Entre mémoire et modernité, la Tchéquie célèbre la culture des Roms
Le 8 avril marque la Journée internationale des Roms. L’occasion de célébrer la richesse d’une culture souvent perçue en Tchéquie entre folklore et discrimination.
Qui se promène ce 8 avril dans Prague ne manquera pas de remarquer sur tous les tramways de la capitale les petits drapeaux aux bandes bleues et vertes, recouvertes d’une roue rouge à seize rayons symbolisant la vie traditionnellement nomade des populations roms. D’ordinaire, les tramways n’en arborent que pour certaines occasions, comme le drapeau tchèque pour la fête nationale et certains jours fériés, quelque fois pour d’autres événements comme la Journée des Sokols ou l’anniversaire de l’entrée de la Tchéquie dans l’OTAN. L’affichage des drapeaux roms est donc une première pour la communauté, comme le souligne Klára Hlaváčková, organisatrice des événements de la journée :
« Ainsi, la Journée internationale des Roms sera réellement visible dans l’espace public et il ne sera pas possible de l’ignorer. Cela peut susciter l’intérêt de personnes qui n’ont pas nécessairement des préjugés, mais qui manquent simplement d’informations ou ne se sont pas encore intéressées au sujet. Peut-être que cela les incitera aussi à en apprendre davantage sur l’histoire rom et, en même temps, à soutenir la fierté du peuple rom. »
En réalité, le 8 avril est en Tchéquie le point d’orgue de plusieurs jours de rendez-vous, rencontres littéraires, concerts, pièces de théâtre et autres événements culturels. « Les Roms au pays des merveilles » est le thème central des célébrations cette année, comme le détaille encore Klára Hlaváčková :
« Le thème symbolise un certain courage : celui d’imaginer un monde dans lequel l’identité rom n’est ni remise en question ni expliquée, mais considérée comme allant de soi et acceptée. Un monde où la culture rom n’est pas perçue comme marginale ou exotique, mais comme une composante à part entière et visible de l’espace public : à l’école, dans les médias, dans l’art et en politique. Et ce ‘pays des merveilles’ ne doit pas servir d’échappatoire à la réalité, mais au contraire présenter la réalité à laquelle nous aspirons : une vision de la société qui, au lieu de préjugés, offre la compréhension ; au lieu de barrières, la coopération ; et au lieu de stéréotypes, une véritable connaissance. C’est un espace où les enfants et les adultes ont la possibilité de développer leur talent, et où la diversité n’est pas perçue comme un problème, mais au contraire comme une valeur. »
Il n’existe pas de chiffres exacts pour cette minorité : les estimations avancent entre 220 000 et 250 000 personnes se revendiquant « roms », en tant que « nation » (národ) ou « ethnie » lors des campagnes de recensement, soit entre 2 et 3 % de la population tchèque. La plupart de ces Roms vivent dans le nord-ouest de la Bohême, dans les villes d’Ústí nad Labem, Most ou Chomutov, des régions anciennement sudètes repeuplées après la guerre avec des personnes originaires de l’est de la Tchécoslovaquie d’alors, mais aussi dans la région de Moravie-Silésie, ou encore à Prague et à Brno.
C’est à Brno justement que, depuis 35 ans, le Musée de la culture rom permet tout au long de l’année d’en apprendre davantage sur cette minorité souvent prise en tenailles entre paternalisme et rejet par la population non-rom. Et pourtant, la création de cette institution aujourd’hui bien établie n’a pas été une mince affaire à l’époque. Le choix de Brno pour l’accueillir semblait alors une évidence, comme le rappelle sa directrice depuis ses débuts, Jana Horváthová :
« Brno était à l’époque le centre de l’intelligentsia rom. C’est ici aussi que se trouvait le siège de la toute première association rom, l’Union des Tziganes et des Roms. Cette association voulait depuis très longtemps créer un musée et c’est elle qui avait commencé à créer des collections à cet effet. »
Si la Journée internationale des Roms rappelle une fois l’an que les Roms sont une composante importante de la société tchèque, le musée, lui, s’efforce de le faire toute l’année à la fois pour la population majoritaire mais aussi pour la communauté rom elle-même :
« Pour les Roms de Tchéquie, nous sommes véritablement le tout premier sanctuaire de leur culture. Pour eux, c’est quelque chose de vraiment encourageant de voir que quelqu’un s’intéresse enfin à leur culture, que des écoliers de toutes origines viennent au musée suivre nos programmes pédagogiques et en apprendre davantage. »
Le Musée de la culture rom a actuellement deux « antennes » régionales à Hodonín u Kunštátu et Lety u Písku, où se trouvaient des camps d’internement destinés à la population rom pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est lui qui a la gestion de ces sites mémoriels dont la création a été le résultat d’une bataille de longue haleine. Un futur centre des Roms et Sintis est en cours de création à Prague, avec pour vocation muséale de présenter cette culture ancestrale en pays tchèques et moraves à destination des touristes étrangers.
La journée internationale des Roms s’achèvera ce mercredi soir par un grand concert de gala retransmis pour la première fois par la Télévision publique tchèque sur sa station ČT Art.






