Presse : quid de la bibliothèque qui ne porte plus le nom de Václav Havel ?
Cette nouvelle revue de la presse tchèque s’intéresse au changement de nom de la désormais ex-Bibliothèque Václav Havel, à la relation souvent négative que les élèves tchèques entretiennent envers leur école, aux causes de la hausse des prix des carburants, au goût immodéré des Tchèques pour la cueillette de champignons ou encore à la Journée mondiale de la prévention du suicide.
Située au cœur de Prague, la Bibliothèque Václav Havel ne portera désormais plus le nom de l’ancien président tchèque. Son nom a officiellement été modifié la semaine dernière. L’institution qui s’appellera désormais « 1ère bibliothèque présidentielle » promet toutefois d’entretenir « l’héritage de Havel », et ce donc, même sous sa nouvelle appelation. Un chroniqueur du quotidien Deník N voit là l’aboutissement symbolique des conflits qui, plusieurs mois durant, ont pratiquement « paralysé » l’institution. Et que, paradoxalement, ce changement intervient quelques semaines seulement avant le 90e anniversaire de la naissance de Havel, alors que cette année marque également le quinzième anniversaire de la mort de l’ancien président.
« L’ancien politicien et dramaturge reste, dans la société, un symbole et l’incarnation d’une société libérale et libre. Sans le vouloir, ce nouveau nom générique pourrait toutefois constituer un pas de plus vers la disparition progressive de Václav Havel de l’espace public. Et d’une certaine manière, c’est peut-être bien là une bonne chose. Les idées parfois trop idéalistes de Václav Havel peuvent paraître naïves dans la société actuelle. Les années passées ont d’ailleurs montré dans quelle mesure elles peuvent se vider de leur sens. Aujourd’hui, quiconque ou presque, des nationalistes aux communistes, peut se réclamer des idéaux Havel. L’ancien président ne mérite pas un tel traitement. Pas plus d’ailleurs que les récentes polémiques autour de son nom. »
Deník N estime finalement que « la disparition de l’un de ces monuments qui, pendant des années, a servi en grande partie à renforcer l’ego de nombreuses personnes, ne nuira donc pas nécessairement au véritable héritage de Havel. »
Les élèves tchèques peu attachés à leur école
Les élèves tchèques continuent d’associer l’école à des émotions essentiellement négatives, selon le récent classement PISA pour 2025 (programme international pour le suivi des acquis des élèves). Outre l’évaluation des compétences des élèves de 15 ans en lecture, en mathématiques et en sciences, cette vaste étude menée par l’OCDE examine également leur degré d’appartenance à l’école. Le journal en ligne Deník Referendum relève que parmi les pays de l’OCDE, seuls les élèves américains et néo-zélandais entretiennent un lien psychologique et social avec leur environnement scolaire plus faible qu’en Tchéquie, la Pologne voisine se situant elle aussi à un niveau plus ou moins similaire. Toutefois, selon le journal, il ne s’agit pas de quelque chose de nouveau ou d’une découverte surprenante :
« Nous savons depuis longtemps déjà que la situation des jeunes Tchèques est sur ce point particulièrement déplorable. Nous savons aussi que même si l’omniprésence actuelle des technologies a des effet néfastes tant sur la santé mentale des enfants que sur certaines de leurs compétences, elle n’est certainement pas le seul facteur qui influence leur bien-être psychologique à l’école. L’aspect le plus déterminant, finalement, est le tissu des relations qu’entretiennent quotidiennement les différents acteurs du processus éducatif : que ce soit entre les élèves eux-mêmes, avec leurs parents, les enseignants, la direction et les autres membres du personnel des établissements, ainsi que le lien des enfants et des parents avec leur école. »
Toujours selon Deník Referendum, dans les écoles tchèques, les enfants restent couramment confrontés à une forme de mépris implicite ou explicite de la part des enseignants et, plus généralement, à une atmosphère qui étouffe leur curiosité et leur esprit d’initiative. « Ces différents problèmes, fondamentaux et profonds, se traduisent par la relation médiocre que les élèves entretiennent avec leur école et leur propre éducation. Malgré ce constat, il continue de manquer une solution systémique, tant en raison d’obstacles idéologiques que d’un manque chronique de moyens financiers dans le système éducatif », conclut l’auteur.
La hausse des prix des carburants, à qui la faute ?
