Malgré une confiance en baisse, les Tchèques restent attachés à leurs médias de référence

Les Tchèques se méfient de plus en plus des médias, selon les chiffres du Digital News Report 2026 établi par le Reuters Institute de l’université d’Oxford. Avec seulement 31 % des personnes interrogées déclarant faire confiance aux informations « en général », la Tchéquie enregistre son niveau le plus bas depuis le lancement de cette enquête il y a onze ans, et se situe sous la moyenne mondiale de 37 %. Mais un paradoxe subsiste pourtant.

Cette baisse ne signifie en effet pas que les Tchèques tournent le dos au journalisme en tant que tel. L’étude révèle donc un paradoxe : interrogés non plus sur les médias en général mais sur les titres qu’ils consultent eux-mêmes, 53 % des personnes interrogées déclarent leur faire confiance.

Cette différence n’a rien d’anodin. Pour la sociologue Marína Urbániková, répondre positivement à la première question reviendrait presque à signer « un chèque en blanc » à l’ensemble du paysage médiatique. « Il n’est pas contradictoire d’être sceptique à l’égard des informations en général tout en faisant confiance à certains médias bien établis. Une telle distinction est même souhaitable dans l’environnement informationnel actuel », souligne-t-elle pour le site Seznam Zprávy.

Photo: Khalil Baalbaki,  ČRo

En réalité, les grands médias tchèques continuent de bénéficier d’une crédibilité solide. Les médias du service public, soit la Télévision et la Radio tchèques, ainsi que plusieurs médias privés d’envergure nationale, restent des sources d’information jugées fiables par une majorité de leur audience.

Cette confiance est toutefois mise à rude épreuve ces derniers temps dans un contexte de polarisation de la société. Depuis plusieurs années, les médias dits « traditionnels » sont régulièrement pris pour cible par les mouvements populistes et antisystème, qui les accusent de partialité ou de défendre les intérêts des élites ou de cercles supposément déconnectés de la réalité. Les récents débats autour du financement et de l’indépendance de la Télévision tchèque et de la Radio tchèque, au cœur des ambitions de réforme structurelle voulue par la coalition gouvernementale au pouvoir, ont également contribué à placer les médias du service public au cœur des affrontements politiques.

La transformation profonde des habitudes de consommation et de recherche de l’information joue également un rôle primordial. Les réseaux sociaux et les plateformes vidéo occupent une place croissante, notamment auprès des jeunes générations, ce qui tend à brouiller la frontière entre information, opinion et désinformation.

Photo illustrative: StockSnap,  Pixabay,  Pixabay License

Au-delà des jeunes, l’existence d’une bulle médiatique parallèle, souvent alimentée par les fake news et totalement imperméable aux principes qui régissent le journalisme, est également un phénomène prégnant, bien que parfois invisible à ceux qui ne le recherchent pas. Le fait que certains politique soient directement issus de ces cercles ou ne rechignent pas à intervenir sur ces médias contribue à légitimer leur existence. Selon le spécialiste des médias Václav Štětka, également interrogé par le site Seznam Zprávy, toute cette évolution explique en partie la baisse de la confiance générale observée non seulement en Tchéquie, mais dans une grande partie de l’Europe centrale et orientale.

Les chercheurs invitent cependant à ne pas tirer de conclusions hâtives. La défiance envers « les médias » ne signifie pas nécessairement un rejet du travail des journalistes. Au contraire, elle peut traduire une plus grande sélectivité du public, qui distingue les rédactions auxquelles il accorde sa confiance du flot continu de contenus diffusés sur Internet.

L’étude met aussi en lumière un autre défi : le modèle économique de la presse. Seuls 13 % des Tchèques déclarent payer pour consulter des informations en ligne, un taux très inférieur à celui des pays scandinaves, où le financement du journalisme par les lecteurs est beaucoup plus répandu et où les médias bénéficient d’un niveau de confiance sensiblement plus élevé.

A l’approche des élections municipales et sénatoriales partielles des 9 et 10 octobre prochains, cette question de la confiance revêt donc une importance accrue, dans un contexte marqué par la multiplication des campagnes de désinformation et la polarisation du débat public.

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