En 1938, les voix de l’amitié franco-tchécoslovaque à l’épreuve de Munich

Le conférence de Munich (Neville Chamberlain, Edouard Daladier, Adolf Hitler, Benito Mussolini)

Nous sommes en 1938, un tournant dans l’histoire de l’Europe dont nous entendons encore aujourd’hui des échos. On rappelle régulièrement l’abandon de la Tchécoslovaquie par ses alliés français et britannique à Munich les 29 et 30 septembre, mais qu’en est-il de l’atmosphère et des relations franco-tchécoslovaques dans les mois qui précèdent ? Que dire des jours qui suivent Munich et des justifications à la signature des Accords ? L’historien et archiviste Tomáš Dufka a sélectionné plusieurs enregistrements dans le fonds sonore de la Radio tchèque qui racontent une histoire faite d’amitié franco-tchécoslovaque et caractérisée par l’espoir et les désillusions.

Tomáš Dufka, parmi les sons que vous avez sélectionnés pour cette émission, il y a une archive du 4 juillet 1938, consacrée à l’arrivée de gymnastes français au Xe Slet du Sokol. Le « slet » est un grand rassemblement du Sokol, ce mouvement gymnastique et patriotique tchécoslovaque né au XIXe siècle. On est encore assez loin de l’image d’une France qui va abandonner la Tchécoslovaquie à Munich. Dans ce moment de communion sportive, que nous dit cette visite sur les relations entre les deux pays, à quelques semaines de la crise ?

Le Xe Slet du Sokol en 1938 | Photo: APF ČRo

« Si on ne connaissait pas le contexte politique, on pourrait penser qu’il s’agit d’une relation idyllique entre les deux pays. Les archives nous montrent que, dans le domaine médiatique, on essayait de rassurer l’opinion publique, alors même que la situation de la Tchécoslovaquie était déjà très critique. Les sons sont extrêmement enthousiastes. On entend les membres de la délégation française saluer les Sokol. Puis, après l’intervention d’un membre de la ville de Lille, je crois, on entend également l’hymne national français. L’atmosphère est donc très enthousiaste. »

Le Xe Slet du Sokol en 1938 | Photo: APF ČRo

Le Sokol, comme vous le disiez, n’est pas seulement une organisation sportive : c’est aussi une organisation patriotique qui a notamment contribué à la création de la Tchécoslovaquie. Quelle place occupe ce mouvement dans l’imaginaire national tchécoslovaque et dans les relations avec la France ?

« C’est une organisation très importante, vraiment cruciale pour la République tchécoslovaque. On peut même dire qu’elle avait aussi une dimension politique, et pas seulement sportive. Les Sokol avaient (et ont toujours) des associations à l’étranger, dans le monde entier. Ces associations venaient régulièrement, tous les six ans, participer au Slet à Prague, notamment le Sokol de Paris. L’association des Sokol de Paris est d’ailleurs l’une des plus anciennes associations de ce type au monde. C’était donc quelque chose d’assez régulier. Et il n’y avait pas seulement les Sokol qui venaient en Tchécoslovaquie. Par exemple, la Fédération d’éducation physique française était également présente au Slet de 1938. »

Le plus grand événement d'avant-guerre du Sokol est devenu le Xe rassemblement Sokol en juillet 1938 | Photo: VHÚ

Est-ce qu’on peut dire que ces échanges sportifs traduisent aussi une forme de diplomatie populaire franco-tchécoslovaque ? On connaît évidemment les échanges politiques et culturels, mais là, on est au niveau du sport.

« Oui. Au niveau sportif, les relations étaient très bonnes et on voulait aussi défendre la cause tchécoslovaque par ces événements, et pas seulement par les moyens politiques. Ces manifestations n’étaient a priori pas idéologiques, mais elles avaient évidemment une certaine importance dans l’imaginaire de l’amitié franco-tchécoslovaque. »

Un autre son de vos archives date du 24 juillet 1938, donc une vingtaine de jours plus tard. Il s’agit cette fois d’un reportage d’un journaliste tchécoslovaque, un certain Disman, qui se trouve à Dijon. On y entend parler de gymnastes tchécoslovaques, des femmes, que le maire de Dijon, Robert Jardillier, appelle les « sokolettes ». Elles se rendent à Dijon, qui est, on le sait, une ville très tchécophile. Est-ce que ces échanges s’inscrivent aussi dans une véritable réciprocité franco-tchécoslovaque ? Les Français viennent en Tchécoslovaquie et les Tchécoslovaques viennent en France.

