Après près de 500 jours de détention au Venezuela, Jan Darmovzal de retour en Tchéquie
Le 18 janvier, un avion militaire tchèque a atterri à Prague avec à son bord Jan Darmovzal, un ressortissant tchèque détenu depuis près d’un an et demi dans une prison vénézuélienne sous un prétexte que les autorités tchèques ont toujours qualifié d’infondé.
Jan Darmovzal, 35 ans, est originaire de Břeclav. Il a été arrêté le 5 septembre 2024 alors qu’il visitait le Venezuela en tant que touriste. Les autorités vénézuéliennes accusent alors celui qui est par ailleurs réserviste de l’armée tchèque d’être complice, tout comme d’autres ressortissants étrangers, d’un complot visant à assassiner le président de l’époque, Nicolás Maduro, et à renverser le gouvernement – des allégations rejetées par Prague comme étant sans fondement réel.
Quand l’avion militaire officiel affrété par la République tchèque a atterri dimanche soir à 22 heures, à l’aéroport Václav Havel à Prague, c’est pour la famille de Jan Darmovzal et lui-même un calvaire de 500 jours qui s’est définitivement achevé.
« C’est un véritable soulagement surtout après tous les espoirs déçus au cours de cette année et demie. Tout cela était épuisant », confiait vendredi, son père, Ondřej Darmovzal, après l’annonce de sa libération.
Le retour de Jan Darmovzal a été le point d’orgue de semaines d’intenses négociations diplomatiques, menées par le ministère tchèque des Affaires étrangères et alors que vendredi, ce dernier avait annoncé la libération de Jan Darmovzal, soit 13 jours après l’intervention armée des Etats-Unis au Venezuela qui avait donné quelque espoir d’une possible libération des ressortissants étrangers détenus par Caracas.
Selon le ministre des Affaires étrangères, Petr Macinka (Automobilistes), la libération de Jan Darmovzal est aussi la conséquence de la récente évolution politique au Venezuela. « Nous avons saisi une fenêtre diplomatique extrêmement étroite », a expliqué le chef de la diplomatie tchèque à la Télévision tchèque, précisant que Jan Darmovzal avait quitté Caracas à bord d’un avion spécial transportant également d’autres ex-détenus de différentes nationalités.
Si Jan Darmovzal n’a pas encore livré son propre récit, un témoignage clé est venu éclairer ses conditions de détention. Celui de Camilo Castro, un Français emprisonné dans le même centre et libéré avant lui en décembre. Son récit transmis aux parents du Tchèque et publié dimanche par Seznam Zprávy, décrit une réalité carcérale d’une extrême dureté :
« Il a passé les trois premières semaines enfermé dans des conditions terribles. Menotté, seul dans une cellule sans matelas, avec la lumière allumée en permanence, sans couverture. Il faisait un froid glacial à cause de la climatisation. »
Selon ce témoignage, les détenus se voyaient refuser les conditions hygiéniques de base, étaient soumis à des interrogatoires constants, privés de repères temporels et exposés à des stimulations sonores, notamment de la musique diffusée à très fort volume, jour et nuit.
« La musique était si forte qu’on n’entendait plus rien d’autre. Probablement pour couvrir les cris des autres prisonniers. »
Ces descriptions rejoignent celles d’autres anciens prisonniers étrangers au Venezuela et renforcent les accusations de traitements inhumains, régulièrement formulées par les organisations de défense des droits de l’homme.
L’inquiétude, puis le soulagement de la famille
Pendant toute la durée de la détention, la famille de Jan Darmovzal a vécu dans l’angoisse et l’incertitude, jusqu’au 16 janvier au petit matin, où ses parents ont reçu l’annonce de sa libération par le ministre des Affaires étrangères. L’absence de procédure judiciaire claire, l’impossibilité d’un accès consulaire régulier et le silence des autorités vénézuéliennes ont accentué le sentiment d’impuissance de la famille, mais aussi celui des autorités tchèques. Pendant toute la durée de la détention, la famille n’a eu que des contacts sporadiques avec lui, principalement par appels vidéo étroitement surveillés.
« Psychiquement, il nous a dit qu’il allait bien. Il a puisé de l’énergie en aidant d’autres détenus. On sait que d’autres co-détenus ont fait des tentatives de suicide et qu’il a essayé de les aider », racontait vendredi son père, Oldřich Darmovzal.
Le ministre tchèque des Affaires étrangères, Petr Macinka, a salué « un résultat concret d’efforts diplomatiques intensifs ». A la Télévision tchèque, il a aussi évoqué l’intention de Prague de rétablir des relations diplomatiques avec Caracas, soulignant l’importance d’un dialogue renouvelé, même dans les circonstances délicates actuelles.