Danse : au cœur de la Vysočina, le festival KoresponDance, entre ville et nature

Du 11 au 13 juillet se déroule, dans la ville de Žďár nad Sázavou le festival international de danse contemporaine, de théâtre physique et de nouveau cirque KoresponDance. Rencontre avec sa directrice Marie Kinsky.

« Cette année, nous sommes partis d'un projet européen. La programmation est l’aboutissement de trois ans de travail intense avec des partenaires européens et nous a menés à quelque chose d’absolument passionnant. L’objectif était de savoir comment résoudre la question de la continuité, d’un projet culturel, en travaillant de façon extrêmement intime entre les directeurs des festivals et les artistes pour arriver à des projets innovants et plus près à la fois de concepts écologiques et en même temps plus près de questions sociétales. »

Marie Kinský | Photo: Michael Erhart,  ČRo

« Nous investissons des lieux différents, alternatifs, entre ville et nature. Nous allons avoir cette année des spectacles dans la forêt, donc des spectacles de danse ou de nouveau cirque qui ont des formats inhabituels, qui sont entre l'atelier participatif, le côté performance et la promenade pour découvrir l'écologie d'un lieu. Je pense que le public va pouvoir s'amuser tout en réfléchissant et en rencontrant d'autres gens. Il y a une très belle synergie entre les artistes et les directeurs de festivals. On est quatre pays impliqués. »

Pourquoi avoir choisi la ville baroque de Žďár nad Sázavou pour un festival de danse contemporaine ?

« C'est une longue histoire. Après la révolution de Velours, les propriétés privées ont été restituées et donc la propriété de mon mari lui est revenue. C'est la raison pour laquelle nous sommes dans ce château baroque. En fait, ce n'est pas un château baroque, c'est huit cents ans d'histoire, trouvant ses racines au XIIIe siècle. Nous avons décidé de faire de ce château un lieu contemporain, en respectant bien évidemment le génie du lieu. On ne jette pas aux orties huit cents ans de créativité et d'histoire qui sont très présentes et très intéressantes. »

Château de Žďár nad Sázavou | Photo: Vít Pohanka,  ČRo

« La grand-mère de mon mari a décidé, au début du XXe siècle, de créer des réserves naturelles qui sont des laboratoires pour savoir comment fonctionne la nature quand on la laisse à l'état sauvage. C’étaient des lieux qui n'avaient pas été exploités depuis plus de cent ans. Ça fait maintenant plus de 250 ans que la main de l'homme n'a rien touché dans cette réserve naturelle. C’est un observatoire qui vise à réhabiliter des lieux qui étaient traditionnellement éradiqués de façon à garder la biodiversité. Donc, ce sont des pensées qui datent de la fin la Deuxième Guerre mondiale. C’est cent ans de pensées contemporaines, même au niveau écologique dans ce lieu. Nous essayons de faire rentrer toute cette réflexion écologique dans le côté pédagogique et dans le côté culturel pour ne faire qu’un seul et même tout pour mettre nos visiteurs en mouvement. »

Comment est-ce que ce festival sublime la ville comme lieu d'expressivité, de mobilité, de vie et d'harmonie ?

« C'est une grande question. J'estime que nous sommes un chemin. Il est évident qu'un lieu ne peut pas vivre sans la relation avec la ville. Cela pose des questions sociétales qui sont extrêmement intéressantes. Se pose la question de l'harmonie entre un patrimoine historique et un patrimoine industriel, la question d’harmonie entre les populations diverses également. (…) L’une des une des missions de notre festival est de réunir les populations de la ville autour d’un projet commun qui est l’art vivant. Les gens commencent vraiment à s'approprier le festival et à venir. Nous avons près de 800 spectateurs pour la journée de spectacle, alors que Žďár compte 20 000 habitants. Donc, on est content ! »

« Nous sommes également très heureux d'avoir eu dans l'équipe du festival des citoyens de Žďár. Les associations, les partenaires de la ville commencent à comprendre ce que l’on fait et sont ravis de participer au festival. »