Photo: e-Sbírky,  Musée national - Historické muzeum,  CC BY-NC-ND 4.0 DEED

« Oui. Ce qui se passe à Dijon en 1938 n’est pas quelque chose d’unique ou d’exceptionnel. Ce genre d’événements était assez fréquent dans les années 1930. Mais le contexte politique, lui, est très différent. Dans les archives sonores, on a parfois l’impression que tout est ensoleillé, que tout va très bien. Pourtant, la situation politique est déjà très mauvaise. Les gymnastes tchécoslovaques, et notamment les sokolettes, étaient vraiment des stars. À l’époque, les gymnastes tchécoslovaques étaient parmi les meilleures du monde. La presse française parlait donc beaucoup d’elles et rencontrait un véritable succès. Mais sur le plan politique, la situation était beaucoup plus sombre. Et ces échanges ne concernaient pas seulement le sport. Il y avait aussi des échanges entre les milieux intellectuels. A Prague, en juin 1938, il y a par exemple un congrès du PEN Club à la fin du mois. Entre les élites tchécoslovaques et françaises, il existait donc aussi des échanges intellectuels qui n’étaient pas nécessairement politiques. »

Le congrès du PEN Club à Prague,  1938 | Photo repro: Vladimír Křivánek,  'Conscience of the World,  The Story of Czech P.E.N.'/Czech Centre of International P.E.N.,  2018

On voit donc que les relations franco-tchécoslovaques étaient présentes à tous les niveaux : politique, culturel, sportif… Cela rappelle aussi que la Tchécoslovaquie était bien un allié important de la France, qui avait d’ailleurs présidé à sa création en 1918. Est-ce qu’on entend malgré tout, dans ce reportage, une forme de tension ?

« Pas vraiment. Je n’entends pas beaucoup de peur ou le sentiment que quelque chose de mauvais allait arriver. On ne ressent pas vraiment de tension. C’est peut-être justement ce qui est intéressant. Après la désillusion provoquée par Munich, le décalage avec ce que l’on entend dans ces reportages a dû être beaucoup plus fort. Dans ces archives, on ne perçoit pratiquement aucun problème. »

En France, pas seulement des partisans de la politique de l’« appeasement »

Autre archive : nous sommes le 4 septembre 1938, donc à peine quelques semaines avant les Accords de Munich. Vous avez dans votre fonds sonore un discours de Pierre Cot, qui est à Prague. C’est une figure intéressante de la politique française : il a été ministre de l’Air et appartient à la gauche française. Que vient-il faire à Prague à ce moment précis ?

« Pierre Cot était l’un des principaux opposants à la politique d’apaisement. Il venait donc apporter son soutien à la Tchécoslovaquie dans son combat contre l’Allemagne nazie. Pendant son séjour, il est même venu dans le bâtiment de la radio, où il a prononcé son discours. »

Il va plus tard s’opposer aux Accords de Munich. Est-ce qu’on peut déjà entendre, dans ce discours du 4 septembre, les positions qui vont le conduire à les refuser ?

Pierre Cot | Photo: APF ČRo

« C’est intéressant, parce qu’il est assez diplomatique dans son discours. Il parle de la nécessité de préserver la paix, qui est, selon lui, la chose la plus importante pour toute l’Europe, pour la France et pour la Tchécoslovaquie. Il tient aussi un discours d’espoir : il y a des problèmes, mais l’alliance entre les pays démocratiques est suffisamment forte. Il évoque également les Etats-Unis, qui sont eux aussi des alliés et pourraient venir aider. Pierre Cot est donc l’un des plus grands soutiens politiques français de la Tchécoslovaquie. Mais dans ce discours, il reste très prudent. »

Il est peut-être aussi obligé de ménager toutes les sensibilités. Il insiste notamment, si je me souviens bien, sur le fait que la Tchécoslovaquie aspire à la paix et n’est pas une puissance qui cherche la guerre ou le conflit.

