De Rozvadov, le Las Vegas tchèque, à Babylon : quelques kilomètres à pied le long de la Stezka Českem (1ère étape)
Lancé en 2020 à l’initiative du randonneur tchèque Martin Úbl et d’un groupe d’amis, le projet non commercial Stezka Českem est un itinéraire de randonnée qui propose de faire le tour de la Tchéquie en suivant ses frontières avec les quatre pays voisins. Au total, environ 2 000 kilomètres sont répartis entre deux grands parcours : un sentier nord et un sentier sud, d’environ 1 000 kilomètres chacune. Conçu en collaboration avec le Club des touristes tchèques, le projet emprunte principalement des sentiers balisés déjà existants. Son principe est simple : chacun peut se lancer à son rythme, parcourir l’intégralité du tracé ou seulement quelques étapes, sur un week-end ou au fil des années. Au-delà de la marche, la Stezka Českem est aussi une invitation à découvrir les paysages, les histoires et les habitants des régions frontalières, parfois méconnues. Première étape entre Rozvadov et Pleš sur ce sentier autour de la Tchéquie pour se mettre en jambe et découvrir la magnifique forêt de Bohême (Český les).
Reportage audio à écouter en appuyant sur Play
À Rozvadov, à la frontière entre la Tchéquie et l’Allemagne, les bulldozers, les travaux routiers et le va-et-vient des véhicules composent le décor d’un passage très fréquenté dans une petite commune tchèque désormais mondialement connu pour son immense casino.
C’est sur Rozvadov que le choix tout à fait arbitraire s’est porté pour commencer la marche sur la Stezka Českem (Sentier autour de la Tchéquie), le grand itinéraire de randonnée qui longe les frontières du pays. Dans le sens inverse de l’itinéraire suggéré, direction le sud, à travers le Český les, la forêt de Bohême, jusqu’à Pleš (Plöss en allemand), un village peuplé par les Allemands des Sudètes pendant très longtemps et rayé de la carte au XXe siècle, comme de nombreux villages et hameaux de cette région.
Avant de prendre le chemin par un temps automnal magnifique, rencontre avec Vlaďka Kořínková, l’une des Trail Angels qui viennent en aide aux randonneurs en difficulté sur ce parcours de la Stezka Českem. Dans cette région isolée, où l’on peut marcher plusieurs jours sans trouver de magasin ni croiser âme qui vive, leur rôle est loin d’être anecdotique : offrir un toit pour la nuit, une douche, du linge propre, de l’eau ou simplement un peu de compagnie. Pour Vlaďka, devenue bénévole après une période difficile de sa vie, ces rencontres ont aussi donné un nouveau sens à son quotidien.
Le sentier traverse ensuite une forêt préservée par des décennies de restrictions liées au rideau de fer et au No man's land. À quelques pas de la frontière allemande, les traces de l’ancienne séparation se devinent encore dans les bois.
Après avoir croisé des randonneurs (Petr&Pavel !) enchantés par leur marche et leur cueillette de champignons, retour sur l’histoire de Pleš, autrefois une commune de plus de mille habitants, très majoritairement germanophones.
Après la Deuxième Guerre mondiale et l’expulsion de la population allemande, le village a été repeuplé par d'autres populations puis progressivement vidé de nouveau et détruit par le régime communiste pour dégager la zone frontalière. Aujourd’hui, une seule des quelque 125 maisons d’origine subsiste : l’ancienne maison forestière, devenue une pension.
Son propriétaire, Marek Hrůša, raconte comment il est tombé sous le charme du lieu et s’est lié d’amitié avec d’anciens habitants expulsés et leurs descendants, revenus au fil des années sur les terres de leurs ancêtres. Leurs récits l’ont convaincu de préserver cette mémoire. Il a édifié une petite chapelle puis, avec eux, il a contribué à la restauration du cimetière, où les tombes ont été remises en place autant que possible, malgré les décennies d’abandon et les dégâts causés par l’armée et le bétail.
Marek porte aujourd’hui un autre projet, plus controversé : reconstruire l’ancienne église du cimetière. Pour certains descendants, ce serait rendre au village une part de son identité ; pour d’autres, une reconstruction risquerait d’effacer les traces authentiques du passé.
La randonnée se poursuit dans une nature qui reprend ses droits. Des abris permettent désormais aux marcheurs de passer la nuit sur le parcours ; les champignons se ramassent dans les sous-bois et, dans les prairies autour de Pleš, des yaks contribuent à l’entretien des espaces naturels d’une zone protégée. Ici, la Stezka Českem n’est pas seulement un itinéraire de marche : elle relie des paysages, des histoires et des lieux oubliés, tout en invitant à regarder autrement cette frontière longtemps fermée.
Un reportage audio à écouter en appuyant sur Play, avant la prochaine étape, bientôt, en direction de Babylon !
Plus d’infos sur le projet Stezka Českem, les différents itinéraires, les étapes et les Trail Angels : https://www.stezkaceskem.cz/
Petit glossaire de la Stezka Českem :
Stezkař / Stezkařka - personne qui parcourt la Stezka Českem ; le « marcheur de la Stezka ».
Rozcestník - panneau indicateur à un croisement de sentiers.
Značení - balisage du sentier.
Tisícovka - sommet dépassant les 1 000 mètres d'altitude.
Převýšení - dénivelé.
Etapa - étape de l'itinéraire.
Úsek - tronçon ou section de la Stezka.
Nouzové nocoviště - aire de bivouac permettant aux randonneurs de passer la nuit en cas de besoin.
Přístřešek - abri, généralement rudimentaire, où l'on peut s'abriter ou parfois dormir.
Studánka - source aménagée où les randonneurs peuvent remplir leur gourde.
Hospoda - bistrot/auberge ; souvent un passage obligé pour boire une bière et manger quelque chose en chemin.
Trail Angel - bénévole de la communauté Stezka Českem qui peut aider les marcheurs, notamment en proposant un hébergement, un transport ou un ravitaillement.
Klíště - tique. À surveiller particulièrement après une journée dans les herbes ou les forêts.
Puchýř - ampoule au pied.
Chytit vlka - littéralement « attraper le loup » : avoir l’entrejambe ou les fesses irritées à force de marcher.











