Les coalitions en Europe centrale et « l’avenir de l’UE », selon Andrej Babiš

Janez Janša, Andrej Plenković, Andrej Babiš et Péter Magyar au Forum stratégique de Bled

Au Forum stratégique de Bled, en Slovénie, lundi 31 août, Andrej Babiš a appelé à la formation de coalitions de pays membres de l’Union européenne afin de mieux défendre, à l’échelle des Vingt-Sept, les intérêts de l’Europe centrale en matière de compétitivité et de fonds de cohésion dans le cadre des négociations à venir sur le prochain budget de l’UE. L’occasion aussi, pour le Premier ministre tchèque, de souligner l’importance de la coopération dans le cadre d’un groupe de Visegrád qu’il aimerait voir renaître de ses cendres.

« Aujourd’hui, le plus important pour nous est de former des coalitions », a déclaré Andrej Babiš lors du Forum stratégique de Bled, une conférence internationale sur la politique étrangère et la sécurité qui, depuis son lancement dans la belle station alpine slovène en 2006, rassemble, chaque fin de mois d’août, différents chefs d’État et de gouvernement, et dont la 21e édition, cette année, avait pour thème « Le pouvoir de façonner l’avenir ».

Le Premier ministre tchèque s’est entretenu avec ses homologues slovène, croate et hongrois, Janez Janša, Andrej Plenković et Péter Magyar, avec lesquels il a, donc, notamment évoqué l’idée de coalitions des « amis de la compétitivité » et de la « cohésion » qui, selon lui, devraient participer activement, et ensemble, aux négociations sur le budget pluriannuel de l’UE pour la période 2028-2034.

Andrej Babiš au Forum stratégique de Bled | Photo: Antonio Bat,  EPA/Profimedia

Une perspective qui inquiète particulièrement Andrej Babiš depuis quelque temps déjà, comme il l’a bien fait savoir au président du Conseil européen lors de son passage à Prague la semaine dernière. Un António Costa qu’il s’est efforcé de convaincre que le prochain cadre financier de l’UE, dans lequel une enveloppe moins conséquente que jusqu’à présent pourrait être allouée - entre autres - à la République tchèque, ne devait « pas nuire à la situation des économies les plus faibles et des pays industrialisés ». « Nous devons leur expliquer (aux institutions de l’UE) qu’il est inacceptable à nos yeux que les États membres reçoivent moins d’argent », a-t-il ainsi encore martelé, lundi.

Dans ce contexte, lors de la conférence de presse de clôture de la journée, le chef du gouvernement tchèque a exprimé sa crainte que les entreprises des plus petits États membres rencontrent davantage de difficultés à remporter les marchés financés par « le budget central » de l’UE. Selon lui, il est donc essentiel que le budget alloué aux États membres ne diminue pas.

Parmi les différentes coalitions envisageables, le groupe de Visegrád, qui réunit la République tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie, apparaît, toujours selon Andrej Babiš, comme « l’avenir de l’Europe ». Après quelques années de « déclin », en raison notamment de positions très diverses de ses différents membres vis-à-vis de l’Ukraine et de la Russie, cette organisation intergouvernementale aussi parfois appelée V4 est revenue sur le devant de la scène suite à la victoire du parti de Péter Magyar et à la chute de Viktor Orban aux élections législatives en Hongrie en avril dernier. Cet « avenir de l’Europe » dépendra toutefois aussi beaucoup de l’issue des diverses élections qui se tiendront en Pologne, en France, en Espagne et en Italie en 2027, et plus encore peut-être des élections européennes prévues en 2029.

Comme souvent depuis son retour aux affaires en fin d’année dernière, le Premier ministre tchèque a également de nouveau critiqué le Pacte vert pour l’Europe, un plan d’action dont il estime qu’il « détruit l’industrie [européenne] ». « Depuis sa mise en œuvre, l’industrie tchèque a perdu 6,5 milliards d’euros. Il augmente le coût de la vie pour tous les citoyens européens, et c’est pourquoi nous devons nous battre ensemble pour changer cette stratégie énergétique », a-t-il expliqué, et ce, alors même qu’il avait lui-même, en tant que Premier ministre à l’époque, soutenu les engagements découlant de ce Green Deal en 2019.

Enfin, une dernière pique a été lancée au sujet de l’attitude européenne face au conflit en Ukraine. Sur ce point, Andrej Babiš a regretté que l’UE ne soit « même pas capable » de se mettre d’accord sur la question de savoir si elle doit « s’efforcer de mettre fin à la guerre ou non », et qu’il soit trop peu question de paix. N’oubliant pas ses intérêts personnels d’homme d’affaires, le Premier ministre tchèque a fait remarquer qu’une « situation catastrophique » régnait dans le secteur de la production d’engrais, qui sont fabriqués à partir de gaz naturel, dont les prix ont flambé au fil des combats. Fondée par Andrej Babiš, la société Agrofert, qui a contribué à faire sa fortune, figure parmi les plus grands producteurs d’engrais en Europe centrale.