Les jeunes Tchèques font de moins en moins l’amour

Un nombre croissant de jeunes Tchèques âgés de 18 à 25 ans n’ont jamais eu de relations sexuelles : selon une récente enquête de l’Institut national tchèque de santé mentale, cette « sex recession » concernerait près de 55 % des hommes et environ 30 % des femmes. Quels sont les facteurs qui expliquent cette tendance ?

Le fait que les hommes commencent leur vie sexuelle plus tardivement que les femmes n’est pas un phénomène nouveau, mais le faible niveau d’activité sexuelle chez les jeunes continue de surprendre les chercheurs, d’autant plus que les relations sexuelles occasionnelles ne sont plus stigmatisées socialement comme elles l’étaient autrefois.

Un repli dans le monde virtuel

Avant tout relation sexuelle, il faut une rencontre : or, en Tchéquie comme ailleurs, ces rencontres se sont déplacées ces dernières années vers le monde virtuel des applications de type Tinder ou autre, censées faciliter la première approche. 20,7 % des jeunes Tchèques se rencontrent effectivement en ligne, contre 13,4 % pour l’ensemble des âges – mais sans que cela se traduise par une augmentation des relations sexuelles. Par ailleurs, le nombre de rencontres dans des lieux traditionnels tels que les bars ou les fêtes est étonnamment faible : seulement 11,2 % des 18-25 ans, le taux le plus bas de toutes les tranches d’âge. Le déclin de l’activité sexuelle précoce pourrait donc refléter un changement plus général dans le mode de vie et un choix de se concentrer moins sur les relations intimes.

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Cette tendance à entamer sa vie sexuelle beaucoup plus tardivement n’est d’ailleurs pas spécifique à la Tchéquie. Une étude américaine réalisée par l’Institute for Family Studies arrive à des conclusions similaires. Selon elle, la proportion de personnes âgées de 18 à 29 ans n’ayant jamais eu de relations sexuelles a doublé entre 2010 et 2024, passant de 12 % à près d’un quart. En France, un sondage Ifop de 2004 montrait que si en 2006, 87 % des Français déclaraient avoir au moins un rapport au cours des douze derniers mois, ils n’étaient aujourd’hui plus que 76 %, soit « un recul sans précédent ». Les écarts s’avéraient encore plus importants chez les jeunes âgés de 18 à 24 ans. Parmi ceux qui ont déjà eu un rapport sexuel, 28 % d’entre eux affirmaient ne pas avoir eu de rapport depuis un an contre seulement 5 % en 2006.

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Outre la façon de se rencontrer qui impacte l’existence ou non d’une sexualité, la concurrence des activités numériques façonne également la façon dont les gens perçoivent l’intimité. Le « temps sexuel » se trouve ainsi concurrencé par celui passé sur les écrans. Quand il n’est pas carrément remplacé par un « temps sexuel » essentiellement virtuel : les hommes sont en effet nettement plus enclins à regarder du porno, 89,5 % d’entre eux l’ayant déjà fait, contre seulement 67,6 % des femmes. Cependant, les taux de consommation de porno les plus élevés se trouvent chez les adultes d’âge moyen et non chez les plus jeunes.

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Les experts de l’Institut de sexologie de l’Hôpital universitaire général de Prague ont souligné que de nouveaux outils technologiques apparaissent constamment, notamment des applications érotiques basées sur l’IA, de plus en plus utilisées par les jeunes générations. Avec l’apparition de ces nouvelles formes de « satisfaction virtuelle », certains jeunes expriment leur inquiétude et leur anxiété à l’idée d’avoir des relations sexuelles réelles en-dehors du monde virtuel.

Un autre facteur contribuant à la baisse de l’activité sexuelle à un âge plus jeune pourrait être l’omniprésence des nouvelles technologies et des réseaux sociaux pendant l’enfance et l’adolescence. La nature isolante de l’utilisation des réseaux sociaux, intensifiée par la pandémie de Covid-19, a encore limité les possibilités de développer les compétences sociales indispensables pour rencontrer des partenaires potentiels. Les différents confinements ont en effet freiné les interactions sociales et donc, logiquement, les premières expériences sexuelles, poussant les jeunes à se recentrer sur eux-mêmes.

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Enfin, autre facteur à ne pas négliger : le mouvement #MeToo qui, s’il s’est apparenté à une libération de la parole chez les femmes, peut conduire certaines jeunes femmes à reconsidérer leur rapport à la sexualité ou à être plus réticentes en raison de l’expérience des agressions sexuelles. Quant aux jeunes hommes, certains ont pu développer une crainte d’être mal perçus voire une aversion vis-à-vis des femmes : le phénomène préoccupant des « incels », ces hommes, souvent jeunes, qui estiment que la société leur refuse l’amour et l’intimité, est identifié par le ministère tchèque de l’Intérieur qui perçoit l’existence de ces idéologies misogynes et haineuse dans le monde virtuel tchèque également.

Une natalité en berne

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Si l’on ne peut corréler absolument les deux phénomènes, et qu’il convient de relativiser le lien entre sexualité et procréation, il n’est pas inutile de replacer ce constat sur la sexualité des jeunes Tchèques dans le contexte d’une baisse du taux de natalité et du vieillisement de la population. « La République tchèque est confrontée à un taux de natalité historiquement bas et aucun changement de donne n’est prévu à long terme », déclarait récemment une démographe à la Radio tchèque, citant les chiffes de l’Office tchèque des statistiques : en 2024, 84 300 enfants sont nés en Tchéquie, soit une baisse significative pour la troisième année consécutive. La baisse de la natalité, c’est-à-dire du nombre d’enfants nés dans une population donnée, s’accompagne également d’une baisse de la fécondité, qui désigne le nombre moyen d’enfants par femme pendant sa période de reproduction. Entre 2022 et 2023, le nombre moyen d’enfants par femme est passé de 1,64 à 1,46. Ce chiffre a ensuite continué à baisser pour atteindre 1,37 en 2024.

Auteur: Anna Kubišta | Source: Národní ústav duševního zdraví
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