Presse : et si Donald Trump et Václav Havel pouvaient se rencontrer…
Cette nouvelle revue de presse propose d’abord une réflexion sur une confrontation imaginaire entre le président américain Donald Trump et l’ancien président tchèque Václav Havel. Elle s’intéresse également à la journée qui mettra à l’honneur le drapeau national, au débat autour de la main-d’œuvre ukrainienne et à la suppression des redevances de la radio et de la télévision publiques.
Comme ailleurs, les médias locaux dressent les bilans de la première année du deuxième mandat du président américain Donald Trump.
« Donald Trump est un phénomène extrême, différent des autres. À tel point qu’on ne pouvait l’imaginer. Les témoins vivants de la démocratie n’ont jamais connu quelqu’un ou quelque chose de semblable. Trump échappe aux catégories selon lesquelles nous avons l’habitude d’évaluer la politique et l’ordre. Les anciens paramètres ne suffisent plus, ils perdent leur sens », signale, par exemple, l’éditorialiste de Seznam Zprávy.
L’occasion pour lui d’imaginer une confrontation du leader américain avec l’ancien président tchèque, Václav Havel :
« Étant au pouvoir, je me sens constamment suspect. Voilà une phrase du discours que Václav Havel a prononcé en 1991, à l’époque où il jouissait de sa plus grande renommée internationale, et qui semble parfaitement résumer, mais à l’inverse, l’impression de la première année du mandat présidentiel de Donald Trump. À la différence de Havel, Trump est probablement la dernière personne à être rongée par des doutes sur son destin. Havel, lui, représente parmi les politiciens le champion incontesté de l’introspection et, de par sa nature, un leader anti-Trump. »
Or, l’idée que ces deux hommes puissent se rencontrer dans une histoire alternative et discuter est séduisante :
« Le président Vérité et Amour et le président Make America Great Again. Le président dramaturge absurde et prisonnier politique et le président agent immobilier transactionnel. L’un a écrit Le Pouvoir des sans-pouvoir, que le Premier ministre canadien Mark Carney cite aujourd’hui à Davos sous les applaudissements du public. L’autre pratique le pouvoir des puissants. »
Le but de cette idée, selon l’éditorialiste, n’est pas de mettre Havel en valeur ou de rabaisser Trump, ou inversement.
« Se souvenir de Havel tout en observant Trump ne peut que donner lieu à des incertitudes quant à l’origine et à la signification du pouvoir, de l’influence, du succès, de la victoire et de la gloire. Les mots et la réalité qui y sont liés sont fragiles. Pour ceux qui s’inquiètent de l’irrépressible Trump, cela peut être un signe d’espoir. »
Honorer le drapeau national
Le gouvernement de coalition d’Andrej Babiš souhaite introduire un nouveau jour symbolique fixé au 30 mars et qui mettra à l’honneur le drapeau national. Selon le chroniqueur du site Novinky.cz, l’intérêt pour les drapeaux semble être l’une des marques distinctives de toute la nouvelle coalition :
« Ainsi, on a pu voir certains drapeaux étrangers, c’est-à-dire des drapeaux alliés, retirés. Dans notre contexte, cela signifie principalement les drapeaux ukrainiens et européens, les uns ayant été hissés en signe de solidarité (à l’instar des drapeaux tibétains, qui vont très probablement disparaître eux aussi de nombreux endroits), les autres pour affirmer notre appartenance à l’Union européenne, dont nous faisons partie. Les nationalistes les plus virulents se filment en train d’enlever ces drapeaux et de prendre un air héroïque. »
Le nationalisme effréné, comme le constate le chroniqueur, se répand dans toute l’Europe. Nous sommes alors loin d’être les seuls dans ce cas. Le fait que même les politiciens les plus modérés se soumettent à cette mode, les insignes nationaux sur les revers faisant désormais partie de la tenue de pratiquement tout le monde, en est, selon lui, l’un des signes.
