Presse : la crise d’adolescence de la Bibliothèque Václav Havel
Cette nouvelle revue de presse s’intéresse d’abord à la crise que traverse la Bibliothèque Václav Havel, fondée il y a vingt ans à Prague, avant de se pencher sur un avertissement en lien avec la commémoration du massacre de Lidice en juin 1942. Il y sera également question de règles strictes pour les jeunes âgés de moins de 18 ans concernant la consommation de bière et de la controverse autour du boycott de l’équipe de Russie de hockey sur glace.
La Bibliothèque Václav Havel traverse une grave crise. Le journal en ligne Echo24.cz explique pourquoi :
« Tout a commencé par des conflits croissants entre les employés et le directeur Tomáš Sedláček, qui ont finalement abouti au retrait de l’ensemble de l’équipe et des principaux sponsors, Zdeněk Bakala et Karel Komárek, à la dissolution des conseil de surveillance et d’administration, puis au départ de la cofondatrice de la Bibliothèque, Dagmar Havlová. La conséquence de tout cela est la menace de disparition qui pèse désormais sur une institution qui, depuis plus de vingt ans, veille à l’héritage laissé par Václav Havel, figure phare de la dissidence sous le régime communiste, ancien dramaturge et président tchèque. »
Lidovky.cz rappelle que la Bibliothèque Václav Havel, « qui est bien plus qu’un symbole ou une simple institution », a été fondée par trois personnalités : l’ancien chef de la diplomatie Karel Schwarzenberg, le sociologue Miloslav Petrusek et Dagmar Havlová, sa deuxième épouse. Le journal en ligne prévient ses lecteurs :
« Parmi ses fondateurs, seule Dagmar Havlová est encore en vie. Or, elle a annoncé son départ, ce qui signifie que la Bibliothèque, ne serait-ce que sous son nom actuel, touche véritablement à sa fin. Les événements survenus ces derniers temps montrent que cette institution ne dispose plus de personnalités pouvant tirer la sonnette d’alarme de manière à trouver de nouveaux sponsors. Certes, la société tchèque continuera de vivre sans la Bibliothèque Václav Havel ou, plutôt, avec une bibliothèque qui adoptera un autre nom. Mais beaucoup penseront que les Tchèques sont incapables de préserver l’héritage institutionnel de la personnalité la plus marquante qu’ils ont possédée au cours des cinquante dernières années. »
« Cela peut sembler symbolique. Alors que nous n’avons sans doute jamais été aussi éloignés des idées de Václav Havel qu’aujourd’hui, c’est précisément l’institution chargée d’entretenir ces idées dans la conscience collective qui disparaît », regrette pour sa part Respekt. L’hebdomadaire libéral ajoute :
« Créer et faire vivre une institution destinée à entretenir le legs d’un homme de l’envergure de Václav Havel est une tâche extrêmement difficile. C’était une évidence il y a déjà vingt ans, lors de la création de la Bibliothèque. Différents remaniements de personnel et les débats sur son mode de fonctionnement durent aujourd’hui encore. Finalement, c’est peut-être même un miracle qu’elle soit restée en activité si longtemps. »
84 ans après, l’avertissement de Lidice reste de grande actualité
« Le 10 juin 1942, les nazis ont rasé Lidice, commune située en Bohême centrale. Ils ont abattu les hommes et déporté femmes ainsi qu’une grande partie des enfants vers des camps de concentration et d’extermination. Le village devait disparaître non seulement de la carte du monde, mais aussi de la mémoire. »
Autant de faits bien connus qui se répètent année après année et dont l’évocation du souvenir, comme le souligne le journal en ligne Forum24.cz, reste toujours aussi actuelle :
« Lidice n’est pas seulement un événement historique. C’est devenu un symbole qui montre jusqu’où peut aller un régime qui cesse de respecter la valeur de la vie humaine et juge les hommes non pas en fonction de leurs actes, mais de leur appartenance à un groupe, à un peuple ou au lieu où ils vivent. C’est peut-être là le message le plus important de Lidice. Ses habitants n’ont pas été punis pour quelque chose qu’ils auraient eux-mêmes commis. Ils ont été victimes de la culpabilité collective. »
Aujourd’hui, nous considérons souvent que ces événements sont de l’histoire ancienne et qu’ils ne peuvent plus se reproduire à l’époque moderne. Or, comme l’observe la chroniqueuse du site, l’histoire nous enseigne que l’humanité n’est pas immunisée contre de telles tragédies :
« Le souvenir de Lidice est un rappel glaçant que le mal ne commence jamais seulement avec des tirs ou des bombardements. Il s’exprime bien avant cela, quand la société s’habitue au langage de la haine, à la relativisation des agressions et à l’idée que certains hommes ou certains peuples sont moins importants que d’autres. C’est précisément pour cette raison que Lidice n’appartient pas au passé. C’est un avertissement permanent. Et malheureusement, même en 2026, cet avertissement reste terriblement d’actualité. »
La bière interdite aux moins de 18 ans, un rempart contre l’alcoolisme ?
