En Tchéquie, le come-back d’Andrej Babiš, à nouveau Premier ministre
Le leader du mouvement ANO Andrej Babiš a été nommé Premier ministre ce mardi. La composition définitive du prochain gouvernement sera probablement connue la semaine prochaine, alors qu’un cabinet très à droite se profile en Tchéquie.
C’est donc acté : quatre ans après son dernier mandat, le milliardaire tchèque d’origine slovaque Andrej Babiš a été nommé Premier ministre par le président tchèque Petr Pavel. Le dernier obstacle à sa nomination étant tombé jeudi dernier après qu’il a annoncé avoir renoncé à son holding Agrofert, le chef de l’Etat tchèque n’avait donc plus d’autre choix que de nommer officiellement le vainqueur des dernières législatives, un plus de deux mois après leur tenue.
C’est donc, comme de tradition, au Château de Prague, que le président a reçu ce mardi matin à neuf heures Andrej Babiš en présence de hauts représentants de l’Etat. Après avoir souligné que ce dernier avait, comme il le lui avait promis, trouvé une solution pour régler le problème de son conflit d’intérêts, Petr Pavel a mis en avant le défi principal de la prochaine législature :
« La République tchèque se trouve dans un contexte sécuritaire et économique qui n’est pas simple. Nous allons devoir faire face à une série de problèmes qui ne plairont pas à la population. Ils exigeront non seulement une vision, mais aussi du courage et une adhésion sans équivoque à nos liens avec l’UE et l’OTAN, et une approche constructive en tant que pays conscient non seulement de valeurs et d’intérêts communs mais aussi comme pays qui a des idées sur la meillure façons de trouver une solution à ces problèmes. »
Une déclaration sous forme d’avertissement subtil, comme à son habitude, pour un chef de l’Etat tchèque qui, il y a quelques jours encore, déclarait au Times : « Si Poutine gagne en Ukraine, nous perdrons tous », comparant les négociations secrètes entre les États-Unis et la Russie sur les concessions territoriales à l’accord de Munich de 1938, les qualifiant de dangereusement similaires.
Car c’est aussi l’orientation politique future de la Tchéquie qui est en jeu avec la nomination d’Andrej Babiš qui, pour former sa future coalition, est allé chercher ses alliés à la droite de la droite, chez les prorusses du SPD et les anti-Green Deal du parti des Automobilistes. Une alliance qui ne laisse d’inquiéter à l’étranger depuis Bruxelles notamment, mais aussi dans l’opposition tchèque, où l’on perçoit non sans crainte la réorientation plus que probable de la Tchéquie, jusque-là solide soutien de l’Ukraine, vers une ligne plus favorable à Moscou, à l’instar du voisin slovaque et de la Hongrie de Viktor Orbán.
La réponse d’Andrej Babiš, qui depuis la formation de son mouvement ANO en 2011, aura été tour à tour député, ministre des Finances, Premier ministre, puis candidat malheureux à la présidentielle et donc, une nouvelle fois Premier ministre, aura été concise et assez générale pour ne fâcher personne :
« Monsieur le président, je vous remercie de m’avoir nommé Premier ministre de la République tchèque. Je promets à tous les citoyens que je défendrai leurs intérêts non seulement chez nous, mais aussi partout dans le monde, que je ferai tout mon possible pour que nous respections notre programme gouvernemental et je ferai tout mon possible pour que la République tchèque devienne le meilleur endroit où vivre sur toute la planète. Encore une fois, merci beaucoup. »
La prochaine étape qui attend désormais la Tchéquie sera la nomination officielle du gouvernement : au cours des dernières semaines, le président tchèque a mené des entretiens avec les candidats aux différents ministères. Et tout comme il a exercé le peu de marge de manœuvre que lui confèrent les compétences présidentielles pour exiger d’Andrej Babiš qu’il règle d’une façon ou d’une autre son conflit d’intérêt, Petr Pavel n’a eu de cesse de répéter qu’il ne voyait pas d’un bon œil l’éventuelle nomination de Filip Turek à des fonctions ministérielles, quelles qu’elles soient. Le président d’honneur des Automobilistes, pressenti d’abord pour la diplomatie puis pour le ministère de l’Environnement, est régulièrement épinglé pour avoir tenu des propos racistes, homophobes, sexistes teintés d’idéologie néo-nazie, et s’était fait porter pâle « pour des ennuis de santé » pour la dernière réunion de lundi des candidats auprès du chef de l’Etat.
Finalement, son nom ne figurait pas sur la liste des ministres appelés à former la prochaine coalition gouvernementale remise ce mardi matin par Andrej Babiš à Petr Pavel. Le nouveau Premier ministre a expliqué qu’il s’agissait là d’une décision des Automobilistes et que le ministère de l’Environnement pourrait être dirigé temporairement par Petr Macinka, leader de ce parti et probable futur ministre des Affaires étrangères. Pourtant cette absence notable pourrait s’apparenter, selon certains politologues, à une manière de faire sortir discrètement Filip Turek, trop controversé, de l’équation gouvernementale.
En attendant, la nomination très proche du futur gouvernement ne se fera pas sans protestations : dès ce mardi, une manifestation de l’Université pour le climat a défilé dans Prague pour exprimer son mécontentement vis-à-vis de la possibilité d’un ministère de l’Environnement aux manettes d’un parti climatosceptique. Et de leur côté, les Pirates ont fait savoir qu’ils allaient interpeller la Commission européenne pour savoir si le holding Agrofert d’Andrej Babiš pouvait continuer à percevoir des subventions sans enfreindre les règles européennes. Car l’opposition ne se satisfait pas pour sa part de la déclaration publique du milliardaire tchèque de renoncer à son empire de l’agro-alimentaire, dont il dit lui-même qu’il le considère « comme son enfant ».






