Ukraine : les Tchèques se mobilisent pour réchauffer la population civile victime des assauts russes

Plus de 128 millions de couronnes – plus de 5 millions d’euros – ont déjà été envoyés ce lundi par des particuliers à la collecte SOS Kyiv pour financer l’achat de générateurs et de batteries de secours pour l’Ukraine. Cette collecte a été lancée mercredi soir par l’initiative Dárek pro Putina (Un cadeau pour Poutine), dont Martin Ondráček est le co-fondateur.

Martin Ondráček | Photo: Agáta Faltová,  ČRo

Martin Ondráček : « La dynamique de la collecte est incroyable. Nous le voyons, l’argent y afflue chaque minute. Je pense qu’à la fin de la semaine prochaine, il pourrait très bien y avoir 150 millions de couronnes. »

Compte tenu de l’hiver qui sévit en Ukraine, les habitants de Kyiv ont évidemment besoin de ces générateurs le plus rapidement possible. À quelle vitesse êtes-vous capables de les obtenir et de les livrer ? Comment cela fonctionne-t-il concrètement ?

« Relativement rapidement, car pour cette collecte nous collaborons avec notre fonds de dotation partenaire Serhiy Pritula, avec lequel nous travaillons depuis un an et demi. Ils ont exactement ce qu’il faut : la demande et une vue d’ensemble détaillée de ce dont chaque lieu a besoin. Pas seulement à Kyiv, mais aussi déjà à Dnipro et à Kharkiv. »

« Des petits générateurs pour les ménages jusqu’aux générateurs plus grands pour les “points de résilience”, les établissements sociaux, les maisons de retraite ou les structures de santé. Nous traitons actuellement, par exemple, deux générateurs assez importants, dont l’un coûte 8 millions de couronnes. Il pourrait alimenter un petit hôpital de Kyiv dans l’un des quartiers de la ville, où il fait actuellement à peine 11 degrés dans les couloirs. Les collègues travaillent aussi le week-end, commandent, cliquent, font tout pour que dès que possible les premiers générateurs puissent démarrer là où ils sont nécessaires. »

L'organisation Post Bellum organise une campagne de collecte de fonds pour acheter des générateurs pour l'Ukraine | Photo: Post Bellum

Dépenser cet argent le plus vite possible 

Cela signifie-t-il que les générateurs sont achetés directement en Ukraine ?

« Oui. Si nous les achetions ici, que nous devrions les dédouaner et les transporter, cela prendrait, même dans le meilleur des cas, environ deux semaines. Nous avons donc décidé d’acheter directement sur place. De plus, c’est souvent environ un tiers moins cher. Mais nous savons déjà qu’en Ukraine, certains types spécifiques de matériel manquent et sont nécessaires par ces températures, par exemple certains types de batteries externes (powerbank). »

Les tentes offrent chauffage et électricité pour recharger des appareils technologiques | Photo: Thomas Peter,  Reuters

« Un gros problème concerne les batteries de secours. Ce sont celles qui se chargent chez vous quand il y a du courant et qui, lorsque l’électricité est coupée pendant 10 ou 12 heures, vous permettent de continuer à fonctionner - vous pouvez même vous faire un café avec. »

« Nous savons que ce matériel est disponible en Tchéquie. Nous commençons à commander, nous organiserons un camion ou des utilitaires et nous voulons envoyer relativement rapidement un convoi de véhicules ou plusieurs camions avec ce matériel vers l’Ukraine. »

« Mais de l’autre côté, il faut quelqu’un qui sache répartir le matériel et qui sache exactement où chaque livraison doit aller. C’est la partie la plus exigeante sur le plan administratif, mais nous faisons tout pour dépenser cet argent le plus rapidement possible. »

Blackout à Kyiv | Photo: Sergei Gapon,  AFP/Profimedia

« Un message au gouvernement actuel »

Vous avez déjà dit ces derniers jours qu’il s’agit de la collecte à la croissance la plus rapide des quatre dernières années d’existence de l’initiative Un cadeau pour Poutine (Dárek pro Putina). Comment l’expliquez-vous ?

« Je pense que plusieurs facteurs se sont conjugués. Premièrement, le thème du froid et du “holodomor”, comme on l’appelle en Ukraine, est très présent dans les médias. Deuxièmement, le fait que même en Tchéquie, l’hiver soit inhabituellement froid. Chacun peut imaginer ce que cela signifie de ne pas avoir de chauffage, de lumière et d’eau chaude chez soi. Et malgré cela, les gens doivent continuer à vivre. »

« Et troisièmement, je pense que beaucoup de gens - et ils nous l’écrivent - envoient par cette collecte un message au gouvernement actuel, qui n’est pas favorable à l’aide à l’Ukraine. Ils ne sont pas allés manifester sur les places publiques, mais ils ont sorti leurs portefeuilles et leurs cartes bancaires, et c’est ainsi qu’ils expriment leur position vis-à-vis de l’Ukraine. Et j’en suis heureux. »

« Ce week-end, le montant moyen du don était de 1 800 couronnes. C’est intéressant, car cela montre que même si de gros dons arrivent, l’essentiel de la collecte repose sur les petits dons des individus. Il faut toutefois préciser que ces 1 800 couronnes sont aussi liées au fait que nous travaillons avec le montant symbolique de 1 968 couronnes, en référence à août 1968. Les gens se sont habitués à ce montant. »

Les tentes où les résidents des immeubles voisins peuvent se réchauffer et dormir la nuit à Kyiv | Photo: Anna Voitenko,  Reuters

Tactique russe envers la populations civile

Jusqu’à quand cette collecte va se poursuivre ?

Une bénévole sert gratuitement des repas chauds aux habitants de Kiev pendant une coupure d'électricité causée par les attaques aériennes régulières de la Russie contre le réseau énergétique du pays,  à Kiev,  en Ukraine,  le mercredi 21 janvier 2026 | Photo: Danylo Antoniuk,  ČTK/AP

« Tant que l’Ukraine en aura besoin. Ce qui est terrible, c’est que tout le monde là-bas essaie de remettre les villes en état normal, les équipes de réparation travaillent comme elles peuvent, mais il suffit d’une nouvelle attaque russe combinée et réfléchie, de nouvelles frappes sur les postes de distribution et les centrales électriques. »

« Aujourd’hui, en Ukraine, il n’existe pratiquement pas une seule centrale électrique ou de chauffage qui, au cours des trois derniers mois, n’ait subi une attaque et n’ait été endommagée ou détruite. Je suis convaincu qu’au moment où Kyiv commencera à se relever, une nouvelle frappe interviendra. C’est une tactique russe envers la population civile : laisser les gens geler. »

Le président tchèque a salué le succès « exceptionnel » de cet appel aux dons. « C'est un signe fort de la solidarité de la société tchèque dans les moments difficiles et de sa capacité à cibler son soutien là où il est le plus nécessaire. Un grand merci à tous ceux qui ont contribué à cette action », a ajouté Petr Pavel.

« Vous transformez la solidarité en lumière et en chaleur pour l'Ukraine. Vous sauvez des vies. Merci, chère nation tchèque ! », a quant à lui indiqué le chef de la diplomatie ukrainienne Andriy Sybiha.

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