En Tchéquie, la grève des médias publics donne le ton avant la grande manifestation de mi-novembre
Un peu plus de 3 600 employés de la Radio et de la Télévision tchèques (ČRo et ČT) étaient en grève, mardi 3 novembre, pour défendre l’indépendance des deux médias publics, menacée selon eux par le projet de réforme de leur mode de financement, en cours d’examen à la Chambre des députés. Dans de nombreuses villes du pays, des rassemblements se sont également tenus et ont suscité une forte mobilisation.
Comme ils l’avaient déjà fait sur la place de la Vieille Ville à Prague le 25 octobre, et en attendant la grande manifestation qui se tiendra à Prague le dimanche 15 novembre, deux jours avant les traditionnelles commémorations des événements de novembre 1989 qui ont abouti à la chute du régime communiste dans l’ancienne Tchécoslovaquie, plusieurs dizaines de milliers de Tchèques ont de nouveau exprimé, dès mardi et dans les rues de nombreuses villes du pays, leur opposition au projet du gouvernement d’Andrej Babiš visant à supprimer les redevances audiovisuelles, qui servent au financement de ČRo et ČT, et à transférer celui-ci vers le budget de l’État.
Et aussi, à travers leur opposition à un texte de loi adopté à la va-vite et au bout de la nuit en première lecture par les députés de la coalition, leur rejet de la manière dont le gouvernement dirige le pays et gère ses affaires depuis sa nomination en fin d’année dernière.
D’une durée de vingt-quatre heures, avec une diffusion des programmes habituels réduite au strict mininum légal tout au long de la journée, la grève a été suivie par environ 85 % des effectifs de ČRo et ČT (qui comptent respectivement quelque 1 380 et 2 900 employés). Ceux-ci ont bénéficié du soutien de plusieurs universités et écoles supérieures, de même que de celui de nombreuses institutions culturelles, parmi lesquelles le Théâtre national de Prague.
D’une même voix lors des rassemblements qui se sont tenus parallèlement à cette grève, tous ont reclamé le retrait d’un projet qui, selon eux, menace l’indépendance et la stabilité des médias de service public et pourrait faire emprunter à la République tchèque une voie semblable à la dérive observée dans la Slovaquie voisine de Robert Fico ou en Hongrie sous Viktor Orban.
À leurs yeux, face à la montée du populisme, d’autant plus dans le contexte d’une Europe centrale dont un certain nombre de pays ont été ou restent sujets à diverses dérives illibérales, la lutte pour le maintien des redevances audiovisuelles s’apparente aussi à une protection de deux piliers indissociables que sont l’État de droit et la démocratie.
Au-delà de l’objectif publiquement inavoué dea auteurs de ce projet de loi – réduire le contrôle de l’audiovisuel public sur la vie politique - dont les trois partis de la coalition gouvernementale (mouvement attrape-tout ANO, parti d’extrême droite SPD et parti eurosceptique et antiécologiste des Automobilistes) ont fait l’une des priorités de leur programme, les manifestants, qui à Prague ont rempli en fin d’après-midi toute une moitié de la place Venceslas, ont également exprimé le regret qu’aucun débat fondé sur les missions qui à l’avenir devraient être celles de la Télévision et de la Radio tchèques n’ait précédé l’ouverture de son examen à la Chambre des députés. Un débat auquel participeraient toutes les formations politiques représentées au Parlement, les parties directement concernées par cette éventuelle réforme ainsi que différents experts du monde des médias.
Jeudi matin, au lendemain de cette mobilisation relativement rare en République tchèque, dans un pays où les arrêts de travail sont généralement d’une faible ampleur, Andrej Babiš a réagi en déclarant qu’il avait « pris acte de la grève de ČRo et ČT et des manifestations qui l’ont accompagnée », mais que son gouvernement n’avait nullement de revenir sur ses intentions. « Nous tiendrons nos promesses, nous supprimerons les redevances pour les Tchèques et les entreprises », a-t-il confirmé.
Depuis son adoption en première lecture, et face aux vives contestations que ce passage en force législatif a aussitôt entraînées, le Premier ministre a néanmoins lâché que l’examen du projet de réforme en deuxième lecture à la Chambre basse laisserait la place à un débat cette fois ouvert à tous, y compris donc aux partis de l’opposition. Et laissé entendre que d’autres modèles de financement qu’un budget directement alloué par le gouvernement à ČRo et ČT via les finances publiques pouvaient être envisagés.




