Presse : Airbnb revient en force dans le centre de Prague
Cette nouvelle revue de la presse tchèque s’intéresse au nouveau boom des locations pour des séjours de courte durée à Prague et à ce qui aurait pu se passer si les Allemands des Sudètes n’avaient pas été exclus de Tchécoslovaquie après la Deuxième Guerre mondiale. Autres thèmes d’actualité : les chances de réélection du président de la République Petr Pavel, une nouvelle initiative pour relancer la natalité ou encore la fragilisation de la question des droits de l’homme.
Ce qui, initialement, n’était qu’une idée d’économie collaborative, est devenu une affaire très juteuse dans les grandes villes européennes. À Prague y compris. Tel est le constat que dresse Seznam Zprávy. Le site d’actualité explique que les locations de logements pour des séjours de courte durée envahissent à nouveau le centre de la capitale tchèque et que la situation est de plus en plus comparable à celle de grandes villes victimes du tourisme de masse comme Barcelone ou Lisbonne. C’est la raison pour laquelle le ministère du Développement régional prépare une nouvelle forme de réglementation de ce type de locations :
« L’idée principale est d’instaurer un système appelé eTurista qui, pour la première fois, permettrait à l’État et aux villes de savoir qui loue ces appartements pour des séjours de courte durée, où exactement et dans quelle mesure. Le projet doit être présenté d’ici fin juin. Or, l’absence de données est précisèment l’un des principaux problèmes du système actuel. À l’échelle locale, les autorités ne disposent en effet aujourd’hui pratiquement d’aucun moyen de contrôle efficace. »
Ce débat intervient alors qu’Airbnb effectue un retour en force dans le centre de Prague après le ralentissement causé par la pandémie de Covid-19. Et surtout à un moment, comme le souligne encore Seznam Zprávy, où Prague figure parmi les capitales en Europe où l’accès au logement est particulièrement compliqué, avec des loyers et des prix de vente qui ne cessent de grimper et des projets de construction très insuffisants pour répondre à la demande sur le marché. « En Tchéquie, seuls un peu plus de 30 000 nouveaux logements ont été achevés en 2024, soit environ 20 % de moins qu’en 2023. En termes d’offre par habitant, le pays se trouve ainsi bien en dessous de la moyenne européenne », ajoute le site.
« Sans l’expulsion des Allemands, nous aurions pu nous entretuer comme en ex-Yougoslavie »
« On ne se préoccupe pas de l’absurde système des examens d’entrée dans les écoles secondaires, on ne discute pas non plus de comment faire en sorte que le plus de moyens financiers possible puissent être consacrés à l’éducation et à la science de manière à faire partie des pays les plus prospères au monde, comme nos dirigeants politiques ne cessent de le clamer. Au lieu de cela, on se querelle autour du congrès des Allemands des Sudètes qui se tient à Brno, sujet qui domine la scène politique tchèque. » Tel est le constat que dresse le quotidien Hospodářské noviny avant de réfléchir à ce qui aurait pu se passer si les Allemands qui vivaient dans les régions limitrophes dites des « Sudètes » n’avaient pas été expulsées de l’ancienne Tchécoslovaquie après la fin de la Seconde Guerre mondiale :
« Nous pouvons nous bercer d’illusions et imaginer que nous vivrions mieux aujourd’hui si, après la guerre, les Allemands n’avaient pas été transférés - ou expulsés, si vous préférez - de Tchécoslovaquie. C’est ce que les médias surtout ont voulu faire croire dans les années 1990. Dans cette logique, le transfert aurait été un crime, ou tout du moins une grossière erreur. »
Cette idée, « absurde » selon lui, amène l’auteur à évoquer l’expérience vécue par la Yougoslavie. Un pays dans lequel la dictature du communiste Tito a longtemps gelé les conflits ethniques entre Serbes, Croates, Albanais et autres peuples :
« En Tchécoslovaquie également, les relations entre Tchèques et Allemands après la guerre étaient alourdies par les hectolitres de sang versé. Ici non plus, on ne peut pas exclure l’idée qu’après la chute du communisme, dont le régime aurait préalablement gelé un éventuel conflit ethnique, les relations entre Tchèques et Allemands auraient pu dégénérer, comme cela a été le cas au début des années 1990 dans l’ex-Yougoslavie. Certes, vu d’aujourd’hui, cette expulsion est d’un point de vue moral tout à fait inacceptable. Mais à l’époque, il n’y avait pas d’alternative. Par ailleurs, aucun autre sujet ne bénéficiait d’un tel consensus au sein de la société tchèque ».
Mais s’opposer à la tenue du congrès des Allemands des Sudètes à Brno, « un événement à peu près aussi dangereux que les activités d’une association d’embellissement dans une petite ville », comme l’indique en conclusion Hospodářské noviny, « relève sans doute de l’opportunisme ou de la stupidité ».
Imbattable le président Petr Pavel, vraiment ?
