Presse : quel impact de « l’européanisation » de la politique polonaise sur la Tchéquie ?

La frontière tchéco-polonaise

Cette nouvelle revue de presse s’intéresse d’abord à « l’européanisation «  de la politique polonaise eu égard à la Tchéquie et à la façon dont les Tchèques célèbrent le 1er mai. Parmi les autres sujets : la situation des journalistes, la tolérance vis-à-vis des châtiments corporels, une nouvelle règle pour la campagne électorale.

« Les bouleversements géopolitiques de ces derniers mois ont plusieurs conséquences. L’une d’entre elles pourrait considérablement impacter la sécurité tchèque. » C’est ce qu’indique un article publié dans le journal Hospodářské noviny qui se penche sur « le changement fondamental qui s’opère discrètement mais avec d’autant plus de force au sein de la politique polonaise pour qui les Etats-Unis ne sont plus le meilleur et le plus proche allié ». Son auteur observe :

Photo illustrative: Bureau du Gouvernement tchèque

« La défense et la sécurité polonaises s’européanisent. Une tendance qui ressort, par exemple, du discours annuel prononcé la semaine dernière par le chef de la diplomatie polonaise Radoslaw Sikorski devant le parlement. Comparé à la tradition de la politique polonaise de ces dernières décennies, il s’agit d’un changement révolutionnaire. Jusqu’à présent, l’objectif de tous les gouvernements polonais était d’amener les Américains à construire une base militaire en Pologne avec une présence permanente d’un maximum de soldats. C’était la seule chose qu’ils considéraient comme une véritable garantie de sécurité. »

Evidemment, comme le remarque l’éditorialiste du journal économique, aucun homme politique polonais ne renoncera publiquement aux efforts visant à maintenir des relations aussi étroites que possible avec les Etats-Unis. Mais il est incontestable que l’accent sera mis davantage sur une solution européenne. L’émergence d’un puissant groupe de pays autour de la mer Baltique en est un signe marquant :

Négociations diplomatiques entre l'Amérique et la Pologne | Photo: U.S. Department of State/Wikimedia Commons,  public domain

« L’intérêt tchèque devrait donc être de faire partie d’un groupe qui, en cas de problème, sera capable d’une coopération plus étroite en matière de défense  et c’est exactement ce qui se dessine pour les Etats voisins de la mer Baltique. L’européanisation de la politique de défense et de la politique étrangère de la Pologne est donc une nouvelle preuve qu’en période d’incertitude géopolitique et économique, des choses qui n’étaient pas remises en question auparavant, sont en train de changer. »

Les célébrations du 1er mai, version tchèque

L’éditorialiste du journal en ligne lidovky.cz réfléchit sur les célébrations du 1er mai en Tchéquie pour constater que depuis 1990, elles se définissent principalement comme une opposition à la tradition communiste qui s’est précédemment approprié fête émancipatrice, l’a vidant de sa substance cette:

Les amoureux fêtent le 1er mai à Petrin Hill | Photo: Štěpánka Budková,  Radio Prague International

«  Il n’est donc pas rare de voir des caricatures des célébrations de l’ancien régime politique, y compris des bannières brandies et des chars allégoriques. Ces actions ont tendance à être strictement conformistes, car elles éludent les questions sociales fondamentales n’ayant d’autre but que d’amuser, ou de renforcer le sentiment que les gens devraient être reconnaissants de ne pas vivre sous le communismer. La droite a une conception tout aussi apolitique du 1er mai : elle ne commémore pas traditionnellement ce jour comme la fête du travail, mais célèbre l’amour sur la colline de Petřín à Prague. Au cours des dernières décennies, les célébrations de la fête du travail ont été essentiellement monopolisées par l’extrême gauche. La gauche modérée ou démocratique est marginale, et ses lamentations sont pratiquement insignifiantes. »

Célébrations du 1er mai en 1961 | Photo: Východočeské muzeum v Pardubicích

 

L’éditorialiste considère que les communistes, les anarchistes et divers militants répondent en fait aux attentes de la droite : la fête du travail n’a pas de sens et les forces politiques concernées ne s’en revendiquent pas. Ainsi, les efforts déployés pour défendre les travailleurs sont souvent qualifiés de suspects et de tentatives de « retour du communisme ». « C'est pourquoi nous n’avons pas d’authentiques manifestations de masses ou de défilés comme en France ou en Allemagne, par exemple », déplore-t-il.

