Presse : le cinéma tchèque au Festival de Cannes, hier et aujourd’hui

Zuzana Kirchnerová

Cette nouvelle revue de presse revient sur la présence tchèque au festival de Cannes. D’autres sujets à son menu : l’attentat contre le nazi Reinhard Heydrich il y a 83 ans, la situation économique au regard des promesses politiques et des données statistiques, le goût des Tchèques pour les appartements servant à la récréation. Un mot enfin sur la remise des prix européens de littérature aux auteurs débutants.

Le journal Deník N revient sur la présentation dans la section Un certain regard au festival de Cannes, du film tchèque Karavan (Caravane), coproduit avec la Slovaquie et l’Italie et avec Anna Geislerová dans le rôle-titre. « Pour le cinéma tchèque, c’était une fête », souligne sa chroniqueuse avant d’expliquer pourquoi :

Délégation du film Karavan lors de la projection à Cannes | Photo: Kateřina Srbková,  Radio Prague Int.

« La participation tchèque à Cannes est sporadique depuis 1989 et se compte sur les doigts d’une main. C’est peut-être pour cette raison que Caravane qui raconte l’histoire d’une mère et de son fils handicapé mental, interprété par un acteur atteint de trisomie, a reçu un accueil chaleureux de la part du public et de la critique internationale. Sinon, l’absence tchèque à Cannes est longue. Il y a trente ans, Jan Švankmajer a présenté, également pour Un certain regard, le film La leçon de Faust. Après la chute du régime communiste, le festival de Cannes a présenté en compétition le film L’Oreille (Ucho), jusque-là interdit dans son pays d’origine. Plusieurs films ont été ensuite projetés dans  des sections d’accompagnement de Cannes. Zuzana Kirchnerová, réalisatrice du film Caravane a, quant à elle, remporté le premier prix au festival en 2009 dans la section des courts métrages étudiants Cinéfondation avec son film Bába. »

Délégation du film Karavan lors de la projection à Cannes | Photo: Kateřina Srbková,  Radio Prague Int.

La chroniqueuse du journal indique que, par le passé,  les festivals internationaux s’intéressaient aux films tchécoslovaques critiques du régime communiste. Mais, avec sa chute, les grands thèmes audacieux ont semblé échapper aux successeurs des réalisateurs comme Vojtěch Jasný et à ceux de la célèbre « nouvelle vague tchécoslovaque » des années 1960. Néanmoins, comme elle le souligne, la participation de Caravane au programme officiel de Cannes est un énorme succès pour le cinéma tchèque. « En plus, le public du pays sera curieux de voir un film tchèque enfin projeté à Cannes », ajoute-t-elle.

L’attentat contre Reinhard Heydrich, un acte de résistance qui mérite d’être rappelé

A l’instar des années précédentes, beaucoup d’attention a été consacrée au rappel de l’attentat contre Reinhard Heydrich, le plus haut dignitaire nazi du Protectorat de Bohême-Moravie, commis le 27 mai 1942 par Jozef Gabčík et Jan Kubiš, parachutés de Londres. « L’assassinat du tyran, tout comme l’insurrection nationale tchèque, était l’action la plus importante de notre nation contre l’occupation allemande », peut-on lire sur le site aktualne.cz :

Jan Kubiš et Jozef Gabčík | Photo: VHÚ/Eduard Stehlík

« Le sens de cet événement a souvent été remis en question, notamment par les communistes, qui cherchaient à faire croire que la seule résistance significative sous le Protectorat était la leur. C’était le même mensonge que celui lié au soulèvement de Prague. Le même mensonge que lorsqu’après février 1948, les communistes ont occulté la libération d’une partie importante du pays, n’acceptant que la version mettant en avant les troupes de l’Armée rouge. »

Reinhard Heydrich | Photo: e-Sbírky,  Musée national,  CC BY-NC-ND 4.0 DEED

La cruauté des représailles nazies qui a suivi l’attentat a permis de remettre en cause l’acte de résistance des parachutistes : la destruction des communes de Lidice et Ležáky, l’exécution de plusieurs centaines de personnes, la déportation des collaborateurs et des proches des parachutistes au camp de concentration de Mauthausen, la dispersion de nombreux groupes de résistance. Selon l’éditorialiste du site aktualne.cz, il y a pourtant lieu d’approuver leur acte :

« Heydrich voulait une ‘solution finale’ aussi pour les Tchèques. Dès 1941, il avait déclaré que ‘les Tchèques n’avaient rien à faire dans cet espace’. L’assassinat d’un dignitaire aussi haut placé était un acte extraordinaire. Tout au long de l’opération Anthropoid, les parachutistes ont fait preuve d’un immense courage, sachant qu’ils allaient presque certainement mourir. »