« Oui. Il affirme également que le principe de la défense collective sera appliqué, qu’il n’y a aucun doute à ce sujet. Mais on sait déjà qu’au cours des semaines et des mois qui précèdent Munich, la France hésite. Ce principe n’est donc déjà plus aussi évident qu’il pouvait le laisser entendre. »

Des personnalités françaises qui estimaient que la France devait respecter ses engagements envers la Tchécoslovaquie avaient finalement assez peu de marge de manœuvre.

« Oui. Et la Tchécoslovaquie elle-même hésitait sur la manière de renforcer ses relations diplomatiques avec l’URSS. Il y avait cette hésitation entre une coalition avec les puissances occidentales et une coopération avec l’Union soviétique. C’était aussi un problème important pour les relations franco-tchécoslovaques à l’époque. »

Edouard Daladier avant et après Munich

On entre maintenant dans le vif du sujet avec les accords de Munich. Vous avez une archive qui date du 29 septembre 1938. Edouard Daladier, président du Conseil, s’adresse à la nation. Qu’est-ce qu’on peut entendre dans cette archive ?

L'atterrissage du Premier ministre français Daladier à l'aéroport de Munich,  le 29 septembre 1938 | Photo: Bundesarchiv,  Bild 183-H12945 /Wikimedia Commons,  CC-BY-SA 3.0

« Il indique qu'il a été invité le lendemain à Munich pour une réunion importante et qu’il ne peut donc pas donner plus de détails sur les positions du gouvernement qu’il comptait initialement présenter au public. Il a toutefois remercié le peuple de France pour son attitude ‘pleine de courage et de dignité’. Il dit se rendre à Munich avec le soutien de toute la nation française. »

Quand Daladier part pour Munich, il sait pourtant qu’il ne s’agit pas d’une négociation entre égaux, puisque la Tchécoslovaquie n’est pas conviée à la table des négociations. On rappelle que sont présents Édouard Daladier, Neville Chamberlain, le Premier ministre britannique, Benito Mussolini et Adolf Hitler, mais pas les Tchécoslovaques. Est-ce que cette absence apparaît dans l’archive sonore ?

« Oui, elle apparaît notamment parce que Daladier parle d’une négociation entre les quatre puissances de l’Europe, donc les puissances fortes. »

Signatures de l'Accord de Munich | Photo: Barbora Navrátilová,  Radio Prague Int.

Une autre archive, c’est celle du retour de Daladier à Paris. Il s’agit d’un reportage réalisé à l’aéroport du Bourget le 30 septembre, et où le président du Conseil s’exprime après la signature des accords.

« L’atmosphère semble vraiment très chaleureuse. La foule applaudit Daladier et l’ambiance est presque trop enthousiaste. Certaines sources indiquent toutefois que, à son arrivée, Daladier n’était pas du tout sûr que les gens ne soient pas venus le huer. Il était d’ailleurs très soulagé de constater que la foule était de son côté. »

De retour de Munich le 30 septembre,  E. Daladier et G. Bonnet prennent place à bord d'une Hotchkiss pour rentrer à Paris. Entre l'aérodrome du Bourget et le ministère de la Guerre,  la foule ovationne Daladier et son ministre des Affaires étrangères | Photo: Keystone-France/Wikimedia Commons,  public domain

On entend finalement tous les arguments qui vont devenir ceux de la justification de Munich : préserver la paix, éviter une nouvelle guerre européenne et protéger la France.

