En Tchéquie, une transition politique marquée par les controverses

Andrej Babiš

La Tchéquie se trouve toujours dans une période de transition politique, après la nomination à la mi-décembre du vainqueur des élections, Andrej Babiš (ANO) au poste de Premier ministre. Les débuts de ce gouvernement très à droite ne vont toutefois pas sans controverses ni sans craintes face à certaines annonces.

Le come-back d’Andrej Babiš et son conflit d’intérêts

Petr Pavel et Andrej Babiš | Photo: Michal Kamaryt,  ČTK

C’est parce que le président Petr Pavel a insisté depuis le début qu’Andrej Babiš a dû se résoudre à faire une annonce publique, début décembre, expliquant comment il comptait résoudre son conflit d’intérêts. Propriétaire du puissant holding Agrofert bénéficiaire de subventions publiques et européennes, il était tenu de démontrer qu’il allait se séparer effectivement de tout lien décisionnel avant d’exercer des fonctions gouvernementales. Le dernier obstacle à sa nomination étant tombé, le chef de l’Etat tchèque n’avait donc plus d’autre choix que de nommer officiellement le vainqueur des dernières législatives, un plus de deux mois après leur tenue.

Lundi, le chef de file du mouvement ANO a annoncé que le transfert irrévocable d’Agrofert dans le fonds fiduciaire RSVP Trust serait acté au plus tard le 8 janvier, soit dans les 30 jours suivant sa nomination pour ne pas contrevenir à la loi. Mais cette décision d’Andrej Babiš est toujours jugée insuffisante et peu crédible à la fois par les reponsables de l’opposition et les organisation anti-corruption.

Filip Turek, candidat ministériel controversé

Filip Turek | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

Un autre point de friction autour de la nouvelle coalition formée par le parti ANO a été la nomination potentielle de Filip Turek, figure du parti anti-Green Deal des Automobilistes, à un poste ministériel clé. D’abord pressenti pour la diplomatie, c’est finalement le portefeuille de l’Environnement que son parti souhaitait lui voir attribuer. Seulement, le président Petr Pavel s’oppose depuis le début à sa désignation, soulignant des standards éthiques élevés pour les ministres –condition que Filip Turek ne remplit manifestement pas, lui qui traîne un passé controversé lié à des publications racistes, sexistes et homophobes.

La rencontre de lundi entre le chef de l’Etat et le député n’a en rien changé la donne et, insatisfait des explications fournies par Filip Turek, Petr Pavel a fait savoir que ses réserves perduraient. Laissant la responsabilité de la suite à Andrej Babiš dont Petr Pavel a dit qu’il « s’attendait à ce [qu’il] ne propose pas Filip Turek au poste de ministre de l’Environnement », le président tchèque a toutefois fait savoir que dans le cas contraire, il utiliserait la petite marge de manœuvre dont il dispose, et qu’il ne procéderait pas à sa nomination formelle.

Filip Turek et Petr Pavel | Photo: Bureau du Président de la République tchèque

Une démarche qui serait exceptionnelle tant les prérogatives du chef de l’Etat sont limitées en Tchéquie, mais qui a un précédent : par le passé, le très controversé Miloš Zeman avait aussi poussé les limites de sa fonction en refusant de nommer des ministres.

SPD, Ukraine et politique de défense

Jaromír Zůna | Photo: Ondřej Deml,  ČTK

Nommé en tant qu’« expert » par le parti pro-russe SPD, le nouveau ministre de la Défense Jaromír Zůna a surpris jusque dans ses rangs, lors d’une conférence de presse vendredi dernier : il avait en effet affirmé que la Tchéquie poursuivrait certains de ses engagements, comme la participation à l’initiative d’achat d’artillerie pour l’Ukraine, tout en soulignant la nécessité d’une gestion plus « efficace ».

Photo: Martin Dorazín,  ČRo

Mais le SPD n’a pas caché son irritation et vite recadré son ministre, un ancien général, bloquant la visite en Ukraine que celui-ci avait affirmé vouloir effectuer. Un rétropédalage qui a même été mis en scène sur les réseaux sociaux via une vidéo qui s’apparente à une séance d’auto-critique d’un autre temps. Résultat de cette polémique : l’annonce qu’à l’avenir Jaromír Zůna, pourtant soutenu par le président Petr Pavel, commenterait les questions relatives à l’armée et à son fonctionnement, tandis que les positions du gouvernement en matière de politique étrangère, notamment sur l’Ukraine, seraient communiquées exclusivement par le Premier ministre Andrej Babiš. Ce dernier a d’ailleurs fait savoir qu’il examinerait en janvier la poursuite de l’initiative tchèque de livraison de munitions, suscitant des inquiétudes chez les alliés occidentaux, car il pourrait réduire l’aide militaire.

Rationalisation de l’administration publique ou purges ?

Le ministère tchèque des Affaires étrangères | Photo: Martin Vaniš,  Radio Prague Int.

Sur le front intérieur, le nouveau gouvernement a lancé une politique de « dégraissage » dans l’administration publique. A partir de janvier 2026, le gouvernement prévoit de supprimer 322 postes au sein de l’administration. Une première phase seulement en lien avec les efforts affichés de réduction des dépenses publiques. Des réorganisations internes sont en cours, notamment au Ministère des Affaires étrangères, avec des propositions de suppression de plusieurs départements, dont celui de la sécurité, selon la presse tchèque. Ces décisions suscitent des critiques sur les risques pour l’expertise administrative. Interrogé par l’hebdomadaire Respekt, le politologue Jiří Pehe soulignait que derrière ce que le cabinet vend comme étant une « systématisation » se cachaient en réalité des « purges » qui ne disent pas leur nom.

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