Ivana Jirovec : « En dix jours, une vie peut basculer pour toujours »

Ivana Jírovec

Originaires de Poděbrady, les sœurs Ivana et Dana Jirovec (Jírovcovy en tchèque) sont parties, en août 1968, pour un simple voyage de vacances en auto-stop à travers la Suisse, en direction de la Scandinavie. Ce qui devait être une aventure est devenu un tournant. Après l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie, leur voyage se transforme en exil. Elles s’installent finalement en France et doivent réinventer leur vie. Ivana entreprend des études théâtrales, obtient un poste à Radio France Internationale et, mère célibataire, élève sa fille, avec le soutien de sa sœur Dana.

Extraits de cet entretien disponible en audio ci-dessus :

Ivana Jírovec | Photo: Archives d’Ivana Jírovec

« En septembre 1968, nous avons quitté la Scandinavie pour aller en France. A Paris, nous avons retrouvé des amis tchèques. Nous logions dans un studio d’un immeuble voué à la démolition. Notre studio était le seul qui avait de l’eau courante et pour tout l’immeuble, il y avait deux doubles WC turcs dans la cour. C’étaient des conditions de vie inimaginables à l’époque à Prague ! En France, on avait la liberté de mouvement et d’expression, mais nous avons réalisé que dans un pays communiste pouvaient exister des conditions de vie matérielles bien meilleures que dans un pays capitaliste. »

Ivana Jírovec | Photo: Archives d’Ivana Jírovec

« Nous avons rejoint les étudiants tchécoslovaques à l’Université de Nanterre. Notre objectif était de s’inscrire à un cours audiovisuel. À l’époque, tout un groupe d’artistes tchèques y apprenait le français. Il y avait parmi eux Jiří Sopko, Jiří Načeradský et Rudolf Němec. Ma sœur et moi, nous avons pensé à l’époque retourner en Tchécoslovaquie après la fin de l’année scolaire… »

« La citoyenneté tchécoslovaque m’a été restituée en 1978. (…) Lorsque je pouvais à nouveau me rendre au pays, j’ai été surprise de reconnaître certains lieux d’après leurs parfums, par exemple la Maison de la mode située sur la place Venceslas à Prague, ou encore les librairies : les livres en Tchéquie n’ont pas le même parfum qu’en France… En me promenant un dimanche à Poděbrady, j’ai senti tout à coup l’odeur d’une salade de concombres et d’une escalope panée. Cela m’a touché. »

Dana et Ivana Jírovec | Photo: Archives d’Ivana Jírovec
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