Les dépouilles de neuf combattants contre le nazisme rapatriées en Tchéquie

80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les dépouilles de neuf Tchécoslovaques engagés dans la lutte contre le nazisme ont été rapatriées en Tchéquie depuis la Pologne et l’Allemagne. Un hommage officiel leur sera rendu le 12 septembre prochain au Mémorial de Vítkov à Prague.

Photo: Patrik Šimr,  Ministère de la Défense

C’est un double rapatriement aérien qui s’est déroulé vendredi, un vol spécial du ministère de la Défense ayant transporté les dépouilles de neuf combattants tchécoslovaques contre le nazisme, tombés en Pologne et en Allemagne pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les exhumations se sont déroulées vers le milieu de l’année 2024 près de Munich : c’est là qu’en mars 1943 a été abattu l’avion de six membres des opérations Iridium et Bronse, montées par le gouvernement du président Edvard Beneš en exil à Londres, en collaboration avec l’armée britannique dans laquelle des milliers de soldats tchécoslovaques étaient engagés. Jiří Plachý, historien à l’Institut d’histoire militaire :

Jiří Plachý | Photo: Dominika Bernáthová,  Radio Prague Int.

« Ils devaient être parachutés à un moment où se faisaient encore ressentir les conséquences de l’attentat contre Reinhard Heydrich. C’est un moment où la résistance intérieure était littéralement en ruines. Suite à l’opération Antroipoid, le gouvernement en exil à Londres avait perdu tout contact avec le pays. »

Mais l’opération de parachutage a avorté, puis leur avion a été touché sur le retour par la défense anti-aérienne allemande. Tous les membres de l’opération Iridium et deux membres de l’opération Bronse sont morts sur place. Un dernier soldat, František Vrba, a survécu à la chute, mais est mort de ses blessures lors de son transfert vers Prague. N’y eut-il pas succombé, il est plus que probable que son destin n’aurait pas été moins dramatique aux mains des autorités nazies.

Photo: Patrik Šimr,  Ministère de la Défense

« Les opérations aéroportées était une des formes de combat les plus importantes à disposition de notre gouvernement et de notre armée en exil. Nos unités ne pouvaient pas intervenir directement sur le territoire tchécoslovaque, donc ces opérations de parachutage avaient pour objectif de soutenir les groupes de la résistance intérieure et les partisans à la fin de la guerre. L’importance de ces parachutistes, leur rôle, était bien plus important que leur capacité numérique. »

Photo: Patrik Šimr,  Ministère de la Défense

Comme le souligne le ministère tchèque de la Défense, c’est aussi la rencontre en 2023 entre le président Petr Pavel et le Premier ministre bavarois qui a débloqué les discussions et facilité le projet d’accord entre les deux parties pour l’exhumation des parachutistes. Trois autres dépouilles ont été rapatriées vendredi : celles de deux membres de la Garde nationale, dont l’un appartenait à la gendarmerie et l’autre à la brigade financière, abattus par les partisans du leader du Parti allemand des Sudètes, Konrad Henlein, en septembre 1938 dans la région de Bruntál. Leurs corps avaient alors été secrètement enterrés sur une partie de territoire allemand à l’époque mais qui appartient aujourd’hui à la Pologne. Enfin, un troisième corps qui reposera désormais dans sa Bohême natale est celui d’un homme politique de Kolín, résistant aux nazis et exécuté en Allemagne en septembre 1944.

Photo: Patrik Šimr,  Ministère de la Défense

Le projet de rapatriement des dépouilles de ces combattants est le fruit du travail du Département des anciens combattants et des sépultures de guerre (OVVV) du ministère de la Défense qui s’occupe non seulement des vétérans des conflits passés ou présents, mais également des monuments aux morts et cimetières militaires. Entre 2007 et 2009, ce département a créé une carte interactive qui répertorie toutes ces sépultures érigées en hommage à ces soldats tchèques morts au combat, en Tchéquie et à l’étranger. 38 000 sépultures de guerre sont répertoriées sur le territoire de la Tchéquie et environ 4 000 à l’étranger, la grande majorité concernant les deux grands conflits mondiaux du XXe siècle. Si les dépouilles des soldats tchèques ou tchécoslovaques tombés à l’étranger sont souvent laissées sur place, et que l’entretien des sépultures fait l’objet d’accords de coopération entre Prague et le pays en question, il arrive que certains corps fassent encore aujourd’hui l’objet d’une exhumation et d’un rapatriement, comme dans le cas des neuf combattants tchécoslovaques qui se verront honorés à l’occasion d’un hommage officiel le 12 septembre prochain, au Mémorial de Vítkov à Prague.

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