« Oui. Avec cette idée que l’intérêt de la France est aussi l’intérêt de l’Europe, voire du monde. »

Beaucoup de Tchécoslovaques parlent des Accords de Munich comme d’une décision « o nás, bez nás », c’est-à-dire, « à propos de nous, sans nous », donc sans les personnes directement concernées. Ces archives en sont un peu le témoignage. Il n’est jamais question des Tchécoslovaques…

Edouard Daladier lors de la signature de l'accord de Munich,  le 30 septembre 1938 | Photo: Bundesarchiv,  Bild 183-R72204/Wikimedia Commons,  CC BY-SA 3.0

« Non. Ce qui est intéressant avec ces archives, c’est qu’il ne s’agit pas des sons que l’on pouvait écouter en Tchécoslovaquie. Ce sont des archives françaises. On peut même entendre ce qui précède le discours : le rédacteur explique où le message va être diffusé. Le discours est destiné à être diffusé en Angleterre, en Allemagne, je pense aussi en Suisse. Ce n’est donc pas un discours destiné aux Tchécoslovaques, ni même véritablement à l’Europe de l’Est. Il s’adresse avant tout au public occidental. »

Photo: Barbora Navrátilová,  Radio Prague Int.

Des liens solides entre Paris et Prague dans l’entre-deux-guerres

Cela donne donc l’impression que Daladier signe les accords de Munich avec toute la nation française derrière lui. Mais ce n’est pas tout à fait le cas. De mémoire, des sondages réalisés à l’époque en France ne montraient pas une opinion clairement favorable à l’abandon de la Tchécoslovaquie. Et certaines personnalités françaises se sont particulièrement distinguées en refusant Munich et en laissant une trace importante dans l’histoire de l’amitié franco-tchécoslovaque. On pense notamment à Hubert Beuve-Méry, que l’on connaît bien puisqu’il deviendra après la guerre le fondateur du journal Le Monde. Quatre jours après la signature des accords, le 4 octobre 1938, il s’exprime depuis la Tchécoslovaquie. Que faisait-il à Prague à cette époque ?

Hubert Beuve-Méry | Photo: Profimedia

« Il enseignait à l’Institut Ernest Denis, c’est-à-dire à l’Institut français de Prague à l’époque. Mais il avait aussi des connexions à de très hauts niveaux. Il effectuait notamment des relectures linguistiques de textes d’Edvard Beneš destinés, par exemple, à la Société des Nations. C’est donc une personnalité importante, non seulement pour l’histoire de la presse française, mais aussi pour les relations franco-tchécoslovaques. »

Dans cet enregistrement, il évoque notamment le général Faucher, chef de la mission militaire française. Il explique que sa douleur après Munich est égale à celle des Tchécoslovaques. Nos auditeurs connaissent bien l’histoire du général Faucher, à qui nous avons eu l’occasion de rendre hommage plusieurs fois grâce à son fils, décédé au printemps dernier, qui revenait régulièrement sur notre antenne pour parler de sa mémoire. Comme Beuve-Méry, qui proteste en quittant son poste à l’Institut, Faucher va lui aussi quitter ses fonctions et se mettre à la disposition de l’État tchécoslovaque. Ce n’est évidemment pas exactement la même chose : Faucher est militaire et son geste peut être considéré comme un acte extrêmement grave, voire comme une forme de trahison. Que nous disent ces deux démissions sur l’existence, en France même, d’un courant qui refuse Munich ?

Général Louis-Eugène Faucher | Photo: ČTK

« On voit que, pendant la période de la Première République tchécoslovaque, des liens très solides se sont créés entre la France et la Tchécoslovaquie. Et ces liens allaient bien au-delà des accords politiques. Cette période, qui a finalement été assez courte, une vingtaine d’années, a permis de faire émerger des personnalités importantes et très courageuses, qui ont contribué à maintenir l’alliance entre la France et la Tchécoslovaquie pour l’avenir, y compris après Munich. Je pense que c’est grâce à ces personnes que les relations franco-tchécoslovaques ont pu continuer à certains niveaux et que Munich n’a pas tout détruit. »

La politique des valeurs comme boussole

On peut d’ailleurs rappeler qu’après la guerre, le général Faucher a créé l’Association de l’amitié franco-tchécoslovaque, qui publie toujours aujourd’hui un bulletin. Son fils avait ensuite repris le flambeau et, aujourd’hui, c’est Pascal Maubert qui s’en occupe. Dans son discours, Hubert Beuve-Méry fait aussi référence à Jan Hus, le réformateur tchèque médiéval. Il dit : « Demeurons en toutes circonstances de bons ouvriers de la vérité et la vérité vaincra. » Cette formule fait évidemment référence à Jan Hus. Que nous dit cette référence au réformateur tchèque qu’il extrait du message de Faucher adressé aux Tchèques ?