Beaucoup de Tchèques aiment à se présenter comme un peuple de buveurs de bière. Pourtant, comme l’indique un chroniqueur du site Info.cz, les règles en matière de consommation y sont plus strictes qu’en Allemagne et en Autriche voisines ou en Belgique. « Alors que dans ces pays, on peut boire de la bière dès l’âge de 16 ans, nous, Tchèques, continuons de croire que l’âge de 18 ans constitue un rempart contre l’alcoolisme », écrit-il avant de se poser la question de savoir si cette restriction d’âge est bien un outil efficace contre l’alcoolisme, les Tchèques comptant depuis longtemps parmi les plus grands consommateurs d’alcool en Europe.
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« Selon de nombreuses comparaisons internationales, nous buvons plus que dans la plupart des pays où la consommation de bière et de vin est autorisée dès l’âge de 16 ans. Des pays comme l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, la Belgique, le Danemark ou le Luxembourg considèrent qu’une interdiction jusqu’à1’âge de 18 ans n’est pas nécessairement synonyme de moindre consommation d’alcool ensuite. Lorsque la consommation de bière cesse d’être un acte symbolique de rébellion et commence à faire partie de la vie ordinaire, une partie de ce qui fait son intérêt aux yeux des jeunes disparaît. Par ailleurs, la consommation d’alcool chez les jeunes Européens tend à baisser depuis déjà un certain temps. »
Habituellement, les experts tchèques refusent tout débat à ce sujet. Même parmi les brasseurs, comme le souligne encore l’auteur, une modification de la réglementation ne suscite guère d’enthousiasme. En effet, eux-mêmes présentent la bière, y compris dans sa version sans alcool, exclusivement comme une boisson pour des consommateurs adultes.
« On peut néanmoins se demander si cette limite tchèque de 18 ans n’est pas davantage une coutume culturelle qu’un outil déterminant réellement la quantité d’alcool consommée dans le pays. On se dispute pout un chiffre, alors que le véritable problème se trouve ailleurs », conclut-il.
Le boycott de l’équipe nationale russe de hockey sur glace menacé
Diverses personnalités influentes du monde du hockey sur glace intensifient la pression pour que cesse le boycott de l’équipe nationale russe sur la scène internationale, interdite de participation à toute compétition depuis le début de la guerre en Ukraine. C’est du moins le constat que dresse l’hebdomaire Respekt, précise également :
« Depuis le début de l’agression à grande échelle en Ukraine, plusieurs nations traditionnelles du jeu, notamment la Suède, la Finlande et la Tchéquie, s’opposent à la présence de la sélection russe dans les stades en Europe. La fédération tchèque de hockey défend l’idée que tant que la Russie mènera une guerre en Ukraine, où elle tue également des joueurs de hockey et détruit des patinoires, elle ne peut pas revenir sur la scène internationale. La Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) partage ce point de vue tout en invoquant officiellement davantage des raisons de sécurité. »
D’un autre côté, comme l’indique encore le magazine, la Russie compte de fervents défenseurs outre-Atlantique, au sein notamment de la Ligue nationale de hockey, la prestigieuse NHL, qui raisonne en termes de commerce et où évoluent d’ailleurs toujours une soixantaine de joueurs russes :
« Ses dirigeants cherchent désormais un moyen pour que ceux-ci puissent également porter à nouveau le maillot de la Russie. Une telle occasion se présentera avec le tournoi qui sera organisé en février 2027 par la NHL et auquel participeront les États-Unis, le Canada, la Suède, la Finlande et une sélection mondiale dans laquelle joueurs russes et tchèques, entre autres, évolueraient ensemble. Mais si le hockey tchèque ne veut pas sombrer dans le cynisme et abandonner ses principes, il doit conserver sa position actuelle et les joueurs tchèques doivent refuser de participer à la formation d’une équipe avec les stars russes, que la propagande russe voudra exploiter à ses fins. »
Respekt ajoute que la participation de la Russie à la Coupe du monde 2028, qui, contrairement au championnat du monde, est organisée par la LNH et se déroulera en partie à Prague, constitue un enjeu plus important encore. « Des cris en faveur de la Russie ou de Poutine pourraient alors être scandés et se propager dans le monde entier, et ce, y compris donc depuis la capitale tchèque », prévient l’hebdomadaire.

