Légende architecturale qui éveille les passions, le grand magasin Máj fête ses 50 ans
Il y a un demi-siècle, Máj ouvrait ses portes sur l’Avenue nationale (Národní třída). En 50 ans, ce grand magasin incarnant le shopping moderne est une vitrine de l’architecture socialiste et une preuve que le bon design peut bien vieillir.
En 1975, lorsque les vitrines de Máj s’allument pour la première fois, c’est un véritable choc pour les Pragois : avec son élégante façade en verre, ses larges escaliers roulants et ses grands espaces aérés, le grand magasin semble tout droit venu d’un autre monde. A l’époque, alors que les gens faisaient habituellement leurs courses dans des magasins en libre-service traditionnels, Máj offrait quelque chose de totalement nouveau : des rayons clairs et bien garnis qui faisaient des achats un vrai plaisir.
Bien plus qu’un simple bâtiment, ce grand magasin offrait ce que l’on qualifierait aujourd’hui de « véritable expérience ». C’est l’architecte John Eisler, accompagné de Miroslav Masák et Martin Rajniš, qui est à l’origine de sa conception inspirée de l’architecture mondiale de l’époque. Ainsi Máj devient l’un des exemples les plus importants du style architectural high-tech dans le pays.
Une modernisation controversée et l’éternelle question de la valeur historique
Après d’importants travaux commencés en 2022, et qui ont coûté 4,5 milliards de couronnes, Máj a rouvert au public en 2024. Le bâtiment ne contient aujourd’hui plus que des boutiques et des restaurants, mais on y trouve également un centre de divertissement, une exposition historique et un panorama sur Prague.
Néanmoins, lorsqu’on approche du Máj rénové, ce qui attire le plus l’attention, ce sont les deux énormes papillons mobiles de l’artiste David Černý, qui occupent une place importante sur les façades du bâtiment. En hommage aux pilotes tchécoslovaques qui ont servi dans la RAF britannique pendant la Seconde Guerre mondiale, leur corps a la forme du légendaire chasseur monoplace Spitfire.
Toutefois, le résultat des travaux a suscité des réactions mitigées. D’une part, la modernisation et l’expansion des fonctions du bâtiment est appréciée ; d’autre part, néanmoins, certains spécialistes et personnes du grand public ont critiqué certains éléments de son design, notamment les papillons de Černý, trop imposants pour certains, trop kitsch pour d’autres. Les intérieurs ont également suscité la controverse, certains les comparant à un casino ou à Las Vegas, d’autres affirmant que le style architectural d’origine n’a pas été respecté. Et en ce qui concentre le respect de la valeur historique du bâtiment, les spécialistes des monuments historiques et les architectes ne s’accordent pas sur la question.