Presse : les tensions entre le président et le chef de la diplomatie tchèque
Cette nouvelle revue de presse reviendra sur les différentes réactions au conflit entre le président de la République et le chef de la diplomatie. Qui sera le prochain président ? Une question que nous aborderons également avant d’évoquer la solidarité des Tchèques avec les Ukrainiens privés de chauffage et l’impact de la présence de loups sur la campagne tchèque.
Mardi dernier, le président Petr Pavel a accusé le ministre des Affaires étrangères Petr Macinka d’avoir tenté de le faire chanter par le biais de plusieurs SMS, en raison de son refus de nommer Filip Turek (Automobilistes) au poste de ministre de l’Environnement. Il a même décidé de porter plainte contre lui. Le journal en ligne Lidovky.cz observe à ce sujet :
« La dernière confrontation entre le président de la République Petr Pavel et le chef de la diplomatie Petr Macinka est exceptionnelle dans la mesure où il ne s’agit pas d’une communication entre des membres du gouvernement et de l’opposition, entre deux chefs de partis rivaux et leurs députés, mais entre un ministre et le chef de l’Etat. »
« Que révèle cette affaire sur ses protagonistes ? Quel est son contexte ? Et quelles en seront les conséquences ? » Voilà quelques-unes des questions qui préoccupent l’éditorialiste du quotidien Hospodářské noviny pour lequel cette affaire, en fin de compte, est parfaitement absurde :
« Le conflit autour du poste ministériel pour une personne aussi insignifiante que Filip Turek est devenu un sujet crucial dont dépend l’avenir de la politique tchèque et peut-être même la sécurité du pays. Bref, une comédie tchèque croisée avec un film catastrophe. Mais en réalité, ce n’est pas drôle du tout. Ce conflit qui s’intensifie est le symptôme d’un conflit plus profond qui se déroule non seulement en Tchéquie, mais dans toutes les démocraties occidentales. Et il n’est pas du tout certain que les forces de l’arrogance, du pragmatisme sans valeurs et des sympathies tacites pour le fascisme des années 1930 ne finissent pas par l’emporter. »
L’avis du rédacteur en chef du journal en ligne Echo24.cz sur la publication de la correspondance privée du ministre Petr Macinka, par le président Petr Pavel, qui divise l’opposition et la coalition gouvernementale, est entièrement différent :
« C’est une banalité et un exemple d’amateurisme politique. Cela montre simplement que le président ne sait pas faire de la politique. Petr Pavel n’est pas un acteur politique et il est fortement influencé par ses conseillers. »
L’hebdomadaire Respekt remarque pour sa part que le président de la République occupe une place particulière dans le système constitutionnel tchèque, car il ne dirige pas l’exécutif et ne dispose pas de beaucoup de compétences. Toutefois, il n’a jamais été un acteur politique faible. Depuis l’introduction de l’élection présidentielle au suffrage universel direct, son influence s’est encore accrue. D’habitude, il recueille de loin le plus grand nombre de voix dans les indices de confiance. C’est aussi pour cette raison, selon lui, que les gouvernements tchèques se sont toujours efforcés de maintenir de bonnes relations avec les présidents, sans susciter conflit majeur. C’était le cas jusqu’à l’émergence des Automobilistes sur la scène politique :
« Ce parti sans histoire, qui recueille moins de 7 % des voix et qui est en fait composé de quelques députés et de personnes plus ou moins cachées dans les coulisses, a déclenché mardi un conflit sans précédent avec le chef de l’Etat et dont nous ne pouvons pour l’instant que deviner l’ampleur finale. »
Qui sera le prochain président de la République ?
