Les anciennes fortifications de Prague mises au jour aux abords de la gare Masaryk
Les travaux de modernisation de la gare Masaryk, à Prague, s’accompagnent depuis près de trois ans d’importantes recherches archéologiques. Elles ont permis de mettre au jour des vestiges des fortifications de la Nouvelle Ville construites sous Charles IV au XIVe siècle. Les chercheurs ont également retrouvé des vestiges d’un bastion intégré au système de fortifications construit après la guerre de Trente Ans.
La zone située entre la gare Masaryk et la rue Hybernská fait l’objet de recherches archéologiques depuis 2017. Une première campagne menée en 2018 avait confirmé la présence des anciennes fortifications. Des fouilles plus importantes ont ensuite été réalisées en 2021. La campagne en cours doit, elle, se poursuivre jusqu’en octobre. Ces recherches permettent de documenter l’évolution de cet espace sur plusieurs siècles, du Moyen Age jusqu’au développement du chemin de fer au XIXe siècle.
Les découvertes les plus importantes concernent l’enceinte de la Nouvelle Ville, ce quartier fondé par le roi de Bohême et empereur Charles IV qui a laissé une empreinte indélébile sur sa capitale. Construite entre 1348 et 1350, celle-ci formait une imposante ligne défensive autour de ce tout nouveau quartier de Prague, accolé à la Vieille-Ville. Le mur, constitué de blocs de pierre, mesurait entre 1,8 et 2,4 mètres d’épaisseur et atteignait environ dix mètres de hauteur. Il était renforcé par des tours et comportait quatre portes principales, dont celle nommée Horská brána (la « porte des Montagnes », qui permettait de sortir de Prague en direction de l’est.
Il faut vraiment imaginer une Prague bien différente de celle que nous connaissons aujourd’hui : au Moyen Age et pendant encore plusieurs siècles, la ville a été entourée de murailles, d’abord autour de la Vieille-Ville, puis ces murs ont progressivement été liquidés avec justement l’édification des nouvelles fortifications de la Nouvelle-Ville. La ville de Prague a connu plusieurs vagues de construction de ces murs d’enceinte protecteurs, s’agrandissant peu à peu au-delà de son noyau d’origine.
Depuis le mois de mai, les archéologues ont dégagé les fondations de la porte Horská et identifié deux tours quadrangulaires encadrant son passage. Un élément en grès appartenant à l’encadrement extérieur nous est également parvenu. Il porte les traces d’usure laissées par les roues des véhicules qui franchissaient autrefois la porte – un type de vestige qu’on retrouve par exemple de façon très marquée sur la célèbre Via Appia romaine en Italie. Une ancienne route pavée conduisait depuis cette dernière vers l’extérieur de la ville. Les fouilles ont aussi permis de constater qu’étonnamment la porte n’était pas précédée d’un fossé.
A proximité des remparts, les archéologues ont mis au jour les fondations de plusieurs petites bâtisses collées à l’enceinte. Ces « maisons de tireurs » étaient notamment occupées par des arbalétriers en charge de la défense de la ville. Les sources historiques permettent même d’identifier certains de leurs occupants, comme un dénommé Anselm, mentionné au tournant du XIVe-XVe siècle. Des objets témoignant de la vie quotidienne ont également été retrouvés : fragments de céramique et de carreaux de poêle, objets métalliques, ossements d’animaux et monnaies.
Le site conserve également les traces d’une autre période marquante de l’histoire de la capitale tchèque. En 1648, à la fin de la guerre de Trente Ans, les troupes suédoises ont assiégé et pillé la ville. La « porte des Montagnes » est alors fortement endommagée : les fouilles ont livré des éléments liés aux combats, notamment des fragments de grenades et de projectiles d’artillerie ainsi que des balles. Les archéologues ont également retrouvé les vestiges d’une palissade en bois qui faisait partie des défenses installées devant la porte pendant le siège.
Après cette guerre qui a ravagé l’Europe centrale et déterminé son histoire pendant les décennies suivantes, les anciennes fortifications médiévales ont progressivement remplacées par un système de bastions adapté aux nouvelles techniques militaires. Les vestiges du bastion Saint-Nicolas, construit à proximité de la porte disparue, ont eux aussi été mis au jour lors de cette campagne de fouilles. Ce nouveau type d’enceinte a fait partie du dispositif défensif de Prague jusqu’au XIXe siècle, époque où, comme à Paris, les fortifications urbaines seront progressivement démantelées.
Ce qui est également intéressant, c’est que ces recherches ne se limitent pas aux périodes médiévale et moderne : les passionnés d’histoire ferroviaire seront ravis de savoir qu’elles ont également permis de retrouver des vestiges comme les fondations d’une plaque tournante utilisée pour orienter les locomotives. La gare Masaryk, ouverte en 1845, a en effet profondément transformé cet espace situé jusque-là à proximité des anciennes fortifications. Les différentes couches archéologiques permettent ainsi de suivre le passage d’une zone située aux abords de la ville médiévale à un important nœud ferroviaire de la Prague moderne.
Tous les vestiges découverts au cours de cette campagne ne pourront toutefois pas être conservés à l’air libre. Après avoir été documentées, certaines structures ont été protégées puis à nouveau enfouies afin d’être préservées sous les futures constructions et la voirie.