Les jeunes Tchèques en panne de confiance pour leur avenir

Alors que les politiciens, surtout à l’approche des élections, affirment que la Tchéquie n’a jamais été aussi prospère, les chiffres et l’expérience d’une grande partie de ses habitants montrent une réalité bien différente. Voilà ce dont fait part un texte publié dans le journal en ligne echo24.cz. Son auteur constate notamment qu’au cours de la dernière décennie, les prix ont considérablement augmenté, tandis que les salaires réels ont stagné et que beaucoup de gens vivent sans aucune réserve. A cela s’ajoutent les incertitudes liées aux bouleversements mondiaux et aux conflits géopolitiques :

Photo illustrative: René Volfík,  iROZHLAS.cz

« Depuis 2015, les prix ont augmenté de quelque 51 % en Tchéquie. Seules la Hongrie et l’Estonie ont connu des hausses de prix plus importantes. Une inflation aussi forte est sans précédent dans notre histoire moderne, et les gens la perçoivent à juste titre comme un problème majeur dans leur vie. Et même si le salaire moyen  a augmenté de plus de 7 % en valeur nominale, les salaires réels sont toujours au niveau de la fin de l’année 2018. De plus, le salaire moyen ne reflète pas vraiment la situation réelle de la plupart des gens, car deux tiers des employés ne l’atteignent pas. Selon une enquête de l’agence NMS, près de 25 % des ménages tchèques n’ont aucune réserve pour faire face à des dépenses imprévues, certains vivant donc au jour le jour. Des différences marquantes persistent également entre les régions. »

« La Tchéquie qui peut se vanter d’un faible taux de chômage manque d’une politique qui s’occuperait des zones exclues, de la pénurie de logements ou des faibles revenus », résume le texte. C’est aussi la raison pour laquelle les jeunes perdent confiance en un avenir meilleur :

« Ils craignent la crise climatique et dénoncent l’incertitude économique et l’accessibilité au logement. Ils ne croient pas qu’ils vivront mieux que leurs parents. L’école est souvent le seul endroit où ils trouvent un soutien et un espace pour développer une pensée critique. »

Les Tchèques privilégient désormais les appartements aux chalets

Dans un passé encore récent, tout le monde en Tchéquie rêvait d’avoir pour leurs loisirs une maison de campagne ou un chalet. Aujourd’hui, comme l’observe un chroniqueur de l’hebdomadaire Respekt, la situation a changé, car ce sont les appartements qui sont les plus sollicités :

Photo illustrative: Radio Prague Int.

« Les chalets ou les terrains disponibles pour construire des maisons de campagne dans les plus beaux coins du pays ne sont presque plus disponibles. Mais une solution a été trouvée : des investisseurs achètent des terrains dans les endroits les plus prisés pour y construire des ‘appartements’. Des appartements de vacances à louer ou à acheter dans de petites villas ou dans des maisons qui ressemblent à des immeubles. La popularité de ces refuges pour les week-ends ou les vacances a atteint un tel niveau que, dans certaines régions du pays, des villages entiers avec ces appartements voient le jour, sans tenir compte de ce qui les environne. »

L’exemple le plus frappant actuellement est le barrage de Lipno, dans le sud de la Bohême, « le paradis traditionnel des loisirs » des Tchèques. Il a été créé dans les années 1950 par l’inondation de la vallée de la Vltava dans les contreforts de la Šumava et laissant sous l’eau, en partie ou entièrement, une vingtaine de villages :

Photo: Leonhard Niederwimmer,  Pixabay,  Pixabay License

« C’est là que se déroule actuellement une bataille juridique. Les propriétaires de chalets qui se trouvent encore aujourd’hui le long de Lipno et qui se sont depuis longtemps intégrés dans le paysage suivent désormais avec inquiétude l’arrivée d’un nouveau tsunami de vacanciers. Certains tentent même de se défendre activement, aussi difficile cela soit-il. »

Quand le programme Europe Créative se fait valoir à Prague

Il y a quelques jours, Prague a été le théâtre d’un événement resté confidentiel pour le grand public : lors du Salon du livre, la Commission européenne a décerné les prix européens de littérature de cette année. Elle  récompense ainsi les auteurs débutants, sélectionnés par des jurys nationaux dans une quarantaine de pays qui participent au programme Europe Créative. La palme est revenue cette année à la jeune écrivaine italienne Nicoletta Verna pour son roman Les jours de verre. Le chroniqueur du site info.cz souligne à ce propos :

Source: European Union Prize for Literature

« L’événement auquel ont également participé de nombreux diplomates et hauts fonctionnaires, a bien montré que l’Union européenne ne se limite pas à la réglementation et à la déréglementation, à l’harmonisation des réglementations et à la charge bureaucratique, ou à la recherche d’une approche commune face à tel ou tel problème mondial. Outre les programmes de subventions de plusieurs milliards d’euros, elle gère également le programme Europe Créative qui ne consomme que 2 % du budget de l’UE et qui relie très efficacement les artistes à travers le continent. »

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