Économie/Commerce

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Nous revenons lors de cette émission aux conditions de réalisation de la vente, par le gouvernement et la banque centrale, de la banque IPB, Investicni a postovni banka, ou Banque d'investissements et des postes à la CSOB, Ceskoslovenska obchodni banka, ou Banque commerciale tchécoslovaque. Cette vente a fait et fait l'objet d'une série de critiques, principalement de la part de Vaclav Klaus, président de l'ODS, Parti civique démocrate, et de la Chambre des députés. C'est son parti qui, il y a quelques jours encore, avait qualifié cette cession de "hold-up en plein jour" en affirmant que, de la sorte, le gouvernement avait fait perdre à chaque famille 25.000 couronnes. "Il existe une solution de loin plus logique et moins onéreuse, dont nous sommes persuadés, et qui a été laissée de côté", affirme-t-on au sein de la direction de l'ODS. Mais Vaclav Klaus n'a pas précisé quelle est cette solution. "Je laisse, a-t-il dit, le soin aux auteurs de cette solution de la présenter eux-mêmes." En revanche, il demande l'annulation de la vente et l'appel à un partenaire stratégique. L'expression est tellement galvaudée qu'elle se trouve vidée de son contenu. Toutes les entreprises boiteuses sont à la recherche d'un partenaire stratégique. Jusqu'à il y a quelques jours, l'ODS demandait la formation d'une commission parlementaire d'enquête.

Face à cette offensive, le Premier ministre, Milos Zeman, a soumis à la Chambre des députés un rapport sur la situation dans l'IPB. "Les députés en prendront compte et verront eux-mêmes qui a raison en définitive", a-t-il dit. Cela n'a pas empêché Vaclav Klaus de formuler des accusations graves, à savoir que le comportement de la banque centrale, lors de l'année précédente, vis-à-vis de l'IPB, aussi bien que la mise de cette dernière sous administration judiciaire, ont eu comme objectif de la céder à la CSOB. "C'est froidement, a-t-il ajouté, qu'on a exploité la panique des épargnants". Il soutient aussi que les documents de vente avaient été préparés plusieurs jours avant la cession de l'IPB à son nouveau propriétaire. Cela est donc un démenti à la version des faits qui veut que la vente de la banque ait été tout à fait inopinée. On y est parvenu lors d'un week-end avant de la concrétiser un lundi matin, le tout ayant pour but de restaurer la confiance et d'arrêter l'hémorragie des dépôts. On avance aussi, au sein de l'ODS, qu'une conspiration aurait existé entre le président Havel, les quatre partis de la coalition et Josef Tosovsky, gouverneur de la banque centrale, dont le but aurait été de limiter, dans un premier temps, l'influence de Nomura, avant de préparer les conditions favorables à la vente. Face à cet acharnement de l'ODS, de nombreux observateurs avancent que l'ODS avait des intérêts dans l'IPB est que la cession de cette banque à la CSOB, banque vraiment apolitique, est un coup dur pour Vaclav Klaus. Ivan Pilip, de l'Union de la liberté, ancien ministre des Finances lui-même, disait il y a quelques jours que l'ODS manipulait certains responsables de l'IPB pour défendre ses intérêts au sein de l'économie.

Cela étant, il convient de retenir un indice défavorable aux thèses de l'ODS : l'attitude d'une entité autorisée en la matière, à savoir l'Association bancaire dont la déclaration officielle est la suivante :

"La mise sous administration judiciaire d'une grande banque a systématiquement des retombées négatives sur l'ensemble du secteur bancaire et le marché financier et des capitaux. De ce point de vue, la recherche rapide d'un nouveau partenaire et de nouveaux actionnaires pour l'IPB était importante. Ainsi, le gouvernement, ensemble avec la banque nationale, ont prévenu des retombées négatives qui auraient pu porter atteinte à l'ensemble de la stabilité de la sphère bancaire."

L'Association bancaire salue la vigilance de la banque centrale, estimant que, sans son intervention et l'accord du gouvernement, l'IPB se serait trouvée dans une situation rendant inévitable sa liquidation.

A cela s'ajoute la déclaration de Pavel Mertlik, ministre des Finances, la semaine dernière, devant les députés. Un véritable cours magistral de deux heures. Nous retenons certaines données des plus percutantes. Pour lui, si priorité il y a, c'est bien la sécurité des dépôts des petits épargnants. Pour peu que l'Etat, a-t-il précisé, ne se serait pas occupé de cette affaire, il se serait trouvé dans l'obligation de débourser aux épargnants quelque 141 milliards de couronnes du Fonds d'assurance des dépôts. Mais la vente, non plus, selon lui, n'est pas une cinécure. Le contribuable y sera de sa poche. Mais il ne déboursera que 40 milliards. Plus grave, le naufrage de l'IPB se serait traduit par une baisse de 2 à 4% de PIB. Ce règlement civil serait-il accompagné de suites pénales ? Des irrégularités ont été constatées, comme des données erronées sur les crédits accordés, notamment la surévaluation de la valeur des immeubles hypothéqués, mais aussi des opérations douteuses qui pourraient cacher le blanchiment d'argent. Le ministre a emporté la conviction des députés. Une commission d'enquête parlementaire enquêtera sur l'IPB, mais depuis sa création. Vaclav Klaus trouve l'idée d'enquête ainsi vidée de son contenu.

Mais où en est la position de Nomura ? Voilà ce qu'on lit dans la presse spécialisée à ce sujet : Le vendredi 23 juin, l'ancien associé majoritaire de l'IPB, - en l'occurrence la banque japonaise Nomura - doute de la régularité du comportement de la CSOB dans cette vente qui s'est déroulée, selon elle, dans des conditions qui ne sont ni honnêtes ni transparentes. Le représentant de Nomura, qui, par l'intermédiaire de la société hollandaise Saluka Investiments contrôle 46% des actions de l'IPB, affirme que la cession avait des motivations politiques et que Nomura, pour l'instant, se préoccupe surtout de protéger ses droits d'actionnaires. Jusque-là, ça va. Ce qui vient troubler la vision, c'est cette déclaration de Nomura International dont le siège est à Londres, à savoir que Nomura ne possède pas d'actions de l'IPB et que toute personne qui affirmerait le contraire, serait poursuivie judiciairement. Allez donc comprendre.

Enfin il reste beaucoup de questions à tirer au clair et que se pose le public. Comment se fait-il que l'IPB en soit arrivée là ? Quelles sont les responsabilités ? Quelle est leur nature et leur gravité ? Quelle réparation possible et comment ? C'est, en bonne logique, à la commission d'enquête de répondre à ces questions.

Auteur: Omar Mounir
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