Le vol du crâne de sainte Zdislava suscite émotion et incrédulité en Tchéquie

Les reliques de Sainte Zdislava dans la basilique de Jablonné

Une enquête de police a été ouverte après le vol spectaculaire, mardi soir, du crâne de sainte Zdislava, conservé dans la basilique de Jablonné v Podještědí, dans le nord de la Tchéquie. Le voleur, dont l’identité demeure inconnue, a brisé la vitrine contenant la relique avant de prendre la fuite en quelques minutes seulement.

La basilique Saint-Laurent et Sainte-Zdislava | Photo: Štěpánka Budková,  Radio Prague Int.

Le vol s’est produit au début d’un office religieux, alors que le système d’alarme avait été temporairement désactivé afin de permettre l’ouverture de l’église aux fidèles. Profitant de cet instant, le cambrioleur est entré dans la basilique, a frappé à deux reprises la vitrine abritant la relique, puis s’est enfui avant l’arrivée des responsables religieux.

Un vicaire présent sur place a raconté avoir entendu les « deux coups » avant de voir un homme s’échapper rapidement de l’édifice. Les caméras de surveillance ont enregistré la scène, mais les images sont de mauvaise qualité et n’ont pas encore permis d’identifier clairement le suspect hormis qu’il était vêtu d’habits sombres et de chaussures claires. La police a lancé un appel à témoins pour identifier le suspect ou retrouver la relique volée, et invite toute personne ayant des informations à contacter le numéro d’urgence 158.

Stanislav Přibyl | Photo: Jan Beneš,  ČRo

« Si je pouvais dire quelque chose au coupable, je lui dirais : ‘Qu’est-ce que ça va t’apporter ? Ça ne te rendra pas heureux. Rends ce que tu as volé.’ C’est la seule chose que je serais capable de lui dire », soupire le nouvel archevêque de Prague, Stanislav Přibyl, touché par ce cambriolage de la relique d’une sainte considérée comme la patronne des familles, des personnes souffrantes mais aussi du diocèse de Litomyšl.

La sainte occupe en effet une place importante dans l’histoire religieuse tchèque. Née au XIIIe siècle, Zdislava de Lemberk est connue pour son engagement auprès des pauvres, des malades et des plus démunis. Epouse d’un noble et mère de famille, elle a consacré une partie de sa vie aux œuvres de charité et à la fondation d’institutions religieuses. La sainte a été canonisée par le pape Jean Paul II lors de sa visite en Tchéquie en 1995 et son sanctuaire de Jablonné v Podještědí attire chaque année des milliers de pèlerins.

Le 30 mai correspond justement au jour de la fête de sainte Zdislava : à Jablonné v Podještědí sont prévus un pèlerinage et une messe sous la houlette de Stanislav Přibyl qui n’entend pas changer quoi que ce soit aux célébrations :

La sainte Zdislava

« A moins qu’un miracle ne se produise ou que la relique ne soit retrouvée, nous devrons simplement nous passer du crâne de sainte Zdislava. Dans la crypte, se trouve la tombe où repose le reste de sa dépouille. Sa présence spirituelle est donc assurée et je ne pense pas que quelque chose changera, si ce n’est que les gens exprimeront leur tristesse et que cela influencera l’atmosphère. »

En attendant, pour les historiens comme pour les représentants de l’Eglise, le caractère exceptionnel du vol est difficile à expliquer. Si au Moyen Age, les reliques faisaient l’objet de trafics voire même de conflits, aujourd’hui, en revanche, leur valeur est surtout symbolique et culturelle. En outre, difficile d’imaginer qu’il soit possible de revendre un tel objet légalement, tant il est identifiable : sans utilité marchande, une telle relique ne pourrait être exposée sans attirer immédiatement l’attention des autorités. En attendant, l’absence de mobile clair alimente de nombreuses spéculations… jusqu’aux plus farfelues.

L’affaire soulève également des questions sur la protection du patrimoine religieux en Tchéquie qui, comme nous le rappelions récemment sur notre antenne, a été grandement dévalisé dans les années qui ont suivi la révolution de Velours.

C’est aussi une des raisons pour lesquelles – ce qui surprend parfois les touristes occidentaux – les églises de Tchéquie ne sont la plupart du temps ouvertes que pour les offices, ce que regrette d’ailleurs Stanislav Přibyl :

Photo: Štěpánka Budková,  Radio Prague Int.

« Nous voulons que les gens puissent entrer dans l’église sans obstacle. Nous voulons garder les églises ouvertes le plus possible car chez nous, elles sont très souvent fermées. Quand vous allez en Bavière ou en Autriche, les églises y sont réellement ouvertes, personne n’oserait y voler quoi que ce soit. Sauf qu’ici, dans les années 1990, il y a eu des pillages massifs d’églises. Nous avons perdu une quantité immense d’objets, y compris des reliques de saints. Mais le but de l’Église n’est pas de verrouiller les édifices religieux ; cela n’aurait pas de sens. Nous devons donc accepter un certain degré de risque. Nous ne pouvons pas contrôler les gens à l’entrée. Cela va à l’encontre du caractère même de ces bâtiments, qui doivent rester ouverts. »

L’émotion suscitée par le vol de cette relique peut surprendre dans un pays comme la Tchéquie considéré comme un des plus sécularisés d’Europe, voire du monde. Mais pour beaucoup de Tchèques, croyants ou non, le crâne de sainte Zdislava ne représente pas seulement un objet religieux ancien : comme pour d’autres objets saints liés à l’histoire tchèque – qu’on pense aux reliques de saint Venceslas ou aux joyaux de la Couronne – il incarne aussi une part de la mémoire culturelle du pays.