Pour la première fois de son histoire, l’opéra Dalibor de Smetana joué aux Etats-Unis
Vendredi, pour la première fois de son histoire, l’opéra en trois actes Dalibor de Bedřich Smetana a été joué sur le sol américain. De la mise en scène, à l’intrigue en passant par la musique, le public a été conquis par la découverte de cette œuvre moins connue du répertoire tchèque.
La scène se déroule à Prague au XVe siècle. Le chevalier Dalibor est jugé pour avoir assassiné le burgrave de Ploškovice afin de venger la mort de son meilleur ami, le musicien Zdeněk. Seulement voilà, la sœur du défunt burgrave, Milada, qui exigeait initialement la condamnation à mort de Dalibor, tombe finalement amoureuse du chevalier. Aidée par une orpheline du nom de Jitka, elle tente de faire évader le jeune homme emprisonné à perpétuité. Mais ses plans échouent. Elle meurt dans les bras de Dalibor qui décide alors de mettre fin à ses jours.
Telle est l’intrigue de l’opéra Dalibor, composé par Bedřich Smetana dans les années 1860 et qui a été joué pour la première fois aux Etats-Unis, le 25 juillet.
L’événement a eu lieu au Fisher Center, une salle de spectacle imaginée par l’architecte Frank Gehry, à une centaine de kilomètres au nord de New-York, dans la poétique vallée du fleuve Hudson.
Pour Leon Botstein, chef d’orchestre et président du Bard College où se trouve le Fisher Center, présenter l’opéra tchèque pour la première fois aux Etats-Unis est une grande fierté :
« L’histoire est une tragédie sur la rébellion contre l’oppression, contre le roi et l’usage arbitraire de la justice, et sur la vengeance pour la mort injuste d’un musicien. C’est un opéra très singulier, car au cœur de son intrigue se trouve l’importance de la musique pour l’identité nationale tchèque. L’image du musicien, représentant de l’individu injustement traité et opprimé, structure tout le récit : c’est un musicien qui réclame justice, un héros national porté par la musique. »
Côté mise en scène, le choix s’est porté sur un Français : Jean-Romain Vesperini. Formé au théâtre à Paris puis au chant à Londres, ce dernier s’est rapidement orienté vers la mise en scène. Pour Dalibor, le Français a imaginé une tour imposante avec des escaliers en colimaçon qui ne sont pas sans rappeler la tour Daliborka du château de Prague qui a elle-même inspiré Smetana en son temps :
« Nous nous sommes, en effet, inspirés de la Daliborka, cette tour qui tire son nom du héros de cet opéra. Or, dans toutes les gravures que j’ai vues de Dalibor, ce dernier était toujours représenté dans une tour. Je suis donc parti du principe qu’il fallait travailler sur l’idée d’une tour ou d’un donjon, avec un escalier. Et puis il y a cette histoire d’amours impossibles, d’amours qui ne se croisent pas, d’abord entre Dalibor et Zdeněk, parce que Zdeněk est mort, ensuite entre Milada et Dalibor, qui finit par arriver, mais qui, au départ, est évidemment un amour contrarié. J’ai donc choisi un double escalier qui permet de traduire cette idée de chemins et de mondes différents : le monde des vivants et le monde de l’au-delà, avec lequel on pouvait travailler pour donner des dynamiques de jeu et qui nous servirait comme base de décor pour la taverne et pour le roi. »
Aux Etats-Unis, les opéras tchèques de Dvořák et Smetana sont régulièrement joués. Mais chanter en tchèque reste toujours un défi. Heureusement, les chanteurs de Dalibor ont pu compter sur l’aide de Véronique Firkušný, dramaturge et coach de diction, notamment pour prononcer les longs enchaînements de consonnes et la terrible lettre ř qui caractérisent le tchèque.
« Ils sont venus, il faut le dire, très bien préparés, mais ils sont également venus avec un enthousiasme et une ouverture d’esprit incroyables pour chanter dans cette langue, qui est très différente de toutes les autres langues. »
Le pari semble en tout cas réussi pour le Fisher Center. Les spectateurs de la première représentation sont ressortis de la salle conquis, à l’image d’Howard qui a fait le déplacement depuis le Massachusetts voisin :
« C’était l’un des opéras les plus remarquables que j’aie vus. Tout y était. Le décor, la musique, l’équilibre et la beauté de chaque personne sur scène. J’en ai été bouleversé. Smetana est un génie. »
Trois représentations supplémentaires de l’opéra sont actuellement programmées jusqu’au début du mois d’août. Mais pour le metteur en scène Jean-Romain Vesperini, c’est trop peu. Le Français nourrit l’espoir de voir sa mise en scène être reprise ailleurs, peut-être même dans la patrie de Smetana.