Ukraine : au sommet de la Coalition des volontaires, le rétropédalage d’Andrej Babiš

Andrej Babiš participait à la réunion de la « Coalition des volontaires »

La Tchéquie n’abandonnera finalement pas l’initiative pour les munitions en faveur de l’Ukraine, et ce, malgré sa remise en cause initiale par son nouveau Premier ministre. À Paris, mardi, où il a participé à la réunion de la Coalition des pays dits volontaires, Andrej Babiš a assuré que son gouvernement continuerait à coordonner une initiative dont Prague est à l’origine. Sans toutefois y participer financièrement, comme il n’entend pas davantage envoyer de soldats en Ukraine.

C’est en présence du président de la République, un Petr Pavel qui avait été lui-même à l’origine de l’initiative au début de l’année 2024, que s’est réuni, ce mercredi à Prague, le Conseil de sécurité de l’État, le premier dans sa nouvelle composition depuis la nomination du nouveau gouvernement, en décembre dernier. Une réunion longue de près de deux heures qui n’a abouti à aucune résolution concrète, mais au cours de laquelle il a été question essentiellement de cette initiative dite de munitions.

Plateforme internationale de financement qui vise à fournir notamment des obus à l’Ukraine pour aider celle-ci à faire face à la pénurie de munitions à laquelle elle est confrontée pour se défendre de l’agression russe, cette initiative est un projet dans le cadre duquel la Tchéquie sert d’intermédiaire entre les différents pays participants.

Une initiative mise sur pied par l’ancien gouvernement tchèque et qu’Andrej Babiš, malgré le fait que les cinq fournisseurs principaux soient des entreprises tchèques, avait vivement critiquée et même promis de supprimer lors de la campagne qui a précédé les élections législatives, en octobre dernier.

Andrej Babiš | Photo: Bureau du Gouvernement tchèque

Depuis, toutefois, celui qui entretemps est redevenu Premier ministre, et qui avait déjà parlé de cette initiative comme d’« une bonne chose » en fin d’année dernière, a changé son fusil d’épaule, comme le confirme sa déclaration faite aux journalistes tchèques présent à Paris mardi après le sommet des dirigeants des pays soutenant activement l’Ukraine (soit la quasi-totalité des pays européens, du Canada, de l’OTAN et de l’Union européenne) :

« En ce qui concerne l’initiative sur les munitions dont nous débattrons lors du Conseil de sécurité de l’État (ce mercredi), et après en avoir discuté avec les partenaires de la coalition gouvernementale (le parti d’extrême droite SPD et les Automobilistes), je maintiens ce que nous avons déjà dit, à savoir que nous ne verserons pas d’argent provenant du budget tchèque. Néanmoins, nous pouvons poursuivre cette initiative à condition qu’elle soit financée par d’autres États. Nous avons le savoir-faire, nos entreprises ont elles aussi ce savoir-faire, et, bien sûr, tout cela doit être transparent et sans corruption. »

Un peu plus tard, sur les réseaux sociaux, Andrej Babiš a également expliqué que « chaque État a des possibilités différentes » et que « comme certains autres dirigeants », il avait « des réserves sur certains points de la déclaration » d’intention sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine adoptée par la Coalition des volontaires.

Contrairement à la France, notamment, qui selon son président Emmanuel Macron serait prête à déployer « des milliers de soldats » au sein d’une force multinationale pour maintenir la paix en Ukraine dans l’hypothèse d’un cessez-le-feu qui serait conclu avec la Russie, la Tchéquie, elle, comme l’a souligné son Premier ministre, n’a pas l’intention d’y envoyer de troupes :

Armée tchèque | Photo: eFP BG Litva

« Nous préparons et aidons les soldats ukrainiens chez nous, mais nous sommes clairement d’accord sur le fait que nous n’enverrons pas de soldats tchèques en Ukraine, et nous ne sommes pas les seuls dans ce cas. La Pologne ne le souhaite pas non plus, pas plus que l’Italie et d’autres pays. C’est là quelque chose que nous ne pouvons pas accepter. Nous avons peu de soldats, il nous faut renforcer notre armée et c’est pourquoi nous avons besoin de nos soldats chez nous. »

Une déclaration toutefois à prendre avec des pincettes si l’on se souvient qu’en septembre dernier encore, alors qu’il entrait à Ostrava dans la dernière ligne droite de sa campagne électorale, Andrej Babiš avait assuré ses partisans que son gouvernement arrêterait l’initiative pour les munitions s’il remportait les élections. Avant, donc, de commencer à rétropédaler après celles-ci.

aucun résultat trouvé