Georges Kars, le peintre de Bohême oublié que Paris redécouvre au Musée d’art et d’histoire du judaïsme
Né dans une famille juive en Bohême, formé à Munich et installé à Paris, Georges Kars a traversé les grands courants artistiques du début du XXe siècle. Proche de Suzanne Valadon, de Jules Pascin et de nombreux artistes de l’avant-garde, ce peintre remarquable reste très méconnu. Du 15 octobre 2026 au 14 mars 2027, le Musée d’art et d’histoire du judaïsme (MAHJ) lui consacre une grande rétrospective, organisée en collaboration avec la Galerie nationale de Prague. Plus de 150 œuvres et documents retracent son parcours européen, marqué par les échanges artistiques entre Prague et Paris, mais aussi par les exils imposés par les bouleversements du XXe siècle et les persécutions nazies. Pascale Samuel, commissaire de l’exposition avec Anna Pravdová, revient sur le parcours de cet artiste né Jiří Karpeles en 1880 à Kralupy nad Vltavou et mort en février 1945 à Genève.
Pascale Samuel : « "Georges Kars, un Bohémien à Paris" est le titre de notre expoisition. Georges Kars est un bon exemple de ces artistes qui ont participé à l’effervescence de l’École de Paris. Au tournant du XXe siècle, des artistes venus des quatre coins du monde se sont installés dans la capitale française. Leur présence a créé une émulation exceptionnelle. »
Paris a donc joué un rôle déterminant dans leur formation ?
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« Je parlerais plutôt d’un terreau. Ces artistes avaient souvent déjà été formés dans leur pays d’origine ou, comme Kars, à Munich. Mais Paris était un lieu stimulant, où ils pouvaient se rencontrer et explorer de nouvelles voies artistiques, du cubisme au fauvisme.
« Georges Kars, venu de Bohême, y trouve une stimulation intellectuelle. Il s’intéresse aux recherches des cubistes, à la redécouverte de Cézanne et au travail de Picasso, tout en cherchant progressivement sa propre voie et son propre langage plastique. »
L’exposition suit-elle un parcours chronologique ?
« Oui. Cela permet de montrer l’évolution de son travail, mais aussi la dimension européenne de son existence. Kars est né près de Prague, a étudié à Munich, puis voyagé en Espagne et au Portugal avant de s’installer à Paris. Il a notamment acheté une petite maison à Tossa de Mar, en Catalogne, dans les années 1930.
« Ses déplacements racontent aussi comment la grande histoire vient bouleverser la vie d’un homme et le contraint à des exils successifs. Son parcours artistique ne peut pas être séparé de ces ruptures. »
Des amitiés au cœur de la vie artistique parisienne
Quelles rencontres ont compté dans la vie de Georges Kars ?
« À Prague, il était notamment proche de Max Brod. À Paris, il a noué des liens avec Suzanne Valadon et, à la fin de sa vie, avec Chana Orloff. Il était pleinement intégré au milieu artistique parisien. »
Pourquoi était-il important de mettre ces relations en évidence dans l’exposition ?
« Lorsqu’on s’intéresse à un artiste aujourd’hui peu connu et dont les archives personnelles sont rares, il est important de montrer qu’il n’était pas isolé. Ses amitiés étaient durables et fécondes sur le plan artistique.
« C’est le cas de Jules Pascin, qu’il rencontre pendant sa formation à Munich. Ils se retrouvent ensuite à Paris, notamment dans les années 1910 puis dans les années 1920, et partagent même un atelier pendant un temps. Ce sont des relations qui se construisent sur la durée, avec des échanges intellectuels et une véritable influence réciproque. »
Une coopération franco-tchèque
L’exposition a été préparée avec Anna Pravdová et la Galerie nationale de Prague. Quelle a été l’importance de cette collaboration ?
« Nous avons réuni environ 150 œuvres. La moitié provient de musées tchèques, l’autre moitié de collections françaises, notamment de musées parisiens et d’institutions en région.
« Cette exposition n’aurait pas pu voir le jour sans la collaboration de la Galerie nationale de Prague et sans le travail d’Anna Pravdová, qui étudie depuis plus de vingt ans la présence des artistes tchèques à Paris et la richesse de cette scène artistique. »
Cette rétrospective permet-elle aussi de rappeler les liens entre la France et la Tchécoslovaquie ?
« Je pense que les Français connaissent assez mal la force des liens qui unissaient la France et la Tchécoslovaquie, notamment la francophilie des milieux intellectuels et la fréquence des échanges artistiques. Georges Kars en est une très belle illustration.
« À la fin de l’exposition, nous présentons un album intitulé Hommage à la Tchécoslovaquie. Il témoigne de la mobilisation des artistes installés à Paris après la signature des accords de Munich, en 1938, pour défendre la Tchécoslovaquie et soutenir les artistes tchèques réfugiés en France.
« On y retrouve notamment Chagall, Picasso et Zadkine, mais aussi des artistes tchèques actifs à Paris, comme Alfred Kubin ou Fédor Löwenstein. »





