Contre les locations touristiques de courte durée, les habitants du centre de Prague se mobilisent

Dans le 1er arrondissement de Prague, les habitants ont récemment lancé une pétition contre les locations de courte durée. Ses signataires déplorent tout à la fois les nuisances nocturnes, la disparition des services de proximité ou encore le fait que l’exploitation d’appartements pour des services tels qu’Airbnb et Booking fasse grimper les prix de l’immobilier dans le centre-ville.

Bohuslav Souček n’en peut plus. Âgé de 82 ans, ce Pragois de naissance a grandi et passé toute sa vie dans ce que les Tchèques appellent « Prague 1 », le premier arrondissement de la capitale. « Dans notre immeuble, quatre à cinq appartements sont régulièrement loués aux touristes. Vous ne pouvez pas imaginer ce qui s’y passe la nuit. Quant ils n’ont pas les clés, certains locataires donnent des coups de pied dans les portes, sonnent aux interphones, et une fois entrés, ils mettent le bazar et hurlent dans tout l’immeuble », raconte-t-il.

Photo illustrative: Tero Vesalainen,  Pixabay,  Pixabay License

À Prague, la majorité de ces milliers d’appartements se trouvent dans le centre-ville ou dans ses proches environs. Bien que la municipalité cherche à ralentir le flux continu de visiteurs séjournant dans les appartements situés à côté de ceux des résidents permanents et demande aux députés de faire le nécessaire pour renforcer la réglementation des locations entre particuliers, la loi, pour l’heure, ne laisse encore que peu de marge de manœuvre aux communes.

La pétition contre les hébergements de courte durée a été rédigée par l’association « Décidons ensemble de l’avenir de Prague 1 » (« Rozhodujme společně o budoucnosti Prahy 1 »), explique l’un des organisateurs, Petr Rachunek. « Nous souhaitons parvenir à une limitation de ce type de locations non seulement à Prague 1, mais aussi dans toute la ville. Le problème, c’est que cela concerne un nombre considérable d’appartements, environ 13 000 dans le centre élargi de Prague. »

En raison de la forte affluence touristique, les habitants du centre-ville sont confrontés à une pénurie de différents services et commerces de proximité. « Les touristes ont bien sûr d’autres besoins que les nôtres, c’est compréhensible, et comme ils sont très nombreux... Mais moi, j’ai besoin de pouvoir faire mes courses normalement, d’avoir une épicerie pas loin de là où j’habite, etc. Quand on séjourne dans une ville comme Prague en tant que touriste, on ne cherche bien évidemment pas de papeterie,  de quincaillerie ou de cordonnier. À Prague 1 aujourd’hui, personne ne pourrait plus gagner sa vie en proposant ce genre de services destinés au proche voisinage », ajoute Rachunek.

Terezie Radoměřská | Photo: Klára Škodová,  ČRo

Les signataires de la pétition souhaitent que l’État renforce enfin la réglementation relative à l’exploitation de ce type d’hébergements et demandent également au à la municipalité de l’arrondissement de s’attaquer plus activement au problème. Maire de Prague 1, Terezie Radoměřská, membre du parti de centre-droit TOP 09, se défend toutefois en affirmant que la mairie se penche déjà sur la question :

« La municipalité fait tout ce qui est en son pouvoir pour recenser les lieux d’hébergement de courte durée et les transmettre au service en charge des questions d’urbanisme pour examen. Nous estimons que les locations de courte durée nécessitent une autorisation d’usage adaptée. Les appartements disposent généralement d’une autorisation d’usage pour un logement de longue durée. C’est pourquoi le service d’urbanisme est tenu de contrôler l’usage qui est fait du bâtiment et de faire respecter la réglementation. »

Photo: Štěpánka Budková,  Radio Prague Int.

Récemment encore, la ville de Prague a appelé la Chambre des députés à adopter au plus vite un amendement à la loi qui lui permettra à la ville de mieux encadrer ce type de locations. Un décret qui limiterait la location de ces appartements à 60 jours par an au maximum est notamment envisagé.

De son côté, le ministère du Développement régional devrait présenter, dans les mois à venir, le registre central appelé « e-turista », une application qui vise à répertorier tous les logements de courte durée et à faciliter ainsi leur contrôle.

Auteurs: Petr Kastner , Guillaume Narguet | Source: iROZHLAS.cz
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