A Prague, les nouveaux lampadaires « blafards » au cœur d’une polémique

La nuit à Prague

Depuis plusieurs semaines, l’éclairage public nocturne est au cœur d’un débat citoyen à Prague. La ville procède actuellement à un remplacement progressif de ses anciennes lampes à lumière orange par des luminaires LED à lumière blanche, dans le but d’améliorer l’efficacité énergétique du réseau urbain. Mais cette modernisation technique suscite aujourd’hui de vives réactions parmi les habitants.

Le mouvement de contestation s’est organisé autour d’une pétition lancée par l’initiative « Chraňme pražskou noc! » (« Protégeons la nuit praguoise »). Ses promoteurs estiment que les nouveaux luminaires, plus froids et plus blancs que les anciennes lampes à lumière orange, ont des effets indésirables sur la santé et l’environnement.

Kristýna Drápalová | Photo: Klára Škodová,  ČRo

« L’initiative demande une réévaluation de la modernisation de l’éclairage public à Prague afin de ne pas installer de luminaires LED qui émettent de la lumière blanche avec une composante bleue nocive la nuit » insiste Kristýna Drápalová (Praha sobě), conseillère municipale et cofondatrice de l’initiative.

La pétition a déjà rassemblé plusieurs milliers de signatures de riverains mécontents. Les critiques portent avant tout sur la qualité du sommeil et le rapport à la nuit. De nombreux habitants décrivent une lumière perçue comme plus agressive, « trop blanche », « blafarde », qui pénètre dans les logements et donne le sentiment que la nuit est prolongée de manière artificielle. Sans compter qu’elle transforme aussi visuellement l’atmosphère nocturne praguoise caractéristique avec ses rues baignées dans une teinte orangée.

Ces témoignages traduisent une inquiétude plus large : celle d’une disparition progressive de l’obscurité urbaine, pourtant essentielle au repos et au rythme biologique.

Le débat ne se limite pas aux perceptions individuelles. Le site Seznam Zprávy rapporte que plusieurs scientifiques et experts en environnement ont également exprimé leurs réserves quant à l’utilisation d’une lumière blanche riche en composante bleue la nuit, alors même qu’on souligne régulièrement les méfaits du rayonnement bleu des téléphones mobiles – et notamment avant de dormir.

Les experts alertent sur ses effets potentiels sur le rythme circadien, la faune nocturne, en particulier les insectes, et l’aggravation de la pollution lumineuse. Les chercheurs soulignent néanmoins que ces effets dépendent fortement de paramètres techniques précis et que le consensus scientifique reste nuancé.

Déjà près de 18 000 lampes remplacées

L’éclairage au parc Ladronka | Photo: Technologie hlavního města Prahy

Prague compte environ 136 000 points lumineux. Selon les données citées par Seznam Zprávy, près de 18 000 lampes ont déjà été remplacées par des luminaires LED à lumière blanche, soit environ 12 % du parc d’éclairage public. Ce chiffre explique pourquoi la controverse prend une telle ampleur : la transformation de l’éclairage nocturne n’est pas seulement expérimentale. Elle est déjà visible dans de nombreux quartiers, touchant directement le quotidien de milliers de riverains.

Face aux critiques, la ville de Prague et la société municipale en charge de ces travaux (THMP) défendent le projet. Elles rappellent que la transition vers les LED est en grande partie dictée par la réglementation européenne. Une directive met en effet fin, d’ici 2027, à l’usage des lampes à décharge pour l’éclairage public et sportif. Le passage aux LED est donc présenté comme inévitable.

Près de 18 000 lampes ont déjà été remplacées par des luminaires LED à lumière blanche | Photo: Technologie hlavního města Prahy

La THMP précise que les luminaires installés utilisent une température de couleur qualifiée de « blanc chaud », et qu’ils sont équipés de systèmes de réduction d’intensité et de direction de la lumière, destinés à limiter les nuisances nocturnes.

Photo: Miloš Turek,  Radio Prague Int.

La controverse praguoise illustre un dilemme auquel sont confrontées de nombreuses villes européennes cherchant à concilier sobriété énergétique, sécurité urbaine et préservation de la nuit. En France, plus de 15 000 communes ont décidé d’éteindre totalement ou partiellement leur éclairage public en milieu de nuit au cours des 10 dernières années, précisément pour tenter de répondre à ces questions. Cette décision a toutefois vu l’émergence d’un autre problème : la recrudescence de l’insécurité, amenant nombre de maires à rallumer l’éclairage nocturne…

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