« Andrej Babiš, qui a lui-même obtenu la nationalité tchèque en 2000, considère l’introduction d’un nouveau jour important dans le calendrier comme tellement urgente qu’il souhaite l’approuver en urgence en première lecture », écrit-il avant d’expliquer qu’il s’agit là d’une mesure exceptionnelle :
« Outre les situations de crise et les alertes budgétaires, un tel instrument peut être utilisé lorsqu’il existe un large consensus politique, ce qui sera certainement le cas. Qui oserait s’opposer à une proposition aussi habilement populiste ? Il serait certainement qualifié de renégat, de cosmopolite et de multiculturaliste lié à des centrales de diversion bruxelloises. »
Le débat autour de la main-d’œuvre ukrainienne
Le président de la Chambre des députés, Tomio Okamura, chef du parti d’extrême droite SPD, revendique un durcissement des conditions de séjour et de travail des Ukrainiens en Tchéquie, une façon de protéger les travailleurs tchèques. Mais la réalité du marché du travail, telle que la vivent aujourd’hui des milliers d’entrepreneurs, dit tout autre chose. C’est du moins ce qu’estime l’auteur d’un texte publié dans le journal en ligne Forum24.cz, selon lequel le problème ne touche pas l’idéologie, mais le fonctionnement de l’économie :
« Des centaines de milliers de personnes originaires d’Ukraine vivent aujourd’hui dans le pays, dont environ un quart de million y travaillent légalement, paient des impôts et des cotisations et occupent des postes en manque de main-d’œuvre locale, et ce depuis longtemps déjà. Elles travaillent dans le bâtiment, l’industrie, la logistique, la restauration, les services et les soins sociaux. En plus, les Ukrainiens sont à même de s’intégrer rapidement dans le milieu professionnel. L’incertitude qui plane désormais autour de l’avenir de la protection temporaire des ressortissants ukrainiens touche non seulement ces derniers, mais représente également un grand risque pour les employeurs. Une perte de la main-d’œuvre ukrainienne pourrait sérieusement menacer, voire paralyser, l’économie tchèque. Le durcissement des conditions de séjour des Ukrainiens mettrait en danger les entreprises, augmenterait les prix des services et affaiblirait la compétitivité tchèque. »
Le texte indique en outre que l’État et les gouvernements précédents ont échoué à préparer une solution à long terme. En effet, il n’existe pas de plan clair pour la période après la paix. « Comment les gens passeront-ils à un séjour standard ou comment garantir la sécurité des entreprises et des employés ? », s’interroge-t-il.
À qui profite la suppression des redevances audiovisuelles
La coalition gouvernementale a décidé de supprimer les redevances de la télévision et de la radio, dont l’augmentation avait été décidée par le précédent gouvernement de Petr Fiala. Le site Seznam Zprávy indique que parmi les trois partis actuellement au pouvoir, c’est le SPD de Tomio Okamura qui est le plus favorable à cette suppression, suivi par le mouvement ANO d’Andrej Babiš et les Automobilistes, un peu plus modérés.
Une fois la démarche approuvée, aucun des partis ne précise pourtant comment assurer à l’avenir le financement stable des deux institutions publiques, leur budget s’élevant actuellement à environ 11 milliards de couronnes (environ 440 millions d’euros. Seznam Zprávy remarque également :
« En ce qui concerne la télévision et la radio publiques, tout n’est certainement pas parfait. Mais il existe des preuves irréfutables que les Tchèques en sont globalement satisfaits. En période de crise, ils suivent massivement les informations de ces deux médias, qui sont considérées comme fiables. Une autre preuve de leur qualité et de l’accomplissement de leurs obligations légales, c’est qu’ils sont capables de rivaliser à long terme avec les leaders des médias privés en termes d’audience et d’écoute. »
Constatant à son tour qu’à partir de l’année prochaine, la radio et la télévision tchèques pourraient être financées par le budget de l’État, le quotidien Hospodářské noviny observe :
« Cette décision semble être une mesure innocente, voire positive. Les gens feront des économies et tout restera comme avant. Mais ce n’est pas le cas. Ce n’est pas seulement l’indépendance des médias publics qui est en jeu, mais leur existence même. »
Le journal en ligne Lidovky.cz rapporte pour sa part que le Sénat s’est fermement opposé à cette nouvelle mesure, prouvant ainsi une nouvelle fois son importance. Le système de redevances, selon une majorité de sénateurs, fonctionne parfaitement et de manière fiable depuis plus de trente ans. Et d’ajouter que « sa suppression et le passage à un financement par le budget de l’État exposent les médias de service public au risque de décisions subjectives et d’arbitraire politique ».