Fonds européens : le plus grand hôpital tchèque au cœur d’une vaste affaire de corruption
Le plus grand hôpital du pays, et un des plus réputés, est ébranlé par une vaste affaire de corruption qui a mené à l’inculpation de 17 personnes, dont le directeur de l’hôpital universitaire de Motol à Prague. Tous sont soupçonnés de corruption, fraude aux subventions, atteinte aux intérêts financiers de l’UE et blanchiment d’argent.
Avec plus de 6 000 employés, plus de 2 200 lits, plus de 77 000 hospitalisations et plus d’un million de patients traités de manière ambulatoire chaque année, l’hôpital de Motol à Prague, composé de deux blocs interconnectés et de plusieurs autres pavillons, est un colosse en termes de taille et de gestion des malades. C’est dire l’ampleur du site et de l’institution qui se retrouve depuis lundi sous le feu des projecteurs en lien avec une vaste affaire de corruption impliquant, entre autres, une fraude aux subventions européennes.
Lundi, 350 agents du Centre national de lutte contre le crime organisé, en coordination avec le Parquet européen, ont effectué 46 perquisitions dans toutes la République tchèque, en premier lieu à l’hôpital mais également dans des locaux commerciaux et même un cabinet d’avocats. 16 personnes ont été arrêtées lundi, une autre encore ce mardi, portant à 17 le nombre de suspects dans cette affaire. Parmi eux, le directeur de l’hôpital Miloslav Ludvík, un ancien ministre de la Santé affilié au parti social-démocrate, et plusieurs responsables de l’entreprise Geosan Group qui avait dirigé entre 2021 et 2024 les travaux de reconstruction du « Pavillon bleu », un des deux grands blocs de l’ensemble hospitalier.
Ancien journaliste de la Télévision tchèque et désormais à la tête du site d’investigation Odkryto.cz, Jiří Hynek détaille les principaux ressorts de l’affaire :
« C’est vraiment une affaire d’ampleur inédite. Plus de 300 policiers mobilisés, c’est vraiment exceptionnel en la matière. Le cœur de l’affaire concerne plusieurs contrats de construction, dont l’un des principaux est lié à une demande de fonds européens. C’est pour cette raison que l’enquête est supervisée par le Parquet européen. En ce qui concerne l’ensemble des contrats de construction, on parle de centaines de millions de couronnes. »
Les autorités accusent les suspects d’avoir systématiquement abusé des procédures d’attribution de marchés publics pour s’assurer personnellement de gains financiers illégaux sur les contrats attribués par l’hôpital. Selon l’enquête de la police, Miloslav Ludvík et son adjoint, Pavel Budinský, auraient ainsi prélevé d’importantes sommes d’argent sur chaque contrat, accumulant ainsi des pots-de-vin d’une valeur totale de plusieurs centaines de milliers d’euros.
C’est Pavel Budinský qui serait, selon les enquêteurs, le personnage central de l’affaire, organisant des réunions dans son bureau et dans des restaurants pragois, où il exigeait des pots-de-vin de la part de représentants de diverses entreprises en échange de contrats pour les différents chantiers de l’hôpital.
Les soupçons de la police portent globalement sur l’utilisation abusive de fonds européens substantiels destinés à des projets d’infrastructures de soins de santé. Les enquêteurs se sont penchés sur deux grands projets en particulier : la reconstruction du fameux « Pavillon bleu » visant à réduire la consommation énergétique du bâtiment, à remplacer plus de 8 000 fenêtres et à réparer le revêtement du bâtiment datant de 1996, un projet soutenu par des fonds de cohésion de l’Union européenne dans le cadre du programme opérationnel pour l’environnement 2014-2020 ; deuxième projet, la construction d’un centre d’oncologie ultramoderne financé par près de 4,5 milliards de couronnes au titre du Plan national de relance économique de la République tchèque. Selon la police, Pavel Budinský est tout particulièrement impliqué dans ce gros contrat de construction dont le bâtiment doit être achevé en mars de l’année prochaine. Tout comme dans le cas d’autres projets, la police estime que ce dernier a fait gonfler de manière artificielle ce contrat de plusieurs millions de couronnes.
Le site de la Radio tchèque iRozhlas révélait également ce mardi qu’une des autres personnes arrêtées, Miroslav Jansta, avocat, lobbyiste et directeur de l’Union tchèque des sports, est la personne-clé qui aurait aidé Miloslav Ludvík et Pavel Budinský à régulariser ces pots-de-vin, via une société écran basée au Bénin.
Le Parquet européen a souligné la gravité des faits dont les principaux intéressés sont soupçonnés, ainsi que l’ampleur des dommages causés aux intérêts financiers de l’UE, qui pourraient dépasser 160 millions d’euros. S'ils sont reconnus coupables, les suspects risquent jusqu’à 12 ans de prison.