« On arrive à faire des cartes en mouvement de la ville, par des interventions artistiques... Je reviens de Chemnitz, qui est cette année la capitale culturelle européenne, et où un spectacle que nous avons créé, à Žďár a été présenté. Les artistes trouvaient qu'il manquait vraiment la relation avec les citoyens.  Puis notre club Gap 60, parce qu'il y avait 60 ans d'écart entre la plus jeune et la plus vieille, s’est vu faire des acrobaties absolument ahurissantes devant un public, avec une standing ovation, bien sûr ! Et tout ça à côté d'artistes venus de France, d'Allemagne et de République tchèque qui ont fait un très joli boulot aussi. »

Vous venez de parler du programme Chemnitz 25 qui invite des artistes tchèques, français et allemands à collaborer pour mettre en place une fusion de danse et de nouveau cirque. Quelle est l'ambition de ce projet ?

« L'ambition de ce projet était essentiellement d'habiter deux villes différentes qui ont beaucoup de paramètres en commun. Ce sont des villes traditionnelles qui ont été transformées en villes industrielles à marche forcée. Avec ces problèmes de conflits de population et qui ont conscience l'une et l'autre du besoin de transition, c'est donc très naturellement que nous avons fait ce projet ensemble. L'ambition étant de proposer un projet artistique aux deux villes qui soit commun, mais ensuite de nouer des relations plus durables avec le théâtre de Chemnitz pour travailler avec le Centre de Développement Chorégraphique, qui est porteur du festival KoresponDance. C'est cette association qui mène le projet de travailler avec les danseurs de Chemnitz et les amène à faire plus de chorégraphie. »

« Chemnitz a une compagnie à demeure, salariée, ce que n’a pas du tout Žďár, qui n’a pas cette ambition. En revanche, à Žďár, nous avons plus des danseurs indépendants qui nous donnent des opportunités de travail, de résidence, de formation. Travailler avec le Théâtre de Chemnitz permet de donner ces compétences-là à leurs danseurs, de façon à ce qu'ils puissent réintégrer la compagnie en tant que chorégraphes. »

 Danser dans les arbres

La compagnie française Libertivore propose le spectacle Hêtre, qui met en lumière la relation entre la nature et l'humain, entre les aspects métaphysiques de la vie et la liberté de l'âme humaine. De quelle manière ce spectacle met-il en avant le lieu historique du festival, notamment le château de Žďár et son environnement naturel ?

Libertivore,  Hêtre | Photo: Festival KoresponDance

« Le château de Žďár, qui est un château monastère, est un ancien lieu cistercien. Les cisterciens sont un ordre religieux qui base toute sa philosophie et son économie sur trois principes. Le bois, environnement essentiellement de forêt, l'eau, énormément d'étangs aux alentours, et puis la pierre, donc le bâti. C'est l'environnement normal de ce château monastère et tous ces éléments se retrouvent aussi à l'intérieur des bâtiments, des cours, etc. Donc vous avez la présence du bois, de la pierre et de l'eau dans tous les lieux du château. »

« Je vous recommande de venir voir, c'est un lieu qui me tient à cœur, ce n'est pas pour rien qu'une partie a été classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. Il y a entre autres des arbres monumentaux dans les cours, ce qui est quelque chose de tout à fait naturel. Et le spectacle « Hêtre », qui joue bien évidemment sur le nom de l'arbre et le verbe, est une poésie merveilleuse en français. Nous avons un arbre dans lequel le spectacle va évoluer et dans lequel les branches et la danse vont se fondre en étant encore plus près du sujet. Je sais que Fanny Soriano est absolument ravie de pouvoir montrer ce spectacle-là parce que ça sera vraiment dans les arbres. Un autre spectacle sera aussi dans les arbres dans une cour : celui d'Ana Jordão et de Vincent Kollar. »

Château de Žďár nad Sázavou | Photo: Festival KoresponDance
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