Presse : l’expérience centre-européenne, une inspiration pour les Américains ?
En quoi l’expérience slovaque et plus généralement celle de l’Europe centrale peut-elle inspirer les Américains ? Réponse dans cette nouvelle revue de presse. D’autres sujets traités : l’abattage d’une grande partie des arbres à Prague, le manque de nouveaux visages sur la scène politique, les litiges autour des deux Musées pragois portant le nom du célèbre peintre Alfons Mucha. Un mot enfin sur le prix littéraire Magnesia Litera.
« Récemment encore, je n’aurais pas cru que, face à la société américaine, je pourrais être fier de la société slovaque ». Voilà le sentiment exprimé par le collaborateur slovaque de l’hebdomadaire Respekt, du quotidien Dennik N, qui confronte la situation aux Etats-Unis avec la vague des protestations qui secoue actuellement la Slovaquie :
« Etonnés, les Américains font l’expérience de ce que nous connaissons intimement de notre histoire : la normalisation. Il semble que de nombreux Américains n’arrivent pas à comprendre que chaque concession et chaque signe de peur ne font qu’encourager les dictateurs à une nouvelle forme d’oppression. On est tenté de dire qu’ils devraient tirer une leçon des centre-Européens. Riches de leur expériences des années 1970, celles dites de la normalisation, et du ‘mečiarisme’ des années 1990, beaucoup en Slovaquie comprennent que résister aux menaces extérieures et à la peur intérieure est un service rendu non seulement à son âme, mais aussi aux générations futures. En effet, la résistance à l’oppression, individuelle ou massive, n’a jamais été aussi répandue dans notre histoire qu’aujourd’hui. »
L’éditorialiste estime également que, grâce aux manifestations, la société slovaque élargit le cercle de ses élites démocratiques :
« Le simple fait que des centaines de personnes se soient exprimées lors de nombreuses manifestations à travers la Slovaquie ces derniers mois crée une condition préalable à la naissance de nouvelles personnalités dotées d’une autorité publique. Pour tous ceux qui ont pris la parole une fois, il s’agit d’une expérience profonde. Les manifestations en Slovaquie se sont désormais transformées en un événement culturel à la dramaturgie bien pensée. La résistance à la normalisation exige de la créativité et de l’imagination, mais aussi du courage et de la persévérance. »
Et l’éditorialiste de conclure sur un ton sarcastique : « Il y a certainement suffisamment de personnes courageuses et talentueuses dans la société américaine, mais si elles manquent d’idées, l’Europe centrale et la Slovaquie peuvent les aider. »
Prague : les arbres traditionnels cèdent la place aux arbres plus résistants
A Prague, 15 % des arbres sont en si mauvais état qu’ils doivent être abattus. Le site Seznam Zprávy explique que leur mauvais état est dû à la façon dont ils ont été plantés et à l’augmentation des températures. il n’est toutefois guère étonnant que cela déplaise à une grande partie des habitants de la capitale :
« La verdure est rare dans les rues pavées et asphaltées. Outre le fait qu’ils rendent l’environnement plus agréable, les arbres sont particulièrement utiles en été. Désormais, les rues sont exposées plus encore à la chaleur estivale. Toutefois, les habitants de Prague devront tant bien que mal s’habituer à l’abattage des arbres traditionnels dans les rues et à la plantation de nouveaux arbres plus résistants. »
Le chroniqueur du site précise que depuis 2020, Prague a planté une totalité de 433 000 arbres, la plupart selon les nouvelles normes. Dans les années à venir, elle verra l’apparition de 900 autres arbres capables de s’adapter à des conditions extrêmes :
« La plupart des meilleures espèces qui seront classées par ordre de priorité proviennent d’Asie ou d’Amérique du Nord, ou de certaines des régions les plus chaudes et les plus sèches d’Europe. Les conifères ne sont pratiquement plus plantés en ville en raison du changement climatique. Toutefois, à l’avenir, il sera possible de planter des espèces méditerranéennes telles que des cèdres. »
La ville de Brno, elle aussi, comme l’indique encore le chroniqueur du site, a commencé à se pencher sur la question des arbres qui dépérissent.
