Après le clash Trump/Zelensky, des dons records en Tchéquie pour armer l’Ukraine
Choqués par la violente altercation entre le duo américain Trump/Vance et le président ukrainien Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche, des milliers de Tchèques ont, depuis vendredi, effectué des virements bancaires en masse vers des ONG aidant l’Ukraine. Tant et si bien, qu’une des grandes collectes en cours a atteint son but en un week-end : un hélicoptère Black Hawk va bientôt rejoindre l’Ukraine.
Lancée en novembre 2023, la collecte visant à acheter un hélicoptère Black Hawk pour l’Ukraine stagnait depuis un certain temps : la faute à un prix bien trop élevé qui avait incité les militants de l’organisation « Un cadeau pour Poutine » à décider en novembre dernier d’en acheter un bien moins cher : 70 millions de couronnes au lieu des plus de 100 millions initialement prévus.
Interrogé par la Radio tchèque, un des fondateurs de l’organisation « Un cadeau pour Poutine », Martin Ondráček, a souligné qu’en moyenne entre 220 et 270 000 couronnes par jour arrivent sur le compte en banque : « Vendredi, lorsque Zelensky est arrivé à la Maison Blanche, il y avait 199 000 couronnes. Et après que la télévision a diffusé les images de leur rencontre, il n’a suffi que de 40 minutes pour atteindre un million. Cela signifie qu’en 40 minutes, 800 000 couronnes ont afflué et le rythme s’est poursuivi. Vendredi, nous avons atteint presque trois millions de couronnes. »
Déjà concernée par une hausse des dons depuis le 19 février, après que le président américain Donald Trump a traité Volodymyr Zelensky de « dictateur », l’organisation de Martin Ondráček n’est pas la seule à avoir enregistré un afflux record depuis vendredi : l’ONG humanitaire Clověk v tísni/People in Need (20 millions de couronnes de plus depuis le 24 février), l’association Paměť národa/Mémoire de la nation qui en 2022 s’était mobilisée pour fabriquer et collecter des gilets pare-balles, mais aussi Team4Ukraine, ont toutes signalé d’importants virements bancaires au cours des derniers jours.
« Alors que Trump met la pression, certains en Tchéquie ont décidé de sortir les cartes de crédit et de créer une contre-pression », souligne Martin Ondráček qui estime que de nombreux Tchèques sont en colère après avoir vu les images d’un Zelensky traité comme un enfant désobéissant par un Trump et un Vance aux méthodes qualifiées de « mafieuses » par de nombreux observateurs.
Cette multiplication des dons pour du matériel militaire et humanitaire à destination de l’Ukraine intervient alors que divers sondages montrent qu’en Tchéquie aussi, la « fatigue » de la guerre se fait sentir, entretenue par les phénomènes de désinformation et une oreille plus attentive aux politiciens défendant une paix à l’américaine : au début de l’année, 44% des Tchèques seulement souhaitaient une victoire de l’Ukraine, alors qu’ils étaient bien plus de la moitié il y a trois ans.
C’est aussi il y a trois ans qu’est née l’initiative « Un cadeau pour Poutine » dont le compte en banque a connu un boom inédit ces derniers jours : tout a commencé quelques mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie avec l’idée d’offrir un tank à Poutine pour son 70e anniversaire. Un total de 11 228 personnes avaient contribué à hauteur de 33 millions de couronnes à cet achat, via une campagne de crowdfunding. Celle-ci était soutenue par le ministère tchèque de la Défense, tous les fonds étant destinés au ministère ukrainien de la Défense, via son ambassade à Prague. Depuis, ce sont des munitions, des drones, des canons, et bien d’autres campagnes encore qui ont été lancées et qui courent toujours. Interrogé par la Radio tchèque plusieurs mois après avoir vu ses projets décoller, voilà ce que disait Martin Ondráček de son travail :
« Ma plus grande surprise, c’était que tout ce qui doit passer par les canaux étatiques dure extrêmement longtemps, quand bien même les gens qui s’en occupent dans l’administration publique vous promettent beaucoup de choses. Dans le milieu de l’armement, j’ai croisé des gens qui, au début de la guerre, ont compris que celui qui donne vite et bien, donne deux fois plus. Ce sont des gens qui étaient capables de réduire des processus qui, théoriquement prennent des mois, à quelques heures seulement. Même si la Tchéquie n’a pas envoyé d’énormes quantités d’armes en Ukraine comme l’ont fait d’autres pays, elle les a envoyées rapidement. Et, globalement, elle a été très efficace. »
A la fin de l’année dernière, l’organisation « Un cadeau pour Poutine » comptabilisait 900 millions de couronnes de dons collectés depuis le début de la guerre pour soutenir la défense de l’Ukraine, avec plus de 300 000 contributeurs. Outre le fameux tank baptisé « Thomas » comme la célèbre petite locomotive des albums pour enfants, outre le désormais acquis Black Hawk surnommé « Čestmír », 50 millions de couronnes ont également été rassemblés pour le lance-roquettes mobile RM-70 « Přemysl » avec un lot de 365 missiles, et 101 millions ont été collectés pour 15 pièces de défense antiaérienne surnommées « Viktor ».
Une des caractéristiques de l’aide tchèque à l’Ukraine est qu’elle se partage entre celle, officielle, menée par l’Etat qui est allé puiser dans ses stocks datant de la Guerre froide tout en exportant sa production industrielle, et celle alimentée par la société civile, comme l’incarnent ces différentes initiatives soutenues par une partie de la population.
Les dons à l’organisation « Un cadeau pour Poutine » se font avec des montants symboliques (968 CZK, 1 968 CZK, 4 968 CZK ou 19 680 CZK) qui sont une variation autour de l’année 1968, date de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques. Une façon d’entretenir la motivation des donateurs en leur rappelant, au moment de faire chauffer la carte bancaire, un parallèle historique auxquels ils peuvent s’identifier.