Lors de la prochaine élection présidentielle en 2028, l’actuel président tchèque Petr Pavel « sera imbattable », selon un chroniqueur du magazine Reflex. Il explique pourquoi à ses yeux :
« Lors de la dernière présidentielle, Petr Pavel a remporté l’élection avec une avance considérable d’environ un million de voix. Il a obtenu l’un des mandats les plus forts de l’histoire politique tchèque. En tant que président, Pavel a parfois flirté avec les limites de la Constitution, voire les a dépassées. Si ses gestes semblent plaire à la majorité de ses électeurs, l’essentiel de sa popularité réside toutefois ailleurs, dans quelque chose d’un peu différent. Plus peut-être que quiconque d’autre dans le pays, Petr Pavel a tout simplement l’allure d’un président. Ce n’est pas là un compliment, mais une évaluation de ses avantages concurrentiels par rapport aux autres candidats. Avec son apparence à la (Tomáš Garrigue) Masaryk (premier président tchécoslovaque entre 1918 et 1935) et son attitude posée, voire ennuyeuse pour certains, il répond tout simplement le mieux à l’image que la plupart des Tchèques se font d’un président, d’un point de vue purement visuel. »
Petr Pavel est un homme politique libéral, qui prône par exemple le mariage pour tous, favorable aussi à l’adoption de l’euro. Comme l’ajoute le chroniqueur de Reflex, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle une partie de ses électeurs ne partagent pas toutes ses positions. Une réalité qui n’est toutefois pas très importante pour le chef de l’État, puisqu’il ne dispose pas d’un grand pouvoir de décision sur ces questions et que les lois qui seront adoptées pour y répondre dépendront toujours d’abord du gouvernement en place et de la composition du Parlement. « Pour toutes ces raisons, et s’il ne commet pas d’erreurs vraiment graves, personne ne sera en mesure de battre Petr Pavel », conclut l’auteur.
Andrej Babiš veut que les Tchèques fassent plus d’enfants
Le Premier ministre Andrej Babiš a sollicité différents experts pour analyser sous tous les angles les raisons pour lesquelles si peu d’enfants naissent en Tchéquie ces dernières années et envisager des solutions. Selon l’hebdomadaire Respekt, le chef du gouvernement a rejoint ainsi les rangs des dirigeants occidentaux qui s’efforcent, sans grand effet jusqu’à présent, d’inverser la tendance à cette chute vertigineuse de la natalité :
« À l’issue de la conférence, le leader du mouvement ANO a déclaré qu’il entendait continuer à se consacrer à ce sujet, sans toutefois s’engager sur aucune des propositions concrètes qui ont été formulées. Andrej Babiš a simplement promis de faire évaluer leur impact. La prudence est de mise. La question de fonder ou non une famille relève tellement de l’intime que les politiciens marchent sur des œufs. Le président français Emmanuel Macron en sait quelque chose après avoir tenté de miser sur la sensibilisation. »
Femme d’affaires et fondatrice de l’institut Solvo, un laboratoire d’idées qui s’efforce de « développer le potentiel de la société », Ivana Tykač a formulé dix changements structurels envisageables. Le problème, toujours selon Respekt, c’est que plusieurs de ses propositions ressemblent à des sanctions. Par exemple, elle propose que les personnes sans enfant ne bénéficient plus du droit à une retraite anticipée et versent des cotisations sociales plus élevées. Le magazine admet que « même si le ‘décalogue’ de Solvo ne soulège absolument pas la question du logement inabordable pour beaucoup, il contient néanmoins des points qui méritent d’être retenus comme ceux qui préconisent de créer des crèches et des jardins d’enfants dans les universités et d’assouplir les études supérieures en donnant la possibilité de les étaler par étapes sur une plus longue période. »
Le dossier des droits de l’homme fragilisé
« Le gouvernement d’Andrej Babiš s’inscrira dans l’histoire politique tchèque comme celui qui a anéanti, au moins pour les prochaines années, le dossier des droits de l’homme. » Tel est l’avertissement lancé par le quotidien Deník N en lien avec le fait qu’à compter de juillet prochain, le département en charge des droits de l’homme et de la protection des minorités disparaîtra du Bureau du gouvernement. Une démarche qui prouve « que les dirigeants de la coalition gouvernementale non seulement ne considèrent pas les droits de l’homme comme une priorité, mais ont décidé de limiter le traitement de thèmes tels que l’exclusion sociale, les droits des enfants, le système pénitentiaire, la prise en charge en institution, la santé mentale ou les droits des personnes handicapées ».
« Bien que cette mesure puisse ne sembler être qu’une simple formalité, car les différentes sections du département supprimé seront transférées vers les ministères, ce n’est pas le cas. Le problème de la dernière décision du gouvernement réside non seulement dans la fragmentation de ce dossier important, mais aussi dans le vide de son contenu factuel. De même, on ne sait toujours pas si le poste de médiateur pour les droits de l’homme sera maintenu. Une seule chose est sûre : il faudra du temps pour que le dossier des droits de l’homme se remette de cette mesure. »






