En Tchéquie, une bataille symbolique autour de la présence du drapeau ukrainien

Le drapeau tchèque et ukrainien la façade du bâtiment de la Chambre des députés

En Tchéquie, les différences idéologiques et la recomposition de la scène politique après les élections législatives d’octobre se sont cristallisées autour de la présence – ou non – des drapeaux ukrainiens sur les bâtiments publics.

C’est une décision symbolique qui a suscité une vague de désapprobation dans l’opposition et chez les Tchèques qui soutiennent l’Ukraine : à peine élu le 5 novembre dernier, le nouveau président de la Chambre des députés Tomio Okamura a fait retirer de la façade du bâtiment le drapeau ukrainien qui y flottait depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022.

Le chef de file du SPD, parti à la droite de la droite, qui devrait être un des membres de la future coalition gouvernementale menée par Andrej Babiš » a fait les choses comme à son habitude : de manière grandiloquente, dans une vidéo à la musique solennelle, ponctuée d’un slogan sans équivoque — « La Tchéquie avant tout ».

Des critiques n’ont pas tardé à fleurir sur les réseaux sociaux, où certains se sont gaussés du caractère jugé grotesque d’un président de la Chambre des députés tenant lui-même l’échelle pendant qu’on décrochait le drapeau. Interrogé par la Télévision tchèque, Tomio Okamura a affirmé respecter une promesse de campagne, rappelant que seuls les drapeaux tchèques devraient flotter sur les bâtiments officiels du pays. Désormais, ce sont donc les drapeaux tchèque, européen et israélien qui ornent les mâts du Parlement — même si le leader du SPD n’a pas exclu de retirer également ces deux derniers.

À la suite du retrait du drapeau ukrainien, les condamnations ont afflué du côté de l’opposition qui, aux commandes du pays ces quatre dernières années, a fait du soutien inconditionnel à l’Ukraine son cheval de bataille. En réaction, plusieurs partis ont décidé d’accrocher un drapeau ukrainien aux fenêtres de leur groupe parlementaire, entraînant une multiplication de couleurs bleu et jaune sur la façade — soit l’exact inverse de l’effet recherché par le président de la Chambre des députés.

En réaction,  plusieurs partis ont décidé d’accrocher un drapeau ukrainien aux fenêtres de leur groupe parlementaire | Photo: Roman Vondrouš,  ČTK

Par ailleurs, le 17 novembre, jour anniversaire de la révolution de Velours qui a conduit à la chute du régime communiste en 1989, des militants du groupe « Sametoví pamětníci » (« Témoins de la révolution de Velours ») ont accroché des drapeaux ukrainiens sur la clôture de la maison de Tomio Okamura. Des drapeaux ont également été peints ou tagués sur les trottoirs, les escaliers, les colonnes et même les poubelles autour de son domicile, afin de signifier leur mécontentement « face à un tel comportement des représentants politiques tchèques ».

L’expression d’un futur changement de politique sur l’Ukraine

Il faut dire que tous les partis de la future coalition gouvernementale en formation ont fait du durcissement de la politique envers l’Ukraine l’un des points centraux de leurs promesses électorales. Ignorant les données montrant que, depuis le troisième trimestre 2023, les réfugiés ukrainiens contribuent davantage au budget tchèque qu’ils ne reçoivent d’aides – un écart qui ne cesse de se creuser –, le parti ANO, vainqueur des élections, et le SPD ont fait de la fin du soutien financier et matériel aux Ukrainiens un axe majeur de leur campagne. Ils ont martelé l’idée que ces aides pèseraient excessivement sur les finances publiques et qu’il fallait désormais « donner la priorité aux Tchèques », un message qui a fortement résonné dans leur électorat.

Quant au message envoyé par le retrait du drapeau, il a été reçu jusqu’en Ukraine : Ruslan Stefanchuk, président du Parlement ukrainien a rappelé sur le réseau X que le drapeau représentait la lutte pour la liberté et a condamné son retrait comme un « acte plutôt discutable ». En réponse, il a hissé un drapeau tchèque au Parlement ukrainien en signe de gratitude pour la solidarité et le soutien de longue date de la Tchéquie.

Un débat pas si nouveau que cela

Photo: Barbora Navrátilová,  Radio Prague Int.

Le débat autour de la présence du drapeau ukrainien sur les bâtiments officiels tchèques n’est toutefois pas nouveau. Cet été, il avait déjà été retiré de la façade du Musée national, en haut de la place Venceslas, pour laisser place à des bannières annonçant une exposition consacrée aux célèbres hominidés Lucy et Selam. Si l’exposition a fermé ses portes le 23 octobre, le drapeau n’a pourtant pas été réinstallé, en dépit des engagements formulés plus tôt par le directeur du Musée national, Michal Lukeš. L’institution indique désormais vouloir utiliser la façade du bâtiment principalement à des fins promotionnelles.

L’événement 'Rendez le drapeau au musée !',  organisé par le collectif Kaputin | Photo: Igor Budykin,  Radio Prague Int.

Cette décision a relancé la contestation du côté de la société civile, très engagée derrière l’Ukraine. Fin octobre, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées lors d’un événement baptisé « Rendez le drapeau au musée ! », organisé par le collectif Kaputin, pour exiger le retour du drapeau ukrainien. Des mobilisations opposées au maintien du drapeau avaient également marqué le débat dès 2022.

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