en étant mise devant le fait accompli. Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth a beau jeu de prétendre qu’il ne s’agit pas d’une trahison des soldats ukrainiens mais d’une prise en compte de la réalité. Ses propos évoquent l’esprit ‘de Munich’ que nous,  Tchèques, connaissons bien. »

« L’Amérique de Trump n’est pas un allié de l’Europe », renchérit le journal Deník D selon lequel cette Amérique n’entrera pas en guerre pour la Pologne et encore moins pour la Lettonie ou l’Estonie :

« Tout le monde voit que l’Europe est faible et qu’elle doit répondre à cette nouvelle réalité. Mais à ce sujet, les voix les plus fortes proviennent de la part des eurosceptiques qui ont, eux, le plus contribué à cette faiblesse. Désormais, ils doivent choisir s’ils veulent une Europe forte ou une Europe émiettée. Pour représenter un contrepoids géopolitique aux Etats-Unis ou à la Chine et tenir à distance une Russie déchaînée, elle a besoin d’une intégration plus étroite et d’une capacité d’agir. Une Europe intégrée ou faible. »

Le journal de gauche Alarm indique que « le discours arrogant » prononcé par J. D. Vance à la conférence de Munich sur la sécurité devrait réveiller l’Europe mais différemment de ce que pensent de nombreux politiciens tchèques :

« La situation actuelle est un signal d’alarme pour que l’Europe réalise que les Etats-Unis sous Donald Trump sont devenus un partenaire sur lequel elle ne peut pas compter. Il semble que Poutine et Trump aient désormais le même objectif politique en Europe, à savoir fragmenter l’Union européenne via les forces d’extrême droite dans les différents pays. Une telle Europe serait avantageuse tant pour les ambitions impériales de la Russie et des Etats-Unis, que pour les affaires des grandes corporations de la Silicon Valley. »

Le ton de l’éditorial du journal de droite echo24.cz est foncièrement différent. « Le déclin et l’impuissance de l’Europe ont été mis à nu en seulement quatre semaines par la nouvelle administration Trump qui est préparée à des changements géopolitiques dramatiques d’une manière dont personne n’aurait pu rêver », estime son auteur avant de poursuivre :

« L’Europe est dans un état risible et insignifiant. Elle a besoin de nouveaux dirigeants, elle a besoin de réformes. L’Union européenne a toujours un sens, mais elle doit revenir à ses fondements. Cela s’est confirmé lors de la réunion de certains dirigeants européens convoquée par le président français Emmanuel Macron. Comme toujours, rien n’a été convenu. »

« La convocation d’une réunion éclair de quelques pays européens ne doit pas être critiquée », lit-on en revanche dans une note publiée dans le quotidien Hospodářské noviny :

« Elle mérite au contraire d’être saluée. Même si le choix des invitations n’est pas tout à fait clair. De toute façon, cela aurait été une grave erreur d’exclure le Royaume-Uni et de se limiter aux pays de l’UE. La raison de ne pas utiliser le format européen est claire : même avec une participation limitée, on pouvait s’attendre à une discussion complexe, et la participation de personnes comme les Premiers ministres Orbán et Fico n’aurait pas facilité la recherche d’un consensus. On peut croire que l’UE, ou l’Europe, défendra sa place à la table des négociations, tout comme l’Ukraine. »

L’absence tchèque au « sommet d’urgence » de Paris

L’absence tchèque au sommet de Paris » convoqué en urgence lundi par le président français Emmanuel Macron a fait également l’objet d’un commentaire sur le site de l’hebdomadaire Respekt. « La Tchéquie a bien aidé l’Ukraine jusqu’ici, mais elle ne doit pas estimer qu’elle mérite d’être récompensée pour cela », a-t-il écrit avant de présenter sa vision des choses :

Emmanuel Macron avant le sommet extraordinaire sur la sécurité de l'Ukraine au Palais de l'Elysée à Paris | Photo: Umit Donmez,  Anadolu/AFP/Profimedia

