À Prague, Volodymyr Zelensky a cimenté un peu plus encore l’étroite alliance tchéco-ukrainienne
Après avoir été reçu au Château de Prague et s’être entretenu avec son homologue tchèque, Petr Pavel, dimanche après-midi, un programme chargé attendait Volodymyr Zelensky ce lundi, pour le deuxième jour de sa visite en Tchéquie, un pays que Kyiv considère comme un de ses principaux alliés en Europe dans sa guerre contre l’invasion russe de son territoire.
Dans la matinée, le président ukrainien a d’abord été reçu par la présidente de la Chambre des députés, Markéta Pekarová Adamová, membre du parti de centre-droit TOP 09. Une rencontre à l’issue de laquelle il a expliqué que l’Ukraine considérait le soutien tchèque « dans la lutte contre l’agression russe, y compris l’initiative des munitions, comme une lutte commune contre le terrorisme », tandis que son hôte a, elle, estimé qu’en « parvenant à stopper l’agression russe, les soldats ukrainiens [avaient] préservé l’ensemble de l’Europe de celle-ci ».
De son côté, Karel Havlíček, vice-président de la Chambre basse et membre du parti populiste ANO dirigé par Andrej Babiš, a qualifié la rencontre de « correcte » et précisé que le sujet des livraisons d’armes et de munitions, qu'ANO pourrait vouloir remettre en question en cas de victoire aux élections législatives à l’automne, n’avait pas été abordé.
Parallèlement à cela, le chef de la diplomatie, Jan Lipavský, qui, dimanche, a présenté Volodymyr Zelensky comme « le leader du monde libre » à son arrivée à l’aéroport Václav Havel, a reçu son homologue Andriy Sybiha, qui faisait partie de l’importante délégation qui accompagnait Volodymyr Zelensky.
L’occasion pour Prague de confirmer que la Tchéquie continuera à soutenir l’Ukraine. « La Russie rejette le cessez-le-feu et continue de bombarder l’Ukraine. Nous devons maintenir la pression des sanctions, travailler dans le cadre de la coalition des volontaires et continuer à soutenir l’initiative tchèque (pour l’achat de munitions) et la reconstruction de l’Ukraine », a déclaré Jan Lipavský.
Andriy Sybiha s’est, lui, félicité du fait que plusieurs projets spécifiques aient pu être mis en œuvre l’année dernière en Ukraine dans le domaine de l’industrie de la défense, portant concrètement sur la production conjointe d’obus et de munitions de petit calibre ou encore l’assemblage de fusils. Cette coopération, a-t-il souligné, fonctionne également dans l’autre sens puisqu’une entreprise ukrainienne a transféré le développement et la production de drones en Tchéquie.
Autant de projets qui tendent encore à se développer, et c’est la raison pour laquelle Volodymyr Zelensky a rencontré les directeurs de plusieurs sociétés tchèques d’armemement, ce lundi également ; des discussions qu’il a ensuite qualifiées de « fructueuses et concrètes ». « Nous souhaitons que nos relations bilatérales se traduisent par une augmentation de la production et de nouvelles capacités en Ukraine », a-t-il ajouté, satisfait de la perspective de voir cette coopération profiter économiquement « à nos deux pays ». Toujours selon lui, grâce aux différents projets en cours de préparation ou de réalisation, « il y a de quoi faire au moins pour les cinq prochaines années ».
Petr Fiala : « La plus grande garantie de sécurité est une armée ukrainienne bien armée »
Avant cela, Volodymyr Zelensky a, donc, aussi été reçu par le Premier ministre, Petr Fiala ; une réception à laquelle ont également assisté de nombreux autres ministres, de l’Intérieur à l’Industrie en passant par la Santé, un secteur dans lequel la Tchéquie apporte également une aide importante, par exemple pour la reconstruction de plusieurs hôpitaux.