Le président américain a appelé son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, à cesser d’attaquer les infrastructures pétrolières russes. Selon Donald Trump, ces offensives contribuent à la flambée des prix des carburants, qui ont de nouveau atteint des niveaux particulièrement élevés. « Trump a bien évidemment raison », constate un chroniqueur du journal en ligne Lidovky.cz. Un gros « mais » n’en demeure pas moins, selon lui :
« L’Ukraine s’en prend aux raffineries, aux oléoducs et aux terminaux pétroliers russes parce qu’elle veut priver l’agresseur de ses ressources financières et déstabiliser son économie. Les pannes dans les raffineries provoquent des pénuries d’essence et de gaz en Russie comme à l’étranger, tandis que les attaques contre les terminaux et autres installations entravent les exportations de pétrole et de produits transformés. Cela influe naturellement sur les prix mondiaux du pétrole et des carburants, et même du gaz. »
Si l’on observe plus en détail le marché actuel du pétrole et des carburants, on constate cependant, comme l’explique encore Lidovky.cz, que le problème principal se situe ailleurs : autour de l’Iran. « On peut estimer que l’Ukraine est à l’origine d’environ 30 % des problèmes actuels sur le marché de l’énergie et la situation autour de l’Iran de 60 à 65 %, le reste étant dû à des facteurs saisonniers et à l’entretien », précise l’auteur qui constate que « c’est là justement ce que Trump refuse d’admettre »»
Les Tchèques, des cueilleurs immodérés de champignons
Alors que dans certains pays européens, comme en Autriche, en Allemagne, en Suisse ou encore en Italie, la loi autorise les habitants à ne ramasser dans les forêts qu’une quantité de champignons correspondant à leur consommation personnelle, aucune restriction légale n’existe en Tchéquie. Selon le site Info.cz, cette absence de limites conduit à une course effrénée que mène les ramasseurs de champignons :
« À la télévision ou sur les réseaux sociaux, certains Tchèques se targuent d’avoir cueilli tellement de champignons qu’il n’y a même pas assez de place dans leur voiture. Si un Autrichien, un Allemand, un Suisse ou un Italien en faisait de même et montrait en public le coffre de sa voiture rempli de champignons fraîchement cueillis, il pourrait s’attendre à être convoqué par la police. En Tchéquie, en revanche, la ‘cueillette excessive’ de champignons est un sport national largement encouragé par les médias. »
Selon les mycologues, les champignons constituent un élément très important de l’écosystème forestier. C’est pourquoi leur ramassage massif, probablement sans équivalent dans le monde, peut nuire à ce système et causait d’importants dommages à la nature. Pourtant, comme l’explique le chroniqueur, les experts ne pensent pas que l’adoption de restrictions similaires à celles en vigueur à l’étranger contribuerait à freiner cette « frénésie » des cueilleurs de champignons tchèques. Au lieu de cela, ils préfèrent mettre l’accent sur la sensibilisation :
« L’exemple de la première réserve mycologique créée dès 1988 dans la région du site naturel national de Luční, près de Planá nad Lužnicí (Bohême du Sud), montre bien que la sensibilisation peut porter ses fruits. Aussi incroyable que cela puisse paraître en Tchéquie, le site, unique en son genre dans le monde, regorge de champignons, y compris d’espèces rares et protégées de cèpes, que personne ne ramasse. »
Chaque jour, quatre suicides en Tchéquie
À l’occasion de la Journée mondiale de la prévention du suicide, le 10 septembre, le site Aktualne.cz rapporte que 1 561 personnes se sont donné la mort en Tchéquie en 2024, soit un plus de quatre personnes par jour en moyenne. Sur le long terme, ce chiffre se situe au-dessus de la moyenne de l’UE. En dépit de ce constat alarmant, la Ligne d’aide psychologique d’urgence lutte actuellement pour sa survie, comme l’explique l’auteur :
« Cette ligne, gérée par l’association ‘Cesta z krize’ (Sortie de crise), constitue un service unique en son genre. Anonyme, elle fonctionne 24 heures sur 24. Seule ligne gratuite et accessible en permanence dans le pays, elle est pourtant menacée de disparition, car une partie des fonds alloués par le ministère du Travail et des Affaires sociales lui a été retirée en raison d’une réduction générale des subventions. Ses services risquent d’être réduits à partir d’octobre, voire de disparaître pour de bon. »
« D’ores et déjà, en raison d’un personnel insuffisant, plus de 90 % des appels désespérés à l’aide restent sans réponse », ajoute encore le site.




