Financement de l’audiovisuel public : l’adoption de la réforme est lancée, la colère gronde parmi ses opposants

Comme ailleurs en Europe, le week-end écoulé a été agité en République tchèque aussi. Suite à l’adoption en première lecture, et dans la précipitation, samedi matin, du projet d’amendement à la loi sur le financement de l’audiovisuel public, qui prévoit notamment la suppression de la redevance, par les députés de la coalition gouvernementale dirigée par Andrej Babiš, une importante vague de contestation a aussitôt vu le jour. Celle-ci a abouti, dimanche après-midi, au rassemblement de plusieurs dizaines de milliers de personnes dans le centre de Prague.  

Photo: Richard Mundl,  ČTK

C’est à 4h36 samedi matin, après une nuit de débats houleux dans l’hémicycle et alors qu’une centaine de personnes continuaient à exprimer leur mécontement devant le bâtiment qui abrite la Chambre des députés, que la coalition gouvernementale, composée du mouvement populiste ANO, du parti d’extrême droite SPD et des Automobilistes eurosceptiques, a fait passer en première lecture son projet de loi visant à supprimer la redevance audiovisuelle qui finance la Télévision tchèque et la Radio tchèque (ČT et ČRo). Si l’examen d’un texte qui doit aboutir à une réforme du mode de financement des médias de service public – et dont les détracteurs estiment que l’adoption menacerait leur indépendance - était attendu depuis déjà de long mois, son inscription en priorité à l’ordre du jour de l’assemblée, vendredi dernier, a surpris tant les partis de l’opposition que l’ensemble des observateurs de la scène politique et une grande partie de l’opinion publique.

Photo: Michal Růžička,  MFDNES + LN / Profimedia

C’est la raison pour laquelle, après une première manifestation dès samedi après-midi à Brno, deuxième plus grande ville du pays, plusieurs dizaines de milliers de personnes, à l’appel une nouvelle fois de l’organisation « Un million de moments pour la démocratie », se sont rassemblées sur la place de la Vieille-Ville à Prague. À la fois pour exiger d’Andrej Babiš et de son cabinet le retrait du projet de loi, mais aussi pour faire savoir à pleine voix leur ras-le-bol de leur manière d’exercer le pouvoir, depuis leur nomination en fin d’année dernière.

Ce lundi matin, toutefois, avant de s’envoler pour une visite de travail de deux jours en Algérie, notamment pour négocier des futures livraisons de gaz, Andrej Babiš a fait savoir qu’il n’avait nullement l’intention de faire machine arrière. Malgré les critiques, qui lui reprochent de vouloir, à travers le placement soudain au centre de l’attention de ce projet fortement controversé, faire oublier les mauvais résultats obtenus par son mouvement ANO lors des récentes élections municipales et sénatoriales, le Premier ministre est resté droit dans ses bottes. Tout en déclarant qu’il respectait le droit du public ainsi que des employés des deux médias à manifester et à exprimer leur mécontentement, il a répété que la supression de la redevance faisait partie des promesses faites par le gouvernement à ses électeurs.

Andrej Babiš | Photo: Ladislav Křivan,  MFDNES + LN/Profimedia

Sans préciser ses sources, Andrej Babiš a également affirmé qu’il disposait d’informations selon lesquelles les organisateurs de la manifestation de dimanche et les partis de l’opposition avaient l’intention d’« exploiter » la prochaine commémoration des événements du 17 novembre, date qui marque le début, en 1989, de la chute du régime communiste dans l’ancienne Tchécoslovaquie.

Alors que les employés de ČT et ČRo prévoient un mouvement de grève de 24 heures pour le 3 novembre, un autre grand rassemblement de contestation, toujours à l’appel d’« Un million de moments pour la démocratie », se tiendra à Prague, cette fois sur l’esplanade de Letná – lieu des plus grandes manifestations en République tchèque depuis la révolution de Velours -, le 15 novembre. Par ailleurs, ce lundi, le directeur général de ČRo, René Zavoral, a appelé Andrej Babiš à participer à un débat public au cours duquel il pourrait expliquer les arguments de son cabinet en faveur d’une réforme du mode de financement des médias de service public.

Photo: Vít Havlík,  ČRo

Avant cela, et alors que la commission parlementaire en charge des médias dispose désormais de soixante jours pour examiner le projet de loi avant d’être de nouveau débattu par les députés, le Premier ministre a indiqué, toujours ce lundi, que le texte ferait probablement l’objet de certaines modifications lors de son passage en deuxième lecture à la Chambre basse.

Plus concrètement, Andrej Babiš a évoqué l’idée du maintien d’une redevance dont le règlement deviendrait facultatif et ne reposerait plus que sur une base volontaire. Autrement dit, seuls les Tchèques qui le souhaitent pourraient s’acquitter de cette contribution à l’audiovisuel public. Une proposition et une perspective qui risquent pour le chef du gouvernement de ne pas être suffisantes pour apaiser la situation, alors que les directions et les employés de ČT et ČRo redoutent une importante réduction des moyens financiers dont ils disposeront en cas d’adoption – très probable compte tenu de la majorité dont dispose la coalition gouvernement à la Chambre des députés - de la loi.