La semaine dernière, le président Petr Pavel a laissé entendre de manière très claire qu’il pourrait aspirer à un second mandat. Le journal Deník N explique pourquoi il serait extrêmement difficile de le battre :
« Le président Pavel jouit depuis longtemps d’un soutien très important, soit de plus de la moitié des Tchèques. De tels chiffres sont plutôt rares sur la scène politique tchèque de ces dernières années, notamment en raison de la forte polarisation entre le bloc gouvernemental et l’opposition et de la méfiance générale à l’égard de la politique. Selon l’agence STEM, Petr Pavel bénéficie de la confiance de pratiquement tous les électeurs de l’opposition actuelle composée de la coalition Spolu, du parti STAN et des Pirates. Mais il obtient également des résultats tout à fait honorables auprès des électeurs des Automobilistes et du mouvement ANO. Et c’est précisément sa capacité à toucher les électeurs de l’autre côté qui serait déterminante pour sa réélection. »
Toutefois, le président se trouve désormais en position d’adversaire face au nouveau gouvernement d’Andrej Babiš, en lien notamment avec le conflit avec les Automobilistes et leur leader Petr Macinka, le chef de la diplomatie. Deník N rapporte en outre que le Premier ministre, lui aussi, a récemment déclaré que la nouvelle coalition gouvernementale devait trouver un candidat commun :
« Trouver une personnalité aussi forte que Petr Pavel ne sera pas facile. Si quelqu’un a l’ambition de le battre, s’il décide effectivement de se présenter, il devra avant tout être connu dans tout le pays, être populaire et avoir une histoire personnelle intéressante. Il s’avère que Pavel serait aujourd’hui un adversaire très difficile à battre pour pratiquement n’importe qui », ajoute le journal.
La souffrance des Ukrainiens ne laisse pas indifférente la population tchèque
Des dizaines de milliers d’Ukrainiens, dont des femmes et des enfants en bas âge, continuent de souffrir du froid. Une situation qui ne laisse pas la population tchèque indifférente. L’hebdomadaire Respekt explique :
« En un court laps de temps, les Tchèques ont récolté plus de 100 millions de couronnes pour acheter des petits générateurs portables et des batteries de secours qui permettront à de nombreux Ukrainiens de survivre dans cette période difficile. Près de 80 000 personnes ont participé à la collecte lancée par l’organisation Dárek pro Putina (Un cadeau pour Poutine). Cette vague de solidarité survient après que le gouvernement d’Andrej Babiš a annoncé qu’il ne donnerait plus une seule couronne à l’Ukraine pour l’aide militaire. »
S’agissant de l’aide à l’Ukraine sur le plan humanitaire, ce sont en premier lieu les citoyens qui se chargent de cette tâche. Le magazine souligne que la société tchèque n’est certainement pas aussi anti-ukrainienne et aussi peu solidaire que le président de la Chambre des députés Tomio Okamura tente de le faire croire dans certains de ses messages sur les réseaux sociaux. « La meilleure réponse à cette affirmation est d’ailleurs le nombre croissant de donateurs qui participent à la collecte en question », conclut-il.
L’impact de la présence de loups sur la campagne tchèque
« En Tchéquie, les loups se reproduisent à nouveau depuis plus de dix ans et prospèrent ». C’est ce dont fait part un article publié sur le site Seznam Zpráy qui en donne quelques détails :
« Selon les estimations des experts, 250 à 400 individus parcourent la campagne tchèque et leur nombre total devrait continuer à augmenter. Une étude lancée en 2023 et effectuée par une équipe internationale d’experts dirigée par l’Université agricole se penche sur la manière dont le retour de ce grand prédateur modifie le paysage tchèque. Elle examine notamment l’impact des loups sur l’écosystème de la Šumava et de la Forêt bavaroise et cherche à déterminer si leur présence dans notre nature aura un impact similaire à celui observé en Amérique du Nord. Les conclusions du projet seront publiées à la fin de cette année. En attendant, une conclusion partielle surprenante est déjà apparue. C’est que le loup inclut souvent les castors dans son régime alimentaire, des animaux en surpeuplement depuis leur retour dans les eaux douces de Tchéquie. »
Le retour du loup suscite souvent des inquiétudes et le mécontentement chez les agriculteurs en raison des attaques contre les moutons ou les chèvres. L’analyse à laquelle Seznam Zprávy se réfère révèle pourtant que ces animaux ne représentent que 2 % du régime alimentaire des loups. L'année dernière, plus de 600 moutons, ainsi que 150 vaches, principalement des veaux, ont été tués par des loups, des dizaines d’autres ayant été blessés. « Selon l’Agence pour la protection de la nature et de l’environnement, la population de loups augmente rapidement, mais les dommages causés au bétail n’augmentent pas au même rythme », indique encore le site.