Hedy Lamarr : derrière son visage de légende, une intelligence au service de la science

L’exposition Hedy Lamarr : une femme aux multiples facettes

Actrice adulée à Hollywood et inventrice visionnaire : Hedy Lamarr (1914-2000) a longtemps été réduite à sa beauté, mais l’époque contemporaine rend désormais hommage à son talent de scientifique longtemps méconnu. Une exposition au Forum culturel autrichien de Prague retrace le parcours hors du commun de cette femme qui voulait être reconnue pour son intelligence autant que pour son apparence.

Elle a été surnommée « la plus belle femme du monde », mais son héritage dépasse largement les écrans de cinéma. Née à Vienne en 1914 sous le nom de Hedwig Kiesler, Hedy Lamarr a multiplié les vies tout au long du XXe siècle. C’est ce qu’entend rappeler au grand public l’exposition Hedy Lamarr : une femme aux multiples facettes, présentée au Forum culturel autrichien de Prague jusqu’au 29 janvier 2027.

Hedy Lamarr | Photo: Everett/Profimedia

Comme le souligne Karolína Bukovská, du Forum culturel autrichien, dans un entretien accordé à la rédaction germanophone de Radio Prague International, l’objectif est de montrer Hedy Lamarr autrement que comme une simple actrice. « Elle ne voulait pas être reconnue uniquement pour sa beauté, mais aussi pour ses inventions », explique-t-elle, soulignant que ce désir de reconnaissance a marqué toute l’existence de cette femme largement en avance sur son temps.

Une renommée mondiale grâce au film Extase

Photo: Martina Schneibergová,  Radio Prague Int.

C’est d’abord via le cinéma européen qu’Hedy Lamarr se fait remarquer. Et son entrée dans le Septième Art est tout aussi fulgurante que sulfureuse : en 1933, elle tient le rôle principal dans le film muet Extase du réalisateur tchécoslovaque Gustav Machatý. Le titre est explicite : le long-métrage montre des scènes d’un érotisme champêtre où Eva, le personnage principal, gambade dans la tenue de son homonyme biblique avant de rencontrer – ça ne s’invente pas ! – Adam, qui deviendra son amant. Extase est également le premier film qui évoque un rapport sexuel entre les deux amants et peut également se targuer d’avoir suggéré le premier orgasme féminin du cinéma classique.

Hedy Lamarr | Photo: Profimedia

A 18 ans à peine, Hedy Lamarr devient un objet de fascination, mais aussi de controverse : l’affaire remonte jusqu’au pape Pie XI qui s’en mêle et dénonce son caractère choquant dans un magazine du Vatican. Aux Etats-Unis, le film est condamné par la Légion catholique de la décence qui essaye de le faire interdire. Il y sera joué mais sans le tampon nécessaire du Code Hays, et donc relégué à des cinémas indépendants et « arty ». Mais en attendant, la célébrité d’Hedy est faite : elle est connue bien au-delà des frontières tchécoslovaques.

Issue d’une famille juive viennoise, elle quitte plus tard un époux autoritaire (le marchand d’armes Friedrich Mandl, proche des dirigeants fascistes de l’époque) et l’Europe pour les Etats-Unis, où elle devient une vedette du cinéma hollywoodien. Hollywood lui offre la célébrité, mais ne suffit pas à satisfaire ses aspirations intellectuelles. Car Hedy Lamarr s’intéresse déjà aux sciences et aux techniques…

Photo: Markéta Černá,  Forum culturel autrichien de Prague

Une inventrice oubliée

Brevet relatif au système de communication secrète de Hedy Lamarr et George Antheil,  1941 | Photo: U.S. Patent Office/Wikimedia Commons,  public domain

C’est pendant la Seconde Guerre mondiale que cette passion va prendre une dimension particulière. Avec le compositeur George Antheil, Hedy Lamarr met au point un système de communication destiné à rendre les torpilles radioguidées plus difficiles à brouiller ou à intercepter. Le projet est breveté en 1942. Il ne sera toutefois pas utilisé comme elle l’espérait pendant la guerre.

L’idée, elle, ne disparaît pas pour autant : le système inventé par l’actrice hollywoodienne et le musicien est en réalité l’ancêtre des techniques utilisées aujourd’hui notamment pour la téléphonie mobile, le GPS ou le Wi-Fi. Si elle n’en est pas l’inventrice directe, c’est bel et bien son travail qui a contribué à l’histoire des communications, et certains principes qu’elle a inventés sont utilisés dans certaines technologies que nous utilisons aujourd’hui.

Photo: Markéta Černá,  Forum culturel autrichien de Prague

Une reconnaissance tardive

Photo: Markéta Černá,  Forum culturel autrichien de Prague

Il a fallu du temps, beaucoup de temps pour qu’Hedy Lamarr soit reconnue non seulement comme une actrice devenue une légende d’Hollywood mais aussi comme une chercheuse de talent. Ce n’est que plusieurs décennies plus tard que sa contribution à l’histoire des télécommunications est véritablement saluée. En 1997, elle reçoit notamment, avec George Antheil, le Pioneer Award de l’Electronic Frontier Foundation, une distinction qui récompense leur apport à l’innovation.

Depuis quelques années, des militantes ou autrices féministes ont également essayé de mettre en valeur le parcours exceptionnel de cette femme, via les réseaux sociaux ou encore via la littérature, comme Pénélope Bagieu dans son roman graphique Culottées qui brosse des portraits de femmes oubliées des livres d’histoire.

Hedy Lamarr est morte en 2000, à l’âge de 85 ans. Elle est enterrée à Vienne, sa ville natale. Elle laisse derrière elle l’image d’une femme qui n’a jamais accepté de se laisser définir par une seule identité, ce qu’essaye justement de montrer l’exposition pragoise en faisant dialoguer sa biographie avec les débats contemporains sur l’émancipation des femmes et le mouvement #MeToo.

Photo: Martina Schneibergová,  Radio Prague Int.

En retraçant les étapes de la vie d’Hedy Lamarr, de Vienne à Prague, puis aux Etats-Unis avant son retour dans sa ville natale, l’exposition n’est pas un simple  hommage à une ancienne star : elle remet sur le devant de la scène une inventrice qui a tenté de s’affranchir des barrières sociales de son époque.