Etude : les femmes tchèques plus enclines au « burnout » que les hommes

Une étude menée par l’Académie tchèque des Sciences et l’Université Masaryk de Brno montre qu’un Tchèque sur cinq serait en burnout, et un tiers des salariés travailleraient en-dehors de leurs horaires de travail, et même pendant leurs congés. Le femmes sont tout particulièrement touchées par ce phénomène appelé « workaholisme » soit une dépendance au travail qui mène à l’épuisement.

Le néologisme anglophone  « workaholism » est né en 1968 aux Etats-Unis où il a été utilisé pour la première fois. Mais il n’a rarement eu plus de sens qu’à notre époque où l’espace numérique a pris une place prépondérante dans nos vies : e-mails, messages écrits via les messageries, appels téléphoniques, autant de choses qui passent parfois exclusivement par le téléphone, souvent à la fois personnel et professionnel et sans distinction. Comment déconnecter du travail dans ces conditions ? Un problème que vivent les travailleurs et salariés du monde entier, comme le montre une grande étude pour laquelle la psychologue de l’Académie des Sciences, Kateřina Zábrodská a travaillé pour la partie tchèque :

Kateřina Zábrodská | Photo: Karolína Němcová,  ČRo

« Les travaux auxquels j’ai participé ont été menés dans 91 pays, auprès de plus de 30 000 personnes. Ils montrent qu’en moyenne, le taux de workaholisme atteint environ 15 % chez les femmes, contre près de 9 % chez les hommes. L’un des enseignements majeurs de cette dernière enquête est que les femmes apparaissent désormais plus exposées au risque de surinvestissement professionnel que les hommes, un renversement notable par rapport aux tendances observées auparavant. Par ailleurs, les taux de prévalence varient peu d’un pays à l’autre. Selon les chercheurs, cette évolution pourrait s’expliquer par le fait que les femmes doivent encore souvent redoubler d’efforts pour faire leurs preuves et démontrer leur légitimité, les conduisant à consacrer davantage de temps et d’énergie à leur travail afin d’atteindre un niveau jugé équivalent à celui de leurs homologues masculins. »

Si la chercheuse insiste sur le fait que le phénomène du « workaholisme » et donc du « burnout » est universel, il est possible de dégager une spécificité tchèque, notamment dans la propension des femmes tchèques à en souffrir bien plus que les hommes en raison des conditions sur le marché du travail local :

Photo illustrative: Andrea Piacquadio,  Pexels

« Un aspect très particulier est la façon dont est organisé le marché du travail en Tchéquie. Ici, les femmes se retrouvent dans une situation particulièrement compliquée, parce que d’un côté on a un des taux d’emploi féminin les plus hauts mais d’un autre côté, le marché se caractérise pas une très mauvaise flexibilité. Il suffit de rappeler que l’accès aux institutions de garde d’enfants restent difficiles d’accès. Les femmes sont donc bien plus sous pression et cela explique qu’elles peuvent se retrouver plus facilement en burnout en raison de l’accumulation d’émotions négatives liées au travail. »

Les données de l’Université Masaryk montrent que travailler en dehors des heures de bureau ne se limite que rarement à un simple coup d’œil à sa messagerie professionnelle. Nombre de salariés qui se sentent débordés dans la journée ont d’ailleurs tendance à empiéter plus fréquemment sur leur temps libre pour rester à jour et « ne rien rater ».

Photo illustrative: Kindel Media,  Pexels

Autre spécificité qui ressort de l’étude pour la Tchéquie : le comportement des supérieures hiérarchiques qui, par ricochet, a des conséquences directes sur les personnes sous leur direction. Une culture du travail compétitive, où les employés sont constamment comparés entre eux, qui a parfois cours dans les entreprises tchèques également. Selon Kateřina Zábrodská, il est toutefois essentiel de prendre du recul car l’addiction au travail affecte aussi souvent la vie sociale des personnes concernées. Et quand le travail prend trop de place et affecte la santé mentale, c’est le moment d’aller chercher une aide professionnelle, souligne-t-elle encore.

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