Là aussi, sans surprise, le chef du gouvernement, qui a lui aussi rappelé que « l’Ukraine [défendait] toute l’Europe et la sécurité de l’Europe », a assuré le président ukrainien de la volonté de Prague de continuer à aider cette dernière, par exemple pour la formation de soldats ukrainiens en Tchéquie, y compris des pilotes des avions L-39 et F-16. Il a annoncé également le lancement de plusieurs nouveaux projets, dans les domaines des transports ou encore, par exemple, de l’énergie nucléaire. « Les entreprises tchèques sont prêtes à jouer un rôle actif dans la reconstruction des infrastructures clés », a-t-il souligné, tout en se félicitant de voir que le volume des exportations tchèques vers l’Ukraine avait déjà augmenté de près d’un quart.
Enfin, Petr Fiala a insisté sur le fait que son gouvernement n’était favorable qu’à la signature d’accords de paix qui garantiront l’indépendance et la souveraineté de l’Ukraine. « La plus grande garantie de sécurité pour Kyiv et l’Europe est une armée ukrainienne bien armée », est convaincu le Premier ministre tchèque.
« La Tchéquie fait tout ce qui est en son pouvoir pour stopper l’agression russe »
Dimanche, déjà, Volodymyr Zelensky avait exprimé sa reconnaissance envers la Tchéquie, souligant également que « l’initiative tchèque » visant à fournir des centaines de milliers d’obus à l’Ukraine fonctionnait parfaitement.
Volodymyr Zelensky est arrivé à Prague, dimanche midi, avant d’être reçu un peu plus tard au Château de Prague par son homologue tchèque, Petr Pavel, qui, lui, s’était rendu en Ukraine en mars dernier. Accompagné de son épouse Olga, qui a assisté à l’ouverture de la conférence « Healthcare Initiative for Ukraine », une grande plateforme qui doit permettre de renforcer les partenariats internationaux, le président ukrainien effectuait sa deuxième visite dans la capitale tchèque dans ses fonctions de chef d’État, après une première en juillet 2023.
Lors de la conférence de presse qui a suivi sa rencontre avec Petr Pavel, Volodymyr Zelensky a déclaré que l’Ukraine était très sensible au soutien de la Tchéquie dans le cadre de la volonté européenne d’aider Kyiv : « Je remercie le peuple de la Tchéquie, tout d’abord pour son soutien inébranlable et sincère à l’Ukraine, qui nous aide beaucoup à sauver des vies face aux attaques russes. »
Robert Fico à Mosou pour le défilé du « Jour de la victoire »
Le président ukrainien a toutefois regretté que certains dirigeants « bloquent ce processus », estimant qu’ils agissaient uniquement « uniquement parce qu’ils espérent obtenir une meilleure place sur le podium de la Place Rouge ». Vendredi 9 mai, célébré comme « Jour de la victoire » à Moscou, le Premier ministre slovaque, Robert Fico, comme seul représentant d’un pays membre de l’Union européenne, assistera au grand défilé militaire organisé pour marquer le 80e anniversaire de la défaite de l’Allemagne nazie lors de la Deuxième Guerre mondiale.
Toujours selon Volodymyr Zelensky, l’Ukraine a besoin de davantage de sanctions contre la Russie, d’un soutien plus important et d’une augmentation significative de la coopération mutuelle en matière de défense en Europe.
De son côté, Petr Pavel a annoncé que si tout se passe conformément à ce qui a été négocié, l’Ukraine pourrait recevoir jusqu’à 1,8 million de munitions de gros calibre d’ici à la fin de l’année, et ce, donc, dans le cadre de l’initiative menée par Prague et soutenue financièrement par onze pays. Récemment, le ministère de la Défense avait indiqué que 400 000 munitions de gros calibre avaient été livrées à l’Ukraine depuis le mois de janvier, après environ 1,5 million de munitions d’artillerie de différents calibres l’année dernière.
Les deux chefs d’État ont également discuté de l’évolution de la situation en Ukraine, des perspectives de négociations de paix et des possibilités de reconstruction d’après-guerre, auxquelles la Tchéquie souhaite activement participer.
Sur le premier point, le président tchèque a rappelé que si la Russie remportait la guerre, « cela aurait des conséquences négatives directement aussi pour nous ». De même, il a souligné que Prague continuerait à soutenir l’Ukraine dans sa volonté de devenir membre de l’Union européenne et de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).