« Je pense qu’il se présente comme une sorte de médiateur entre la France et la Tchécoslovaquie. En citant le passage sur Jan Hus en français, il pouvait exprimer avec élégance son appréciation des événements sans pour autant condamner de manière irrémédiable la position de son pays natal. Il était donc très diplomate. Il n’attaquait pas directement son pays, mais cette citation lui permettait d’exprimer sa position de manière assez élégante. »

Hubert Beuve-Méry deviendra évidemment une grande figure de la presse française puisqu’il est le fondateur du Monde, qui deviendra le journal de référence que l’on connaît. Est-ce qu’on peut dire que « l’homme du Monde » est né à Prague, au moment de Munich ?

Hubert Beuve-Méry | Photo: YouTube

« Oui, je pense que l’on peut le dire. Il avait déjà montré une capacité d’analyse très profonde et précise. Dès le printemps 1938, il avait notamment dit à Beneš qu’il pensait que la France ne soutiendrait pas la Tchécoslovaquie en cas d’attaque allemande. Il s’est donc montré comme quelqu’un qui avait une analyse très précise de la situation, mais aussi comme quelqu’un qui défendait des valeurs démocratiques. Il ne se contentait pas d’une approche pragmatique de la politique : il défendait aussi une politique fondée sur les valeurs. »

Un décalage entre l’image médiatique et la gravité de la situation

Le 15 octobre 1938, on entend un journaliste français parler de la crise de Munich et de ses conséquences. Il s’appelle Gustave Aucouturier. Est-ce que cette archive permet de voir apparaître ce que Munich n’a finalement pas réglé ? L’accord a simplement déplacé le problème dans le temps : quelques mois plus tard, la Tchécoslovaquie est entièrement démantelée et, moins d’un an après Munich, Hitler attaque la France. L’espoir de Daladier de préserver la paix s’est donc effondré.

Gustave Aucouturier | Photo: AFP/Profimedia

« Oui, mais dans le commentaire d’Aucouturier, j’ai l’impression qu’il essaie encore de calmer la situation. Il montre que la situation des Tchécoslovaques est difficile après Munich, mais que, peu à peu, la vie revient à la normale. Il cherche à donner l’image d’une Tchécoslovaquie où les événements sont en quelque sorte derrière nous, comme si l’on pouvait désormais se concentrer sur d’autres problèmes et considérer que la question tchécoslovaque était réglée. Mais en même temps, il mentionne les difficultés qui subsistent. Il y a notamment les problèmes liés à la définition de la frontière avec la Hongrie, qui ne se règlent pas facilement. Avec l’Allemagne ou la Pologne, la situation est, d’une certaine manière, plus claire, mais avec la Hongrie, elle reste problématique. On sent donc que la situation peut encore évoluer et que le problème n’est pas véritablement réglé. »

Pour conclure, quand on écoute ces archives aujourd’hui, qu’est-ce qui vous frappe le plus par rapport au récit que nous avons construit autour de Munich ? Est-ce que ces sons nous permettent finalement de voir cette histoire différemment ?

Tomáš Dufka | Photo: Khalil Baalbaki,  ČRo

« Ce qui est intéressant, c’est le décalage entre les discours politiques et les reportages consacrés aux rassemblements, au Sokol, et plus généralement l’image médiatique de l’amitié franco-tchécoslovaque en 1938. On voit que, dans la sphère médiatique, on voulait donner l’impression que la situation n’était pas aussi grave qu’elle l’était réellement. Et, en même temps, on peut entendre, par exemple dans les discours de Daladier, qu’il ne connaissait peut-être pas très bien la Tchécoslovaquie. On a parfois l’impression que la question tchécoslovaque faisait partie des dossiers qu’il fallait régler, mais sans qu’il y ait forcément une compréhension très profonde du pays. C’est peut-être cela qui est le plus intéressant dans toutes ces archives sonores : elles permettent de sentir ce décalage entre la réalité politique, les discours officiels et l’image que les médias voulaient donner de la situation. »

Auteur: Anna Kubišta
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