« Aux yeux du président français, le succès de l’initiative tchèque concernant les munitions pour l’Ukraine n’a pas été suffisant pour que le Premier ministre tchèque Petr Fiala soit invité à Paris. Il n’est pas difficile d’imaginer à quel point, à l’approche des élections législatives tchèques, ce dernier a dû se sentir blessé.  Mais ce n’est pas une raison pour que Petr Fiala donne maintenant libre cours à sa vanité, voire qu’il s’en prenne à Macron et à l’UE. Dans un monde qui fonctionne bien, où l’Occident fait tout ce qu’il peut pour sauver une Ukraine en difficulté, les événements se seraient bien sûr déroulés différemment. L’UE se serait mise d’accord sur une position commune et son représentant aurait défendu cette position en commun avec le gouvernement américain. Mais nous vivons à l’ère de Donald Trump, qui n’a aucun intérêt à coopérer avec l’Europe. Celle-ci improvise donc, ce dont la réunion de huit pays avec Macron a été le résultat. »

Il est incontestable, comme l’admet le magazine, que ce format de négociations est loin d’être idéal, ne serait-ce qu’en raison du choix de leurs participants. Toutefois, ce qui compte aujourd’hui, c’est la volonté de contribuer à la cohésion de l’Europe afin de soutenir l’Ukraine. « Cela implique d’accepter le rôle que les alliés nous réserveront à un moment ou à un autre dans leurs efforts communs », souligne-t-il.

L’endettement chez les jeunes

« Les jeunes sont au bord d’un gouffre financier et leurs dettes n’ont de cesse d’augmenter », avertit un texte publié dans le quotidien Hospodářské noviny. Son auteur explique :

Photo illustrative: Mircea Iancu,  Pixabay,  Pixabay License

« Les taux d’intérêt élevés, la cherté de l’immobilier et la hausse des prix. Autant d’éléments qui sont à l’origine de l’augmentation de l’endettement des Tchèques l’année dernière. Selon les données du Bureau tchèque du crédit, il aurait  augmenté de près de 9 % en glissement annuel. Le phénomène touche presque toutes les générations, mais il y en a une qui se distingue. C’est la génération Z, soit les personnes nées à la fin des années 1990. L’explication en est leur incapacité d’assurer des revenus qui correspondraient aux dépenses. Celles-ci concernent en premier lieu le logement et l’alimentation. »

Selon certaines études, comme l’indique l’éditorialiste du journal économique,  les jeunes dépensent également trop, par exemple, pour des produits de luxe et des marques. « Ils estiment  qu’ils ne pourront jamais payer leur propre logement et pensent qu’ils ne vivront pas, dans le monde incertain d’aujourd’hui, jusqu’à la retraite », estime-t-il, avant d’ajouter :

« La deuxième explication, tout aussi mauvaise que la première, est la faible culture financière des jeunes. La plupart d’entre eux suivent les conseils financiers des influenceurs sur les réseaux sociaux, qui n’ont pas non plus d’éducation financière suffisante. L’augmentation de l’endettement chez les jeunes est inquiétante au regard de l’avenir. C’est en effet sur ces jeunes ‘irresponsables’ que les générations plus âgées devront un jour compter. »

L’aide à l’Ukraine : pas de lassitude dans la population tchèque

« Trois ans après le début de la guerre en Ukraine, la population tchèque reste solidaire des Ukrainiens ». C’est ce que rapporte le site Seznam Zprávy qui s’appuie sur les données recueillies auprès de différentes ONG tchèques qui soutiennent l’Ukraine depuis le début de l’invasion russe en février 2022 :

Photo: Daniela Honigmann,  Radio Prague Int.

« Alors que le soutien financier accordé par les familles tchèques a diminué au fur et à mesure après 2022, certaines organisations signalent qu’elle a de nouveau augmenté au cours de l’année écoulée. Les contributions reçues de la part des donateurs sont utilisées à des fins humanitaires, matérielles ou médicales. Alors que le soutien à l’Ukraine reste inchangé, des réactions négatives et de la désinformation circulent fortement à ce propos sur les réseaux sociaux, faussant la réalité. Il s’avère cependant que les gens qui se reconnaissent dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine sont stables dans leurs opinions. »

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