L’absence de nouveaux visages sur la scène politique
« A l’issue des élections législatives qui se dérouleront à l’automne prochain, la politique tchèque ne connaîtra probablement que quelques changements cosmétiques ». C’est en tout cas ce que prévoit l’auteur d’un article publié dans le journal en ligne echo24.cz. S’appuyant sur les listes de candidats présentées par les différents partis, il précise qu’il sera rare de trouver parmi ceux qui sont placés en tête de liste une personnalité totalement nouvelle :
« La représentation politique s’affaiblit et les partis établis semblent n’avoir aucune raison de procéder à de grands changements. Même les petites formations, à quelques exceptions près, envisagent de s’appuyer prioritairement sur des politiciens expérimentés. Les partis établissent leurs listes de candidats avec des matadors éprouvés, alors que la route vers le parlement sera très épineuse pour les nouveaux visages. Voilà pourquoi une révolution majeure en matière de personnel ou un rajeunissement significatif au sein de la Chambre des députés ne sont pas à attendre. »
« Du point de vue de la qualité de la démocratie, la faible incidence de nouveaux visages politiques n’est certainement pas une chose à saluer », ajoute l’éditorialiste du journal. Elle témoigne, selon lui, d’un manque de personnalités et de la réticence des élites en place à laisser de nouveaux acteurs entrer dans l’arène.
A Prague, deux musées Mucha, mais toujours pas d’Epopée slave
Depuis la mi-février, le célèbre peintre et graphiste de l’Art nouveau, Alfons Mucha, a deux musées à Prague qui portent son nom et qui se trouvent à quatre minutes de marche l’un de l’autre. Et bien qu’ils exposent tous deux ses œuvres, la plus célèbre d’entre elles, l’Epopée slave, en est absente. « La capitale aura-t-elle un troisième musée Mucha pour pouvoir l’abriter ? », s’interroge le quotidien Deník N avant d’expliquer :
« Le premier musée Mucha a été fondé à Prague en 1998 par un homme d’affaires dans le palais Kounic de la rue Panská, tandis que le nouveau musée Mucha, situé dans le palais Savarin rénové de la rue Na Příkopě, a ouvert ses portes à la mi-février. Sur son site web, le premier se présente comme ‘le seul musée au monde consacré à la vie et à l’œuvre d’Alfons Mucha’, tandis que le nouveau répond par le slogan ‘le seul musée officiel consacré à l’artiste Alfons Mucha, approuvé par la Fondation Mucha et soutenu par sa famille’.
Le litige entre les deux musées, comme l’explique le journal, concerne la marque du nom du Musée Mucha, ainsi que la propriété et la présentation publique de l’Epopée slave. L’occasion pour le journal de rappeler :
« L’Epopée slave, ce cycle de vingt peintures de grand format inspirées de la mythologie slave et de l’histoire de la nation tchèque, a été commandé par l’industriel Charles R. Crane, que le peintre a rencontré à Chicago et qui était prêt à payer les frais liés à la création de l’œuvre. Aujourd’hui, le propriétaire de la collection de peintures est la ville Prague à qui ce dernier l’a léguée vers la fin des années 1920. Après la guerre, alors que le cycle était endommagé par l’humidité, les peintures ont été exposées à partir de 1963 au château de Moravský Krumlov où elle se trouve encore aujourd’hui ».
« La question de savoir ce qu’il adviendra de cette œuvre, inscrite depuis 2010 inscrite sur la Liste du patrimoine culturel, demeure alors ouverte », conclut le journal.
Le prix Magnesia Litera connaît ses nouveaux lauréats
Ce jeudi soir, la 24ème édition du prix littéraire tchèque le plus influent, Magnesia Litera, a annoncé les noms des lauréats dans quatorze catégories. L’événement a été diffusé en direct par une des chaînes publiques de la Télévision tchèque. Le chroniqueur du journal en ligne lidovky.cz dresse un bref bilan :
« Magnesia Litera a acquis une position de leader parmi les dizaines de prix locaux. Les prix décernés sont visibles, connus et trouvent un écho sur la scène culturelle locale. Les titres nommés et primés bénéficient d’une longue publicité, tant dans le monde virtuel que lors des débats en direct et derrière les vitrines des librairies. Magnesia Litera occupe toute l’étendue de la production littéraire locale. La fiction et la non-fiction, le journalisme et les travaux d’érudition, la traduction. »
Bref, comme l’observe le chroniqueur, les titres primés de 2002 à 2025 forment une mosaïque qui reflète l’évolution des goûts et des orientations des critiques et des lecteurs, les préférences en matière de genre et de conception graphique. « Evidemment, tout ceci stimule les ventes et incite à la lecture », souligne-t-il.