Presse : le logement et l’environnement au cœur des préoccupations des jeunes Tchèques
Cette nouvelle revue de la presse tchèque de la semaine écoulée s’intéresse tout à la fois aux principales préoccupations des jeunes Tchèques, au sans-abrisme à Prague, au possible enseignement du slovaque dans les écoles tchèques ou encore à la nouvelle grille de tarifs du Louvre dans le contexte européen. Un mot enfin aussi sur les liens que le dramaturge britannique Tom Stoppard, récemment décédé, entretenait avec la Tchéquie, son pays natal.
Les jeunes ne veulent pas s’engager dans la vie publique. Ils sont comme des flocons de neige, facilement vulnérables. Autant de préjugés, parmi beaucoup d’autres, qui collent à la peau de la jeune génération tchèque. « Mais que savons-nous réellement d’eux ? », s’interroge Deník Referendum. Pour répondre à cette question, le journal en ligne se réfère à une vaste étude lancée en fin d’année dernière par l’institut national SYRI, et qui vient de livrer ses premiers résultats :
« L’enquête est exceptionnelle non seulement de par son ampleur, mais aussi de par le fait que les jeunes ont été interrogés principalement par de jeunes chercheurs. Ce qu’elle révèle n’est guère surprenant : les jeunes Tchèques sont préoccupés en premier lieu par les problèmes environnementaux, ainsi que par les difficultés matérielles et la crise du logement. Ils perçoivent leur avenir comme incertain et redoutent de ne pas atteindre le niveau de vie de la génération de leurs parents. Parallèlement à tout cela, ils ont le sentiment d’être confrontés à de fortes attentes sociales et soumis à l’obligation de réussir. »
Le niveau d’éducation joue un rôle important à leurs yeux, et ce, pour différentes raisons. Il leur donne non seulement la perspective d’obtenir un emploi bien rémunéré, mais aussi l’espoir du maintien d’un système démocratique. Deník Referendum fait également part de certains mythes d’ordre politique relatifs à la jeune génération qui circulent dans l’espace public :
« L’un d’eux prétend que les jeunes ne s’intéressent plus à la politique et que peu d’entre eux participent aux élections. Pourtant, l’année dernière, la participation électorale dans la tranche d’âge 18-29 ans a pour la première fois égalé, et même légèrement dépassé, la moyenne nationale. »
Le sans-abrisme à Prague
Dans son dernier numéro, Respekt relate l’histoire d’un sans-abri à Prague, récemment décédé à l’âge de 52 ans. L’occasion pour l’hebdomadaire libéral de constater que les autorités de la capitale tchèque, ville où le sans-abrisme est de plus en plus présent, ne parviennent pas à s’entendre sur la manière de s’occuper globalement des personnes sans domicile fixe :
« Selon une analyse réalisée il y a cinq ans par le Centre des services sociaux, qui est une organisation municipale, 13 000 personnes environ passent chaque nuit dans les rues de Prague, dans des foyers d’urgence ou dans des hébergements provisoires. D’autres avancent même un chiffre encore plus élevé, de l’ordre de 19 000 sans-abris. Or, dans les foyers où les personnes en situation de détresse peuvent bénéficier d’un accueil mensuel dans des chambres doubles, Prague ne dispose que de 410 places. Et les foyers qui permettent de passer gratuitement une nuit n’en comptent, eux, que 358. Enfin, de décembre à mars, Prague propose des abris d’urgence. »
De l’avis général, la capacité de prise en charge sera toujours insuffisante à Prague, car les sans-abris de tout le pays s’y retrouvent. C’est la raison pour laquelle le problème devrait être résolu à l’échelle nationale. Pourtant, aucun ministre des Affaires sociales n’a jamais soulevé cette question, comme l’ajoute le magazine, qui remarque également en conclusion que l’un des rares nouveaux établissements d’accueil pour les personnes sans domicile fixe à avoir ouvert ses portes à Prague ces dernières années est le « Domov Přístav » (Le Foyer Port), administré par l’Armée du Salut. Celui-ci propose un hébergement permanent aux personnes qui ont passé des années dans la rue et qui souffrent de problèmes de santé en raison de leur âge.
Faudrait-il enseigner le slovaque dans les écoles tchèques ?
Le Comité consultatif du Conseil de l’Europe a appelé la Tchéquie à introduire un enseignement du slovaque dans son système éducatif, et ce, en particulier dans les écoles maternelles. Le principal motif de cette recommandation est que les Slovaques, qui jusqu’à l’arrivée de plusieurs centaines de milliers de réfugiés ukrainiens suite à l’éclatement de la guerre formaient la minorité la plus importante en Tchéquie, n’y possèdent toujours aucune école.
