Osoblažka, un petit train au charme fou dans une région méconnue de Tchéquie
Peu de Tchèques seraient capables de situer la petite commune d’un millier d’habitants d’Osoblaha perdue aux confins du nord-est du pays, près de la frontière polonaise. Ravagée lors des combats de la Seconde Guerre mondiale, puis profondément marquée par l’expulsion de sa population allemande après 1945, toute la région est longtemps restée l’un des coins les plus isolés de Tchéquie. C’est pourtant ce qui fait aujourd’hui son charme, et notamment quand on s’y rend sur les rails.
Si vous partez de Prague, il vous faudra pas moins de 4h30 en voiture pour arriver dans la région. Ensuite, pour rejoindre Osoblaha, le meilleur moyen est d’emprunter l’Osoblažka, une ligne de chemin de fer pittoresque à voie étroite inaugurée en 1898. Longue d’une vingtaine de kilomètres, elle relie Třemešná et Osoblaha et est surnommée « la ligne aux cent virages » car son tracé s’apparente à d’infinis serpentins à travers la campagne.
A bord, le voyage ressemble à un retour dans le temps. Les anciens wagons ont conservé leur cachet d’origine, même si évidemment ils ont été mis aux normes de sécurité contemporaines depuis que leur exploitation a repris l’an dernier grâce à la société Osoblažská úzkorozchodná dráha. Sur cette petite ligne, Lukáš Weiss est à la fois contrôleur et conducteur. Après avoir vérifié les billets et rappelé aux voyageurs les consignes d’utilisation des portes, il rejoint sa locomotive pour prendre les commandes du train.
Au fil du trajet, les paysages défilent à un rythme paisible. Chevreuils, daims et parfois même grues cendrées croisent régulièrement la voie. Ici, on est bien loin du tourisme de masse tel qu’on le connaît à Prague ou dans les régions de randonnée, comme les Krkonoše, prisées des Tchèques. Oubliez les parkings bondés et les attractions tapageuses qui gâchent le paysage : dans la région d’Osoblažsko tout respire le calme et l’authenticité.
La commune d’Osoblaha elle-même mérite une halte. Elle possède notamment un remarquable cimetière juif, dont 313 pierres tombales ont été conservées, ainsi qu’un petit musée consacré à l’histoire locale. Mais la véritable attraction du coin reste le petit train lui-même.
Créée à l’origine pour préserver les gares historiques de la ligne, l’association qui l’exploite a progressivement restauré les bâtiments dans leur style d’origine datant de la Première République. Depuis 2025, elle assure également les liaisons régulières, intégrées au réseau régional de transports, en complément des célèbres trains touristiques à vapeur qui circulent l’été.
A bord se côtoient habitants, écoliers, touristes, passionnés de chemin de fer et familles en excursion. Le personnel, lui, partage la même passion pour ces trains historiques. Certains travaillent dans les chemins de fer au quotidien, d’autres sont bénévoles ou exercent un tout autre métier. Roman Vrábel est chef de circulation à la gare centrale d’Ostrava et il vient ici pendant son temps libre comme contrôleur. Quant à Pavel Schreier, ingénieur géomètre de formation, il a abandonné son ancienne carrière pour se consacrer entièrement à cette ligne historique.
Plus qu’un simple moyen de transport, le train Osoblažka est devenu l’emblème d’un territoire méconnu mais qui attire les touristes en quête de sites au caractère préservé.











