« De plus en plus de milliardaires tchèques s’intéressent au foot et achètent des clubs »
Deux semaines avant la fin du mercato, on fait le point sur la situation dans le football tchèque avec Lazar van Parijs, co-fondateur de footballski.fr, qui revient d'abord sur l'arrivée officialisée mercredi d'un deuxième joueur tchèque à l'Olympique lyonnais, Adam Karabec, 22 ans, prêté par le Sparta Prague avec option d'achat.
« C’est une excellente nouvelle pour le joueur. On a pu voir que sa saison l’année dernière à Hambourg l’avait un peu libéré. C’était une opportunité pour lui de découvrir l’étranger. Et donc, cette nouvelle saison qui arrive à Lyon va lui permettre de continuer de grandir et de découvrir un nouveau championnat. C’est tout bénéfice pour lui. »
Brian Priske, l’entraîneur du Sparta, a regretté mercredi de « ne pas avoir tiré le maximum de ce joueur »...
« C’est un joueur avec un très grand potentiel. Je pense que tout le monde l’a vu. C’est un joueur qu’on appelle un "joueur YouTube", avec de très beaux highlights. Mais c’est aussi à lui maintenant de confirmer qu’il peut, sur la durée, réaliser de grandes performances, réaliser des matchs de 90 minutes et non pas de 60 minutes. »
Un joueur YouTube c’est un joueur qui flambe, qui fait du dribble, des actions dignes d’être sélectionnées dans des montages YouTube, c’est ça ?
« Exactement. C’est un joueur qui va avoir de très belles vidéos sur YouTube, qui va être esthétique, mais qui peut avoir tendance à avoir des petites lacunes tactiques ou physiques et ne pas forcément répondre présent sur 90 minutes. »
Vers une cellule tchéco-slovaque à l'OL ?
Adam Karabec rejoint donc Pavel Šulc, qui a signé il y a une dizaine de jours à l’Olympique lyonnais pour un transfert - avec les différents bonus - estimé à environ 10 millions d’euros. On parle aussi également de l’arrivée du gardien slovaque Dominik Greif. C'est important d’avoir une cellule linguistique et culturelle pour s’intégrer plus rapidement ?
« C’est sûr que c’est beaucoup plus facile pour eux, surtout pour Karabec, qui est encore jeune, avec Šulc, qui a 24 ans, qui a déjà connu l’Europe, et Greif, qui a déjà joué dans un autre championnat européen. Donc on a des joueurs qui vont avoir un peu d’expérience, pas forcément beaucoup, mais ils vont pouvoir se retrouver entre eux pour s’intégrer, continuer à vivre une vie à peu près normale. Et on a pu le voir, que ce soit en Angleterre, du côté de West Ham, qui avait plusieurs joueurs tchèques, ou du côté d’Hoffenheim, en Allemagne, où forcément avoir une communauté autour d’eux, ça aide à s’intégrer, à mieux se comprendre et à mieux répondre sur le terrain. »
Karabec est un numéro 10 ? On parle peut-être aussi d’autres postes potentiels, numéro 8 ou autres ?
« Il peut jouer plusieurs postes. C’est un numéro 10 qui peut jouer un petit peu sur l’aile ou un petit peu en numéro 8, de la même façon que Šulc est un numéro 10 qui va être en fait une espèce de '9 et demi'. »
Est-ce qu’on sait pourquoi Hambourg a finalement refusé de lever l’option d’achat pour Adam Karabec ?
« L’option d’achat était assez élevée, à plus de 5 millions d’euros. Et quand ils ont essayé de la négocier au début, le Sparta n’était pas vraiment en faveur. Et quand le Sparta a finalement décidé de négocier cette option d’achat, c’était trop tard pour Hambourg qui était déjà parti sur un autre joueur. »
Les droits télévisuels ont explosé et ont été signés sur cinq ans
Que penser du mercato cet été pour le football tchèque, avec des départs très remarqués, dont celui de l'international Pavel Šulc ? Évidemment, Malick Diouf à West Ham, dont vous parliez également, où il y avait déjà des joueurs tchèques partis du Slavia. Et puis l’arrivée de John Mercado au Sparta pour une somme record, là aussi. C’est un nouveau pas franchi pour le football national ?
« Le football tchèque est à un carrefour. De plus en plus de milliardaires tchèques s’intéressent et achètent des clubs de football, investissent des sommes d’argent, ce qui doit encore être concrétisé par des nouvelles façons de manager, des nouvelles méthodes de management et de nouvelles inspirations, avec des clubs qui doivent se trouver de nouveaux modèles économiques. Dans le même temps, on a des clubs comme le Slavia qui ont des joueurs de plus en plus performants et qui sont de plus en plus repérés sur la scène européenne, ce qui leur donne une surface et une visibilité qui leur permet maintenant aussi de vendre directement en Angleterre à des tarifs très élevés. »
Vous parlez des changements et des nouveaux propriétaires. Pour le Slavia, les investisseurs chinois sont partis et c’est un propriétaire tchèque désormais, Pavel Tykač. Le Sparta est depuis déjà plusieurs années propriété de Daniel Křetínský. On parle aussi de l’arrivée de nouveaux acteurs, notamment du propriétaire du groupe d’armement Czechoslovak Group, qui pourrait - on en parle dans la presse tchèque cette semaine - racheter le Viktoria Plzeň.
« Exactement, c’est vraiment la nouvelle tendance que l’on voit depuis pratiquement deux ans. Tout a été initié par des changements de droits télévisuels en Tchéquie où ces droits télévisuels ont explosé et ont été signés sur cinq années, ce qui permet de donner une énorme visibilité maintenant pour des investisseurs. Pour acheter des clubs de football et pour se lancer sur ce segment et dans ce business-là. À côté de ça, on peut voir aussi que beaucoup d’investisseurs, et beaucoup de "petits investisseurs" qui possédaient des clubs, sont intéressés pour revendre leurs parts justement à de nouveaux acteurs de la scène industrielle tchèque qui ont, eux, une surface financière bien supérieure à de petits industriels locaux ou voire des clubs qui appartenaient encore à des villes, comme c’était le cas jusqu’à présent. »
Est-ce qu’il y aurait un jeune talent dont on ne connaît peut-être pas encore le nom qu’il faudrait suivre dans les prochains mois ici ?
« Je pense que Tom Slončík, qui a signé au Viktoria Plzeň l’année dernière, est un grand espoir. On espère qu’il aura un peu de temps de jeu cette année parce que tout ce qu’il a pu montrer jusqu’à présent, à Hradec Králové, était de très haut niveau. Mais dans le même temps, on va suivre avec attention Lyon et son duo tchèque en espérant qu’il nous montre de très belles choses et ouvre la voie à plus de transferts entre la Tchéquie et la France. »