Magdalena Platzová : « Après 17 ans à l’étranger, revenir en Tchéquie n’est pas un retour »
Invitée du Mois de la lecture d’auteurs (Měsíc autorského čtení) à Brno, dont l’édition 2026 met à l’honneur la littérature groenlandaise, l’écrivaine tchèque Magdalena Platzová est venue lire des extraits de son dernier livre, Fáze jedné ženy. Installée en France depuis de nombreuses années après avoir vécu également à New York, elle s’apprête à déménager à Prague après dix-sept ans passés à l’étranger. À Brno, elle évoque ce déménagement, son regard sur le Groenland, mais aussi la redécouverte de Milan Kundera, qu’elle enseignera bientôt à l’université.
Vous connaissez bien le Mois de la lecture d’auteurs. Comment voyez-vous ce festival ?
« Je crois que c’est déjà la quatrième fois que je viens à Brno pour le festival. La première remonte à seize ans. J’ai donc pu voir le festival évoluer au fil du temps. Je trouve qu’il a toujours été d’un très bon niveau, et même qu’il continue à s’améliorer. Les organisateurs ont acquis une véritable expérience.
Ce qui est amusant, c’est qu’il conserve aussi un côté très spontané. On reçoit souvent les dernières informations au dernier moment, comme dans un jeu de piste. Il y a toujours une part d’improvisation. Et pourtant, à la fin, tout fonctionne. J’aime beaucoup cet esprit. Je pense qu’il y a quelque chose qui porte ce festival, peut-être la passion de ceux qui l’organisent. Car la logistique doit être considérable, entre les invités étrangers, le financement, toute l’organisation. Et puis l’accueil est toujours remarquable. »
Comment s’est passée votre lecture à Brno ?
« Très bien. Ici, il y a toujours du public. Les gens viennent vraiment pour écouter. C’est quelque chose de très précieux. On sent une véritable attention, un véritable échange. Cela m’émeut toujours un peu, parce qu’on rencontre des personnes très différentes de celles que l’on croise habituellement dans les milieux littéraires. »
Cette année, le festival met à l’honneur la littérature groenlandaise. Que représentait le Groenland pour vous avant de venir à Brno ?
« Je dois reconnaître que je me suis davantage intéressée au Groenland ces derniers mois à cause de Donald Trump que pour des raisons littéraires.
Bien sûr, c’est un territoire qui m’intrigue. J’aimerais y aller un jour. Mais je n’ai jamais éprouvé cette fascination que l’on rencontre chez beaucoup de personnes, en France comme en Tchéquie, pour le Groenland, l’Islande ou les régions arctiques.
Je suis curieuse d’en apprendre davantage. Hier, je n’ai pas pu assister aux lectures, mais je compte aller ce soir à celle de ma collègue groenlandaise. »
« J’ai découvert un Kundera que je ne connaissais pas »
Votre présence à Brno intervient juste avant votre retour définitif en Tchéquie après de longues années passées à l’étranger. Ce passage en Moravie joue-t-il le rôle d’une transition ?
« Ce n’était pas prévu ainsi. Lorsque les organisateurs m’ont invitée, je leur ai expliqué que je rentrais en Tchéquie en août et je leur ai proposé de reporter ma venue à l’année suivante. Mais ils ont insisté pour que je participe dès cette année.
Je dois avouer qu’un excellent vin morave dégusté hier soir a peut-être adouci l’idée du déménagement...
Plus sérieusement, c’est un changement immense. J’ai vécu dix-sept ans hors de Tchéquie, en France mais aussi auparavant à New York. C’est pratiquement une génération entière.
Et c’est pourquoi je ne parle pas vraiment de « retour ». Je déménage vers un autre endroit. Certes, c’est mon pays, mais je suis différente, et le pays a changé lui aussi. Ce n’est pas un retour au sens où on l’entend généralement. »
Nous sommes à Brno et vous parlez de ce retour ou non-retour, évoqué notamment dans L’Ignorance par Milan Kundera, natif de Brno. Vous allez bientôt enseigner à Prague et vous avez choisi de travailler sur La Plaisanterie de Milan Kundera. Pourquoi ce choix ?
« Lorsque je me suis installée à Lyon en 2012, Kundera était encore vivant. J’ai alors commencé à le lire davantage en français notamment à la sortie de La Fête de l’insignifiance.
J’avoue avec une certaine honte que je n’avais jamais lu La Plaisanterie auparavant. Je l’ai découverte récemment et cela a été une véritable révélation. Ce roman est rempli de passion pour le pays, pour la Moravie, pour la musique populaire, pour le destin tchèque. C'est extrêmement vivant. »
« Je me suis dit qu'en émigrant, Kundera avait dû sacrifier quelque chose de très profond.
Dans ses romans écrits plus tard, et même déjà dans L'Insoutenable légèreté de l'être, je sens davantage un jeu intellectuel. J'apprécie ces livres, mais ils ne me touchent pas émotionnellement.
En relisant La Plaisanterie, j'ai été frappée de trouver un écrivain beaucoup plus sérieux, beaucoup plus honnête dans son écriture. Cela m'a vraiment surprise. »