Journaliste, une espèce menacée

L’année dernière, 124 journalistes et professionnels des médias ont été tués dans le monde. Voilà un chiffre auquel se réfère le journal en ligne Deník Referendum avant d’indiquer que les journalistes tchèques, quant à eux, ont la chance de vivre dans l’un des pays les plus sûrs au monde. Mais même ici, la situation pour les médias est loin d’être idéale :

Les journalistes | Photo: René Volfík,  iROZHLAS.cz

« Les journalistes ne font pas partie des professions les plus prestigieuses en Tchéquie. Leur popularité a chuté de manière significative entre la première et la deuxième décennie après 2000. On peut supposer que les attaques verbales, souvent grossières, de la part des représentants politiques, y sont pour beaucoup. Une récente enquête réalisée par l’agence Ipsos révèle en outre que plus d’un tiers des journalistes tchèques subissent une forme d’attaque, d’agression ou de menace au moins une fois par mois sur les réseaux sociaux, certains étant victimes d’attaques quotidiennes. »

Le journal rapporte que les attaques verbales touchent plus les femmes que leurs collègues masculins et que la plupart d’entre elles sont dirigées contre les journalistes personnellement, et non contre le média pour lequel ils travaillent. Leurs auteurs sont plus souvent des citoyens ordinaires que des sympathisants de tel ou tel parti.

La tolérance à l’égard des châtiments corporels

La Tchéquie est unique à l’échelle européenne en matière de tolérance à l’égard des châtiments corporels. L’hebdomadaire Respekt confirme ce constat par les résultats d’une enquête effectuée par l’agence STEM/MARK l’année dernière :

« Elle montre que la majorité des Tchèques considèrent la fessée avec une ceinture comme inacceptable. D’un autre côté, les chiffres sont nettement moins élevés pour les autres châtiments corporels. Or, la Tchéquie reste l’un des derniers pays de l’Union européenne à ne pas disposer d’un ancrage législatif clair stipulant qu’il est inacceptable de punir physiquement les enfants. »

Photo illustrative: Archives de ČRo

 

Cette situation, comme l’explique la chroniqueuse du magazine, était censée changer au cours de l’actuelle période électorale qui s’achèvera à l’automne, avec le projet de modification du code civil :

« La formule ‘infliger des châtiments corporels, une souffrance morale ou toute autre mesure humiliante’ devait être intégrée à la législation déjà existante selon laquelle les mesures éducatives ne doivent pas porter atteinte à la dignité de l’enfant. Le règlement ne prévoit aucune sanction pour les parents qui enfreignent la loi et qui donc n’auront pas à craindre d’être réprimandés. Toutefois, cette modification, même déclarative et symbolique, pourrait faire passer le message que même si leurs parents et les parents de leurs parents l’ont fait, les fessées et les coups ne font pas partie de l’éducation moderne. Mais il est probable que les députés n’arrivent pas à l’examiner  avant encore la fin de leur mandat. »

Une dernière campagne électorale à l’ancienne

« Profitez d’une campagne électorale honnête et équitable. C’est la dernière fois ». Voilà le titre d’une note mise en ligne sur le site Seznam Zprávy dans laquelle son auteur remarque que mentir pendant une campagne électorale, selon la législation en vigueur jusqu’ici, représente un délit. La disposition à cet égard qui stipule que les informations manifestement fausses ou grossièrement offensantes concernant un candidat ou ses candidats ne doivent pas être publiées va toutefois changer :

Campagne électorale | Photo :  Kristýna Guryčová,  ČRo

« La Chambre des députés vient de décider que la phrase en question resterait inscrite dans la loi, mais uniquement pour des raisons pédagogiques. Les informations manifestement fausses ou grossièrement offensantes ne constitueront plus un délit. Comme la nouvelle règle prendra effet à partir du 1er janvier 2026, les élections de cette année se dérouleront encore à l’ancienne : ceux qui mentent s’exposent à une sanction sévère qui peut aller jusqu’à deux millions de couronnes. Toutefois, sa mise en pratique s’avère, comme le prouve l’expérience, très peu probable. En fait, personne n’a encore jamais été puni pour sa grossièreté. »

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