Seznam Zprávy observe que même à Prague, où la communauté slovaque est la plus forte, aucune école slovaque n’a jamais été ouverte. Deux raisons expliquent cette situation : d’une part, le fait que les Slovaques résidant en Tchéquie sont dispersés dans tout le pays, d’autre part, la proximité du slovaque avec la langue tchèque. Paradoxalement, les Slovaques sont ainsi les seuls parmi les ressortissants de tous les pays voisins de la Tchéquie à ne pas posséder d’école où leur langue maternelle serait la langue d’enseignement :
« Les Allemands et les Autrichiens ne remplissent pas eux non plus cette condition, mais comme l’allemand est une grande langue européenne, plusieurs établissements en Tchéquie proposent l’enseignement d’un certain nombre de matières dans cette langue. Dès les années 1990, la minorité allemande est parvenue à l’ouverture d’une école primaire germano-tchèque, qui a été suivie par celles du Lycée Thomas Mann et du Lycée autrichien. Ces trois établissements fonctionnent avec succès jusqu’à aujourd'hui. »
Seznam Zprávy rapporte finalement que les possibilités d’enseigner le slovaque seront prochainement examinées dans le cadre d’un plan d’action pour la mise en œuvre de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.
La nouvelle griffe tarifaire du Louvre : un modèle pour la politique culturelle européenne
« La récente décision du Louvre d’augmenter de 45% le prix du billet d’entrée pour ses visiteurs extra-européens à compter de 2026 devrait servir de modèle pour une politique culturelle européenne commune. » C’est du moins ce qu’estime un chroniqueur du site Info.cz :
« En instaurant différents tarifs d’entrée, le Louvre espère que ses recettes augmenteront de 15 à 20 millions d’euros. Mais l’argent n’est qu’un aspect secondaire de cette mesure. Il s’agit davantage d’une question de principe, et l’Europe dans son ensemble devrait suivre l’exemple du musée français. Cette approche est justifiée pour plusieurs raisons. La première, et la plus importante, est celle de la réciprocité. Les prix d’entrée pour les visiteurs européens sont également plus élevés que pour les visiteurs locaux dans d’autres pays du monde. Par exemple, les États-Unis ont récemment introduit un double tarif dans leurs parcs nationaux. Or, sur le total annuel de 9 millions de visiteurs que recense le Louvre, environ 10 % sont des Américains. Et si le nombre de ces derniers devait diminuer en raison de cette mesure, celle-ci aurait au moins le mérite de quelque peu réguler le surtourisme. »
« Si l’Europe veut être prise au sérieux, elle doit se comporter avec assurance et veiller à une forme de réciprocité dans ses relations avec les autres. C’est pourquoi la mesure du Louvre en matière de tarification doit être saluée », peut-on encore lire en conclusion.
Les racines et les liens tchèques du dramaturge britannique Tom Stoppard
Tom Stoppard n’a jamais oublié ses racines tchèques. C’est là un point mis en relief par l’ensemble des médias tchèques qui ont retenu le décès, à l’âge de 88 ans, samedi 29 novembre, de l’un des plus grands dramaturges britanniques de la seconde moitié du XXe siècle. Deník N, par exemple, écrit à son sujet :
« Tom Stoppard est né à Zlín sous le nom de Tomáš Sträussler. Et bien qu’il ait quitté la ville de Moravie alors qu’il était encore qu’un bébé, il n’a jamais oublié sa terre natale. Stoppard a entretenu des relations amicales avec les dissidents tchèques avant et après la révolution de Velours de 1989. C’est grâce à ses traductions que les œuvres de Václav Havel ont été largement diffusées à l’étranger. Dans la pièce Rock’n’Roll (2006), il a dépeint la sous-culture underground autour du groupe de rock tchèque The Plastic People of the Universe. Les premières représentations de la pièce n’avaient pas manqué d’invités prestigieux : en juin 2006, au Royal Court Theatre, tant Václav Havel, à qui la pièce est dédiée, que Mick Jagger et David Gilmour étaient présents, tandis que la première à Prague, le 22 février 2007, a été présentée sur les planches du Théâtre national par les Plastic People eux-mêmes. »
Le dramaturge britannique a également donné son nom au prix Tom Stoppard, une récompense littéraire initialement décernée par la Fondation Charte 77, puis par la Bibliothèque Václav Havel. Le journal en ligne Echo24.cz note à ce même propos :
« La mort de Stoppard ne marque pas seulement la fin d’un célèbre dramaturge britannique. Pour la Tchéquie, c’est un nouveau rappel que tous ceux qui, au cours des dernières décennies, ont redressé notre esprit et qui, à travers leur vie, ont rappelé les paradoxes et les horreurs du XXe siècle tout en en soulignant l’ironie par leur travail, sont partis et que c’est désormais à nous qu’il appartient de tenir bon. »