Presse : Un certain silence tchèque autour de la situation à Gaza
Cette nouvelle revue de presse s’intéresse à la manière dont la scène politique tchèque réagit à la situation à Gaza. Elle met également en perspective un récent cas de voyeurisme survenu à Prague. D’autres sujets sont également abordés : l’accessibilité difficile de l’enseignement public à Prague et la recherche d’un consensus national. Un mot, enfin, sur la domination actuelle des autrices dans la littérature tchèque.
« Il est temps de se ranger du bon côté. » Tel est le slogan électoral de la coalition des trois partis de droite et de centre-droit SPOLU (Ensemble) : ODS, TOP 09 et KDU-ČSL. L’éditorialiste du journal en ligne forum24.cz s’interroge : les trois partis au pouvoir sont-ils également du côté des adultes et des enfants affamés de Gaza ?
« Certes, la coalition SPOLU n’est pas la seule en Tchéquie à manifester peu d’intérêt pour ce qui se passe à Gaza. La situation dans cette région est habituellement perçue à travers le prisme de l’horreur, notamment les crimes terribles perpétrés en Israël le 7 octobre 2023 par le Hamas et d’autres groupes terroristes armés. En Tchéquie, l’attention se porte principalement sur l’agression russe en Ukraine, qui dure depuis plus de trois ans. Nous suivons cette guerre de près, car elle nous inquiète pour notre propre avenir. Nous la comprenons, et c’est pourquoi la plupart d’entre nous sont capables d’identifier les auteurs des atrocités. En revanche, nous comprenons moins bien ce qui se passe en Israël et à Gaza, car il s’agit de lieux relativement éloignés de nous. De plus, nous sommes habitués, depuis des décennies, à considérer Israël comme une cible de haine, un État constamment menacé par ses voisins. »
Constatant que « beaucoup de choses ont changé depuis le 7 octobre 2023 », l’éditorialiste cite l’article intitulé Le silence honteux de l’Occident sur Gaza, publié par le Financial Times et traduit en tchèque par le journal Deník N. Et de conclure, sur un ton sévère :
« Après tout ce qui se passe à Gaza, le Premier ministre Fiala ne peut pas rester silencieux. Il ne peut pas permettre à Israël, qu’il considère toujours comme un pays ami, de commettre des exactions avec son approbation tacite. »
Dire non au voyeurisme
L’hebdomadaire Respekt se penche sur un récent cas de voyeurisme peu banal survenu à Prague. Sa chroniqueuse raconte :
« La semaine dernière, la police de Prague recherchait un homme qui avait tenté de prendre une photo ou une vidéo upskirt d’une jeune fille sur un escalator du métro, en se collant à elle après être sorti de la rame. Une autre femme, ayant remarqué son geste, s’est interposée entre lui et la jeune fille avant de signaler l’incident à la police. Deux semaines plus tard, celle-ci a diffusé des images de l’homme filmées par les caméras de sécurité. L’individu s’est ensuite rendu aux autorités et fait actuellement l’objet d’une enquête, car il est soupçonné d’avoir commis un acte de voyeurisme. »
La chroniqueuse remarque que les réactions sur les réseaux sociaux ont largement minimisé l’affaire. Les arguments sont prévisibles : « ce n’était pas si grave », « c’était un truc de garçon », ou encore « c’était la faute de la jeune fille, à cause de sa tenue provocante ». Certes, écrit-elle, l’upskirting ne semble pas aussi grave que d’autres formes de violence envers les femmes. Mais cela ne signifie pas qu’il faille le banaliser :
« Dans de nombreux pays, ce type de voyeurisme a été interdit – en France, dès 2018, et en Allemagne, un an plus tard. La modification de la loi française montre à juste titre pourquoi il est essentiel de lutter contre ce genre de comportements. Elle a notamment contribué, avec une prise de conscience générale, à révéler des faits graves comme dans l’affaire Pelicot. »
Les Tchèques à la recherche d’un consensus national
« La société tchèque est divisée en groupes d’opinions totalement opposés, et dès qu’un sujet est abordé, les gens s’affrontent immédiatement », observe un éditorialiste du site aktualne.cz. Il reste toutefois convaincu que des valeurs communes peuvent émerger, notamment l’aide à l’Ukraine :
« Nous aidons un pays qui a été clairement agressé par un autre État et dont les victimes civiles se comptent par milliers. Nous avons accueilli des centaines de milliers de réfugiés, et de nombreux Tchèques peuvent se vanter d’avoir aidé, de diverses manières : en ouvrant leur maison, en faisant des dons, ou en s’exprimant publiquement en faveur de l’Ukraine. Certains sont même allés directement sur place. Nous pouvons également tous nous accorder sur le souhait d’un retour à la paix, en dépit des divergences sur les conditions de celle-ci. »
Malheureusement, l’ère des réseaux sociaux entretient l’incompréhension, les algorithmes amplifiant les antagonismes et la diffusion des messages haineux au détriment des discours apaisés. « Ce qu’il faut, conclut-il, c’est trouver un consensus national sur le fait que notre pays ne va pas si mal, qu’il est capable d’obtenir de bons résultats, qu’il a de quoi être fier, et qu’il est reconnu à l’international. L’aide à l’Ukraine en est un bel exemple. »
À Prague, l’enseignement public moins accessible qu’ailleurs
« Les examens d’entrée aux écoles secondaires ont une nouvelle fois confirmé que la Tchéquie dispose d’un bon système scolaire public. Mais ce système est surtout accessible à ceux qui en ont les moyens », lit-on dans Hospodářské noviny. Le journal relève que 94 % des candidats ont été admis dès le premier tour. Mais ce chiffre flatteur masque des inégalités criantes, notamment à Prague, où seulement 80 % des candidats ont été admis dans des lycées publics.
« Certes, Prague est une ville riche, et les élèves recalés peuvent se tourner vers des établissements privés. Mais la majorité des parents préfèrent les écoles publiques. Malgré une forte demande, la ville n’a pas su augmenter les capacités d’accueil de ses lycées. L’enseignement privé devient donc la seule option pour beaucoup. »
Cette situation met en lumière les failles du système : « L’enseignement supérieur est réservé à une élite, qui a de l’argent, du temps et la conviction que l’éducation est essentielle. Or, le public devrait être ouvert à tous, indépendamment du statut socio-économique. »
Ces femmes qui dominent la littérature tchèque
Depuis quelques années, les autrices ont pris le dessus dans la littérature tchèque. C’est le constat d’une chroniqueuse littéraire du journal lidovky.cz. « Elles expriment leurs douleurs, leurs échecs, leurs frustrations en écrivant, souvent avec passion. Mais cela ne suffit pas à produire un grand roman psychologique et social, comme on en trouve encore dans des littératures nationales comme la française », écrit-elle. Et selon elle, la demande pour ce type de roman semble en déclin.
« Ce que l’on appelle littérature aujourd’hui, ce sont des récits destinés à être rapidement consommés. Des histoires qui obéissent à une formule, simples, comme des séries télévisées. »
Bien entendu, toutes les autrices ne se ressemblent pas. La chroniqueuse cite Kateřina Tučková, Petra Hůlová, Jakuba Katalpa ou Andrea Sedláčková parmi les écrivaines de qualité. « Mais l’augmentation du nombre de nouvelles voix féminines pose une question : pourquoi les lecteurs se contentent-ils d’histoires simples et d’un choix de sujets habile ? »